Quel bilan personnel tires-tu de ces deux années à la tête de SOS homophobie? Présider SOS homophobie pendant deux ans a été un honneur et un privilège, une expérience militante passionnante et enrichissante. Pendant ces deux années, j’ai eu à cœur de prendre en compte toute la diversité des activités de l’association et de ses membres, de redonner sa place à chacune et à chacun, de réaffirmer l’importance de nos trois objectifs face aux LGBT phobies – soutenir, prévenir, militer – et de rappeler la complémentarité nécessaire entre chacune de nos actions. Je suis fier d’avoir eu un Conseil d’administration paritaire pour la première fois de son histoire et un Bureau à la fois paritaire et ouvert aux régions. Notre association devra poursuivre son ouverture à la diversité, de genre et géographique, mais aussi sociale, culturelle et d’origine. Je souhaite bon courage à la nouvelle équipe* pour mener à bien ces travaux.

Au cours de ces deux ans, aucune des quatre lettres de LGBTphobies n’a été oubliée. Des enquêtes ont été publiées, des outils mis en place, sur des sujets jusqu’alors trop peu souvent traités par l’association : la lesbophobie et l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, la bisexualité, les transidentités, la lutte contre le VIH/sida.

J’ai eu également à cœur au cours de ma présidence de mettre en avant les questions internationales. C’est en effet le rôle d’une association comme la nôtre de porter ces questions fondamentales.

Sur un plan plus personnel, ces deux années à la tête de SOS homophobie m’ont offert de belles rencontres et de belles amitiés, parmi nos membres et nos partenaires associatifs ou institutionnels. C’est donc avec beaucoup d’émotion que je quitte aujourd’hui la présidence de SOS homophobie, même si je reste plus que jamais militant pour l’égalité des droits et la liberté des LGBT.

En quelques années, l’association a recruté beaucoup de nouveaux membres. Quelle influence cela a-t-il eu sur les activités historiques de SOS homophobie? Depuis le début des années 2010, le nombre d’adhérent-e-s et de bénévoles n’a cessé d’augmenter à SOS homophobie. Cette hausse s’est accentuée pendant les débats sur le mariage pour tou-te-s. La physionomie de l’association a ainsi beaucoup changé. Pendant plus de 15 ans, SOS homophobie a été une association parisienne, centrée essentiellement sur son activité fondatrice de soutien aux victimes, autour de sa ligne d’écoute (01.48.06.42.41) qui vient en aide aux victimes d’actes homophobes, biphobes et transphobes.

Ces dernières années, l’association s’est ouverte aux régions. Elle est aujourd’hui présente partout en France, à travers 18 délégations régionales. De nouvelles délégations se sont créées cette année : Limousin et Midi-Pyrénées. Dans les délégations régionales, la principale activité est les interventions en milieu scolaire. Chaque année, nous sensibilisons environ 18 000 élèves au collège et au lycée pour déconstruire les préjugés liés à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Nous venons par ailleurs de sortir un kit de sensibilisation aux LGBTphobies à destination des professionnel-le-s de l’éducation nationale.

L’association est également très présente dans les activités de militantisme pour l’égalité des droits. Un travail important a été mené ces deux dernières années afin d’accroître notre visibilité médiatique et institutionnelle. C’est une condition nécessaire pour renforcer notre poids politique et ainsi porter au mieux nos revendications en faveur des personnes LGBT. Ce travail s’appuie sur l’ensemble des activités qui donnent sa légitimité et sa force à SOS homophobie, qu’il s’agisse des activités d’écoute et de soutien aux victimes ou des actions de prévention et de sensibilisation.

La visibilité plus importante de l’association a-t-elle été un atout?
Cette visibilité accrue nous a permis de porter nos revendications de manière plus efficace auprès du monde politique. Notre association a ainsi été reçue de manière régulière par les pouvoirs publics et nous participons également à plusieurs groupes de travail officiels sur la lutte contre les discriminations, au ministère de l’Éducation nationale, au ministère de la Santé, au ministère du Travail ou encore au sein du Comité d’entente LGBT du Défenseur des droits. En tant qu’association politique non partisane, nous avons eu à cœur de rencontrer l’ensemble des acteurs-trices du jeu politique, à gauche comme à droite, à l’exception de l’extrême droite. Plus largement, SOS homophobie a renforcé cette année ces liens avec les autres associations, qu’il s’agisse d’associations LGBT, féministes, de santé ou de lutte contre les discriminations. Nous sommes par exemple désormais membre du Centre Hubertine Auclert.

Le milieu associatif LGBT a-t-il su s’adapter à cette période post-mariage pour tous? Depuis le vote en avril 2013 de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe, le mouvement militant LGBT connaît une forte démobilisation. SOS homophobie y a été confrontée jusqu’en 2014, avant que la tendance ne s’inverse en 2015. Alors qu’en 2012, l’association comptait 850 membres, elle en compte aujourd’hui 1 300, dont 450 membres actif-ve-s.

Le milieu associatif n’a sans doute pas assez réfléchi aux revendications qui devaient être portées en priorité et comment les porter. L’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels était une revendication compréhensible par tou-te-s, donc assez simple à porter. L’ouverture de la PMA à toutes les femmes ou le changement d’état civil pour les personnes trans sont des sujets plus complexes, souvent plus techniques. Le mouvement militant LGBT s’interdit parfois des débats nécessaires, comme sur la GPA ou la prostitution, des sujets qui concernent pourtant de près les personnes LGBT.

Le travail des associations est néanmoins compliqué, leurs membres étant tou-te-s bénévoles, pour une charge de travail souvent très lourde, et les moyens financiers étant souvent limités. La professionnalisation d’une association comme SOS homophobie serait nécessaire, mais nous connaissons nous-mêmes des difficultés financières, nos activités étant en croissance permanente mais nos recettes plutôt à la baisse.

A partir des rendez-vous institutionnels auxquels vous participez régulièrement, comment expliques-tu que les droits LGBT avancent si difficilement. D’où vient le blocage? L’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe a été une avancée historique, qui est à mettre au crédit du président de la République, qui n’a pas cédé face à une opposition pourtant bruyante. Les débats sur le mariage pour tou-te-s se sont malheureusement accompagnés d’une libération de la parole homophobe. En 2013, le nombre de témoignages reçus par SOS homophobie a augmenté de 80 %. Les LGBTphobies se sont décomplexées au cours des débats et sont toujours installées dans notre société.

Cela a créé un traumatisme dans la société et se traduit aujourd’hui par une frilosité de la part du gouvernement, notamment sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, pourtant une promesse du candidat François Hollande.

La droite et l’extrême-droite ne font par ailleurs rien pour apaiser les débats, certain-e-s remettant en cause, trois ans après le vote de la loi sur le mariage pour tou-te-s, sa légitimité, allant jusqu’à proposer son abrogation ou sa réécriture.

Malgré cette crainte de la résurgence de la Manif pour tous et des oppositions très fortes autour de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, de la lutte contre les LGBTphobies à l’école ou encore de la simple notion de « genre », plusieurs avancées significatives ont tout de même eu lieu ces derniers mois. L’interdiction à vie du don du sang pour les hommes gays et bisexuels a été levée et un processus d’évaluation a été lancé pour permettre à terme l’alignement des conditions de don quelle que soit l’orientation sexuelle des donneurs. Dans le domaine de l’éducation, la lutte contre l’homophobie fait désormais partie intégrante des programmes scolaires de l’école élémentaire au lycée et une campagne de lutte contre les LGBTphobies a été lancée en décembre 2015 dans les collèges et lycées et dans l’enseignement supérieur. Plus récemment, la ministre de la Santé a mis fin à une inégalité dans les conditions d’accès à la pension de réversion pour les couples de personnes de même sexe mariés.

Il reste un peu plus d’un an avant la prochaine élection présidentielle et les prochaines législatives. Des droits peuvent-ils être encore arrachés d’ici là? Je l’espère, même si le temps est désormais compté et que le contexte post-attentats rend nos sujets moins prioritaires pour le gouvernement. Au vu des déclarations de certain-e-s ministres, j’ai peu d’espoir sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Surtout que le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) n’a toujours pas rendu son avis, attendu pourtant depuis… 2013 ! SOS homophobie a été auditionnée par le CCNE en septembre 2015. Et pourtant, l’opinion publique est aujourd’hui majoritairement favorable à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes.

J’espère que l’on pourra avancer sur le changement d’état civil des personnes trans, sujet prioritaire à mes yeux. Nous ne parlons pas ici d’égalité des droits mais bien de liberté de pouvoir vivre son identité de genre. Une proposition de loi relative à la modification de la mention du sexe à l’état civil, ayant pour but la démédicalisation et la déjudiciarisation partielle du changement d’état civil des personnes trans, a été déposée le 29 septembre 2015 à l’Assemblée nationale par l’ensemble du groupe socialiste. Nous attendons malheureusement encore qu’elle soit inscrite à l’ordre du jour des débats.

*A l’heure où nous publions cette interview, la composition du nouveau bureau de SOS homophobie n’a pas été officiellement annoncé.