Tout est parti d’une réflexion sur Twitter du musicien Jesse Saint John: «Les “médias gays” doivent réévaluer leur contenu quand les campagnes de pub des grandes entreprises qu’ils couvrent sont plus progressistes qu’eux.»

Un commentaire sur la presse gay anglo-saxonne accueilli à bras ouverts par le rappeur ouvertement gay Mykki Blanco: «Je passe mon temps à me demander si les médias homos en 2016 ne sont pas gênés quand on va sur leurs sites et qu’il n’y a a que des mecs blancs torse nu.»

«Je serai sûrement mort le jour où les médias gays seront inclusifs, je crois qu’aucun d’entre nous ne verra jamais ça, poursuit-il. Crois moi, maintenant que j’ai ouvert ma gueule pour le dire, tu vas voir qu’ils vont trouver le nouveau “rappeur noir et homo” de service. Les gens comme moi ne sont pas invités sur LOGO, à Glaad, à Out ou Attitude.»

Se sentant visé par la polémique, le magazine Out est intervenu… mais pas de la façon la plus adroite. «Tu n’as sûrement pas oublié qu’il y avait ton portrait dans le top 100 de Out (nous voulions t’y remettre à nouveau mais ça n’a pas été possible)». Le tweet (depuis effacé) a déclenché une nouvelle vague de réactions à l’encontre des médias gays et de leur manque d’inclusivité. «Vous êtes sûrs de vouloir vous aventurer sur ce terrain?» a ironisé un autre tweetos, avec une capture d’une douzaine de couvertures de Out. Un seul homme de couleur parmi les coverboys: Barack Obama. D’autres ont fait la même comparaison avec plusieurs couvertures de magazines.

RACISME AMBIANT
Et Out n’est pas le seul média où les personnes de couleur sont quasiment toujours absentes. D’autant que le manque de visibilité ne se limite pas à la couverture de tel ou tel magazine, mais bien à l’ensemble des contenus de ces titres de presse. Pour Bradley Stern du site Popcrush, ce n’est pas seulement les médias qui sont à blâmer pour cet état de fait. Il affirme que la culture du «pas de Blacks, pas d’Asiats» sur les applis de rencontres est symptomatique d’un racisme ambiant. «C’est un problème: le manque de diversité dans les corps, les ethnies, les genres et même les tailles, représentés sur les Unes des principales publications gays grand public est un problème. Ce n’est pas une question de déséquilibre subtil; c’est presque carrément une exclusion de tout ce qui serait un tant soit peu différent (et l’émission RuPaul’s Drag Race à elle-seule, même si elle est importante, n’est pas suffisante).»

«Même Vogue ou Vanity Fair ont franchi le pas pour être plus inclusifs d’un point de vue ethnique, envers les trans, les personnes non binaires» s’étonne encore Mykki Blanco. Et effectivement, depuis quelques années, le milieu de la mode et de la publicité ont commencé à amorcer ce virage de la diversité des représentations, notamment grâce à des mannequins au physique atypique.

Le coup de gueule de Mykki Blanco a en tout cas libéré la parole autour de ce constat: la presse gay n’arrive pas à mettre en Une des personnes de couleur issues de la communauté LGBT et cette absence de représentation n’est pas sans conséquences. Les médias visés vont-ils être à l’écoute et se remettre en question? Coïncidence, c’est le footballeur noir Michael Sam qui est en couverture du numéro de mai d’Attitude, avec une interview fleuve dans laquelle il aborde notamment le racisme de la communauté gay. Un premier pas vers plus de diversité?