À l’affiche de Quand on a 17 ans, sur les écrans français mercredi 30 mars, deux acteurs qui ont l’âge de leurs rôles. L’un, Kacey Mottet Klein, a déjà près de dix ans d’expérience dans le cinéma, il a déjà tourné dans une douzaine de films depuis l’âge de dix ans. Corentin Fila, lui, débute avec le film d’André Téchiné.

Kacey et Corentin sont tous les deux formidables dans cette histoire d’ados qui se cherchent, dans tous les sens du terme. Dès le début du film, leur hostilité l’un envers l’autre est marquée par la violence et les coups. Damien, interprété par Kacey, est le fils d’un militaire, absent car «en opération extérieure», et d’une médecin (magnifique Sandrine Kiberlain). Tom vit lui avec ses parents adoptifs dans une ferme de montagne isolée (l’action du film se passe dans les Pyrénées). Cette violence va se transformer en attirance entre le deux garçons lorsque la mère de Damien décide d’accueillir Tom sous son toit.

Kacey Mottet Klein et Corentin Fila nous ont reçu dans un grand hôtel parisien où ils enchaînaient les interviews aux côtés des autres membres de l’équipe du film, et notamment la co-scénariste Céline Sciamma et Sandrine Kiberlain.

Mais la journée était un peu particulière, puisque ce 22 mars au matin avait eu lieu des attentats meutriers à Bruxelles, là où vit Kacey. L’ambiance était donc particulièrement lourde et sur son visage, on pouvait lire une certaine angoisse. Mais il a bien voulu se prêter à l’interview, malgré tout.

 

Comment André Téchiné vous a parlé de vos rôles respectifs?

Corentin Fila: Il ne nous en a pas parlé tant que cela. Il fait très peu de psychologie, André. Il aime des choses assez brutes et pures, qui viennent de nous instinctivement. Ce qui m’a le plus marqué, c’est que Tom était comme un animal aux aguets, même dans la vie courante. Ce n’est pas quelque chose que l’on joue, mais on y pense.

Comment s’est passé le tournage?

CF: On a tourné en deux parties, trois semaines en février, en hiver. C’était la partie la plus dure, la plus physique, on est tombés malade tous les deux. On a continué avec deux mois de tournage en été et c’était merveilleux.

Kacey Mottet Klein: Cette pause a fait beaucoup de bien parce que la première partie était assez compliquée, pour aborder les personnages, pour comprendre l’histoire. Cette longue interruption nous a permis de prendre du recul. J’ai mis du temps à aimer mon personnage.

Qu’est-ce que vous n’aimiez pas dans le personnage?

KMK: En fait, je ne le comprenais pas. Nous n’avons pas la même vie. C’était un travail d’incarnation et je n’arrivais pas à me mettre dans la personnalité de Damien, ce qui me frustrait et me faisait ne pas l’aimer.

Connaissiez-vous les films d’André Téchiné avant?

KMK: J’ai vu Les Égarés [sorti en 2003, avec Emmanuelle Béart et Gaspard Ulliel] parce que je savais que j’allais tourner avec André.

CF: Je ne voulais surtout pas en voir car j’avais envie d’une rencontre vierge. J’avais déjà beaucoup d’angoisses, je ne voulais pas en rajouter plus. Je ne voulais pas de parasitage, en ayant vu sa filmographie ou en essayant de singer ses acteurs.

Le fait pour vous Corentin de n’avoir aucune expérience, c’est cela qui vous angoissait le plus?
CF
: C’est le fait de travailler avec André Téchiné, qui a tourné avec les plus grands acteurs du cinéma français. Je me disais: « Pourquoi il s’est arrêté sur moi? » J’avais peur qu’il se soit planté. Tu as fait quelques essais et puis tout d’un coup le tournage commence et ça va durer plusieurs mois et tu ne sais pas du tout ce que tout cela va donner.

Les scènes de violence entre vous sont des scènes d’action à part entière et vous semblez vous y donner à fond. Comment cela s’est passé?
CF
: Techniquement, nous avions un cascadeur qui nous accompagnait pour toutes ces scènes. C’était un peu chorégraphié mais il y avait aussi une part d’improvisation.

KMK: Il y avait pas de contradictions entre ce que disait André et ce que disait le cascadeur, entre les impératifs de sécurité et notre jeu. D’un côté du plateau, André nous disait quelque chose, de l’autre côté, le cascadeur nous disait autre chose. À nous de nous débrouiller avec ça!

André Téchiné dit que la caméra filmait de l’électricité entre vous. C’est ce que vous avez ressenti aussi?

CF: On a des personnalités avec des aspérités. C’est peut-être ce qui se passe à l’image. En plus, nous sommes devenus très proches dans la vie, alors qu’on ne se connaissait pas.

André Téchiné évoque aussi les réactions négatives des figurants au lycée qui disait: « Encore un film de pédés ». Cela vous gênait?

KMK: Oui bien sûr, ce sont des réactions que je ne comprends pas. Je vais vous raconter un truc. Coco et moi, on a reçu sur internet un message d’un mec, qui dit: «c’est quand tu veux toi et moi, beau gosse!» Ça c’est sympa. Mais je ne peux pas dire que les réactions négatives ne me touchent pas. Je ne suis pas pédé [sic], mais je ne comprends pas ces insultes.

CF: Les réactions négatives ne m’ont pas touché. Les commentaires racistes ou homophobes, je ne veux pas y réagir. J’ai vu que sur Youtube, un site extrémiste a posté la bande annonce du film et les commentaires étaient d’une telle violence raciste! C’est la même chose avec les commentaires homophobes, on est tous les deux assez intelligents…

KMK: …Je ne peux pas dire que ça ne me touche pas. Moi j’aurais envie de réagir violemment à ce genre de commentaires!

Le sexe, la nudité. Comment avez-vous appréhendé cette partie du tournage?

CF: On ne savait pas du tout à quelle sauce on allait être mangé. Pendant très longtemps, on n’a pas su si ça allait se faire sous un drap, si c’était un petit bisou. Et petit à petit, ça a commencé à se préciser et on a senti André se crisper un peu. Il avait peur de nos réactions à tous les deux. Le tournage de la scène est arrivée à un moment où Kacey et moi, on se connaissait beaucoup mieux, nous avions fait plein de sorties ensemble, on s’était dit beaucoup de choses. Et finalement, cette scène, on l’a tourné en trois ou quatre prises, dans la continuité du tournage. Simplement.