«Un sujet que les autorités marocaines ne voulaient peut-être pas qu’on fasse», a déclaré Yann Barthès ce lundi 4 avril durant le Petit Journal en annonçant qu’une équipe partie enquêtée sur l’homophobie au Maroc avait été arrêtée à Beni Mellal, retenue par les autorités, puis escortée jusqu’à l’aéroport de Casablanca. Un reportage (à partir de 14′) qui faisait suite à l’agression homophobe révélée par une vidéo tournée par les agresseurs eux-mêmes et diffusée sur les réseaux sociaux. Ces derniers ont – pour certains – été jugés, mais ont écopé de peines avec sursis, tandis que l’une des deux victimes a déjà été condamnée à quatre mois de prison pour homosexualité.

UN PROBLÈME D’AUTORISATION
Le journaliste Martin Weill raconte qu’à peine arrivés à Beni Mellal dimanche midi, lui et l’équipe ont été dénoncés par des habitant.e.s «qui soutiennent les agresseurs». C’est d’abord parce qu’ils n’ont pas d’autorisation de tourner du ministère de la Communication que les journalistes sont appréhendés. «Quand on les obtient, ça peut prendre du temps mais l’obtenir quand on veut tourner sur des sujets qui fâchent comme l’homosexualité, ça arrive rarement», indique le journaliste. Lui et son caméraman ont été retenus plusieurs heures à la préfecture de Beni Mellal, transférés au commissariat de l’aéroport de Casablanca, avant d’être expulsés lundi matin.

«ILS ONT EU CE QU’ILS MÉRITAIENT»
Malgré ce séjour écourté, un sujet a pu être tourné la veille à Rabat. Martin Weill a rencontré plusieurs personnes qui ont accepté de témoigner des violences qu’elles subissent dans la société et parfois dans leur propre famille, en raison de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Parmi elles, une femme trans qui a déjà fait de la prison: arrêtée à Marrakech à cause de son apparence, elle a été condamnée à trois mois de prison. Pour l’un des témoins, ce qui s’est passé à Beni Mellal, la condamnation des victimes d’une agression homophobe et les peines de sursis de certains des agresseurs, correspond à l’état d’esprit actuel de la société marocaine: «C’est représentatif de ce que la société pense au Maroc: ils ont eu ce qu’ils méritaient.»

Le reportage se termine par une visite à Maroc Hebdo, le magazine qui avait fait polémique en mai 2015 avec sa Une titrée «Faut-il brûler les homos?». Des «réactions excessives voire hystériques», pour l’un des journalistes de Maroc Hebdo, pour qui ce titre racoleur avait toute sa raison d’être. Le directeur de publication Mohammed Selhami, lui défend l’esprit de tolérance du Maroc, tout en expliquant en quoi l’homosexualité, si elle est vécue ouvertement dans l’espace public, est «un attentat aux mœurs».