Le tribunal de grande instance (TGI) de Paris a statué cet après-midi sur l’affaire qui opposait l’écrivain Édouard Louis et Riadh B., l’homme qui l’accuse d’atteinte à la présomption d’innocence et d’atteinte à la vie privée. «Il convient, faute d’identification établie de manière probante, de déclarer le demandeur irrecevable en son action» a estimé le juge. Dans son dernier livre Histoire de la violence, Édouard Louis raconte l’agression dont il a été victime un soir de Noël. Son agresseur présumé, désigné sous le nom de «Reda» dans le livre, l’avait assigné en référé pour atteinte à la présomption d’innocence et à la vie privée estimant que certains éléments tenant «à son physique» ou «à son histoire personnelle» permettaient de «le rendre clairement identifiable». Il réclamait des dommages-intérêts de 50000 euros, ainsi que la modification du nom de «Reda» dans les rééditions du roman. L’audience avait eu lieu le 18 mars. Que dit l’ordonnance de référé?

Dans l’ordonnance de référé que Yagg s’est procuré, le juge a estimé que les preuves apportées au dossier par les avocats de Riadh B. «sont à elles seules insuffisantes pour permettre de retenir qu’il est, comme il le soutient, “clairement identifiable” à la lecture de l’ouvrage poursuivi»: «Les éléments d’identification sont insuffisamment caractéristiques, tant séparément que pris dans leur ensemble, et peuvent s’appliquer à un très grand nombre d’individus.»

En outre, parmi ces éléments se trouvent quatre attestations qui, selon l’estimation du juge, «se bornent, chacune dans des termes quasiment identiques, à reprendre, l’un à la suite de l’autre, les éléments d’identification invoqués par le demandeur dans son assignation et à émettre un jugement très sévère sur l’ouvrage incriminé et sur son auteur.»

Cet après-midi, le TGI de Paris a donc rejeté «l’intégralité des demandes formées à l’encontre d’Edouard Louis». Les avocats de l’écrivain, Me Emmanuel Pierrat et Me Julien Fournier, ont accueilli avec satisfaction cette décision: «Ainsi, la liberté d’expression, mais aussi celle de communiquer au public une œuvre littéraire sans crainte de faire l’objet d’une quelconque censure, sont donc respectées entièrement. Il s’agit d’un signal fort émanant de l’institution judiciaire, protégeant la liberté de création et allant à l’encontre de la censure privée et de la judiciarisation de la littérature.»