[Mise à jour 12 avril 12h30] Ajout de la réaction de la CFTC (présentée de façon erronée comme étant la CFDT)

[Mise à jour 13 avril 11h15] Ajout de la réaction de Personn’Ailes

Le ciel est peut-être le plus bel endroit de la terre, mais une fois au sol, ça se complique. Air France a décidé de rouvrir le 17 avril prochain sa liaison Paris-Téhéran, fermée depuis 8 ans. Cette annonce s’est accompagnée d’une polémique. L’Iran a en effet exigé qu’en sortant de l’avion les hôtesses de l’air portent un pantalon, une veste longue et un voile dans les cheveux.Des hôtesses de l’air ont fait valoir leur souhait de ne pas se rendre dans un pays où les femmes doivent obligatoirement se voiler. Après négociation avec les syndicats, l’entreprise a décidé d’accéder à cette demande. Cela a fait réfléchir Laurent M., steward pour la compagnie aérienne. Il est gay et préfèrerait ne pas se rendre dans un pays où les relations sexuelles entre personnes du même sexe peuvent être punies de la peine de mort.

Il a lancé une pétition en ce sens sur Change.org. Nous l’avons joint cet après-midi par téléphone. «Pour la direction, c’est un non-sujet, puisqu’elle considère que nous allons déjà dans des pays où c’est compliqué de ce point de vue là», explique-t-il. L’Arabie Saoudite, par exemple, est desservie par Air France. Les homos peuvent y être condamnés à mort également.

C’est l’exception accordée aux hôtesses de l’air sur l’Iran, qui a motivé Laurent à exiger la même chose.«Le problème ne se posait pas parce que personne n’avait obtenu d’exception. Maintenant que les hôtesses de l’air peuvent refuser d’aller en Iran, nous souhaitons bénéficier aussi de cette mesure», explique-t-il.

Pour Catherine Tripon, porte-parole de l’Autre Cercle, cette demande est «logique et compréhensible». Pour autant, «ce n’est pas la même chose que pouvoir refuser une mutation dans un pays dangereux [une mesure que l’association défend]. Là il s’agit juste de passage.» La porte-parole estime que ce serait «délicat» pour la direction d’Air France d’abonder dans ce sens, car «cela serait impossible en termes de management»: «il y a beaucoup de pays où les gays, des lesbiennes et de trans sont menacés et beaucoup de pays qui ne respectent pas l’égalité hommes/femmes.» La décision de la compagnie d’accéder aux demandes des hôtesses est justifiée, selon elle: «Être une femme, cela se voit. Pas être gay», explique Catherine Tripon.

NOLONTARIAT
«Mon conjoint est navigant aussi. Que devons-nous faire? Faire semblant que nous ne sommes pas ensemble et prendre des chambres séparées? », rétorque Laurent M.  Lors des vols en direction de Téhéran, le personnel navigant peut être en effet amené à passer une nuit sur place. Le steward tient à souligner aussi qu’une politique de « nolontariat » a été mise en place pour le Japon suite à l’accident nucléaire de Fukushima ou pour la Guinée en raison de l’épidémie d’Ebola. Signe que ce genre de choses est gérable d’un point de vue managérial.

«J’ai contacté trois syndicats, qui ne m’ont pas répondu. Seule la CFTC veut s’emparer du dossier et le faire avancer». Laurent Le Gall, délégué CFTC, explique que le problème se situe notamment au niveau de l’échange des données personnelles du personnel navigant avec l’Iran: «Depuis le 11 septembre 2001, il y a davantage d’échanges informatiques entre les compagnies et les Etats. Et la CNIL refuse de nous dire ce qui est échangé et ce que sauront les autorités iraniennes. Par exemple, s’ils ont accès à l’état civil, ils pourront voir qu’un homme est marié à un autre homme.», explique-t-il.

Pour l’instant la direction d’Air France semble considérer que le pas en direction des hôtesses de l’air sera la seule exception à la règle. «Ils craignent de créer un précédent, reconnaît Laurent Le Gall. Elle attend qu’il y ait un problème. Espérons qu’on pourra aller chercher celui ou ceux qui ont auront ce problème et qui se retrouveront en prison.»

PERSONN’AILES DESAPPROUVE
Laurent M. ne pourra pas compter sur le soutien de l’association LGBT d’Air France, Personn’Ailes. Dans un communiqué au ton dur, Sébastien Gidon, président de l’association tient à marquer sa désapprobation. «Sur la forme nous souhaitons faire part de notre désengagement total. Personn’Ailes privilégie le dialogue direct avec la Direction de l’Entreprise bien plus constructif qu’une pétition dont l’impact ne peut se limiter qu’à la sphère médiatique, écrit-il et ajoute: «Sur le fond, nous sommes en désaccord total avec l’idée de créer un volontariat négatif auprès des Personnels LGBT. Personn’Ailes considère que cette action consisterait à mettre en place des listes internes de personnes en fonction de leur orientation sexuelle.
Il est évident que nous ne souhaitons pas cela.»

Pour autant, Personn’Ailes ne nie pas le problème: «Personn’Ailes est évidemment informée des conditions désastreuses dans lesquelles se retrouvent chaque individu gay, bi et lesbien et trans en Iran comme dans d’autres escales desservies par Air France. La situation des ces habitants en Iran est terriblement choquante. Dès la semaine dernière, notre association a donc fait le choix d’alerter et de relayer les inquiétudes de chacun auprès des Directions des ressources humaines et des services concernés. Cette action est actuellement en cours afin de trouver une réponse satisfaisante et constructive.», conclut Sébastien Gidon.