Yagg était ce lundi 11 avril à la présentation de l’exposition Gus Van Sant qui débute dès mercredi à la Cinémathèque française, une exploration de l’univers et des obsessions de Gus Van Sant servie par une scénographie sobre et épurée. Au-delà de la riche filmographie d’un réalisateur qui a marqué le cinéma indépendant américain des années 80 et 90 et surprend encore à chaque nouveau projet, cette exposition dirigée par Matthieu Orléan, met l’accent sur les archives photographiques du réalisateur, ainsi que sur ses tableaux, et enfin son rapport à la musique.

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Première salle: Photography

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L’exposition s’ouvre avec Photography, une salle consacrée aux innombrables polaroïds de Gus Van Sant, instantanés d’anonymes et de célébrités pris entre dans les années 80-90 et reflets de l’époque de Mala Noche. Quelques années plus tard, il tourne My Own Private Idaho, qui devient sans conteste un de ses films les plus emblématiques avec Keanu Reeves, et bien sûr le magnétique et troublant River Phoenix:

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Keanu Reeves (photo de gauche) et River Phoenix (photo de droite au premier plan)

Les courts-métrages expérimentaux réalisés dans les années 80 sont aussi l’occasion de découvrir une facette plus inattendue du réalisateur. Dans le très cynique 5 Ways to kill yourself (5 façons de se tuer), Gus Van Sant se met en scène, face caméra:

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Extrait de «5 Ways to kill yourself»

La musique tient une place particulière dans la filmographie de Gus Van Sant et un volet est consacré à cet aspect de son travail. Au détour des salles se mêlent le poignant Für Alina d’Arvo Pärt ou les Red Hot Chili Peppers et leur crépusculaire Under The Bridge, comme autant de variations mélancoliques qui ont marqué son cinéma.

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Photos du groupe Hanson, publiées en 2000 dans le magazine Interview.
En 1998, Gus Van Sant avait réalisé le clip de «Weird» du groupe.

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Dessins pour les costumes des personnages
de Dan White et de Cleve Jones dans «Milk».

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Série d’aquarelles.

Lors de la conférence de presse, Gus Van Sant a répondu aux questions de Yagg, concernant son nouveau projet, la mini-série When We Rise scénarisée par Dustin Lance Black, et son intérêt pour le militantisme gay des années 60 et 70.

Que pouvez-vous nous dire de When We Rise? When We Rise est une série pour ABC qui aux États-Unis est une plateforme très conservatrice, ce n’est pas HBO. Dustin Lance Black qui a écrit Milk, a écrit un projet de série de huit heures sur trois militant.e.s politiques homos depuis leur naissance en passant par leur travail et jusqu’à aujourd’hui. Cela court de 1972 jusqu’à nos jours à travers plusieurs décennies. J’ai récemment tourné les deux premières heures, et je suis très enthousiaste.

Vous avez réalisé Milk, vous tournez désormais When We Rise, qu’est-ce qui vous inspire tant dans l’histoire du militantisme LGBT aux États-Unis?

Mon seul vrai film gay et politique, c’est Milk.

Ce film a été généré par le livre Le maire de Castro Street de Randy Shilts à propos de Harvey Milk. À la base, ce n’est pas quelque chose que je voulais faire, c’est Oliver Stone qui devait le réaliser. Mais après avoir fait JFK, il ne voulait pas faire un autre film sur un assassinat. Par une étrange coïncidence, je me suis retrouvé à la réalisation, et j’ai toujours dit que j’ai été élu pour faire ce film, et c’est Robin Williams qui devait jouer Harvey Milk. Le projet était financé par Warner Bros, c’était prêt à tourner mais quand je suis arrivé, je voulais changer le scénario parce que ça me semblait trop “Harvey Milk contre Dan White”, et ça ne parlait pas du mouvement homo. Je crois que j’en demandais trop, je voulais changer des choses pour en faire quelque chose de plus politiquement orienté, en se concentrant sur le mouvement gay, et non sur le côté thriller. Le projet a commencé en 1992. À l’époque, je vivais dans le Castro pour en apprendre plus sur l’époque. Ce n’est qu’en 2005 ou 2006 que la personne qui était en quelque sorte mon guide au Castro, Cleve Jones, a fait appel à Dustin Lance Black pour écrire un nouveau scénario. Et pendant plusieurs années, on a continué à travailler, avec plusieurs ébauches, il y a eu une autre version après celle de Warner Bros, puis une autre que j’ai écrite tout seul. Cleve et moi sommes restés en contact et on a été réunis par ce nouveau script de Dustin Lance Black et j’ai finalement fait le film.

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Boîte hommage à Harvey Milk
réalisée par la militante Anne Kronenberg.

Le pouvoir du mouvement gay, tout comme le pouvoir de tout mouvement politique est quelque chose de très excitant. Je dois reconnaître que la politique est quelque chose qui m’angoisse alors ce n’est pas complètement de bon cœur que je me retrouve parfois à servir l’idéologie du scénariste. J’essaie de construire quelque chose que je suis moi-même en train d’apprendre, plutôt que de l’imposer. Je ne dicte rien personnellement, je crois que Dustin Lance Black est plus dans cette démarche, il délivre son message politique.

When We Rise est dans le prolongement de Milk.

On retrouve certains personnages, il y a celui de Cleve Jones, avec deux autres militants, Ken Jones, un militant afro-américain, Roma Guy, une lesbienne qui vient du Maine, et tous les autres qui se retrouvent à San Francisco. Il y a aussi des militants plus jeunes de cette période et ça va avancer dans le temps. On retrouve cette même part d’histoire que l’on avait dans Milk.

Gus Van Sant
du 13 avril au 31 juillet 2016
à la Cinémathèque française

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