Cette chronique est extraite des Lectures de Yagg: «Histoire de la violence», «Allô Dr. Laura?», «Les guérir»…

peau-dorothy allisonEn 1999, Peau était le premier titre publié dans la collection de Guillaume Dustan, Le Rayon Gay. Les éditions Cambourakis ont sorti fin 2015 une réédition augmentée de cet indispensable de la littérature lesbienne. À la fois politique et profondément intime, Peau est une succession de textes qui dépassent largement la dimension du témoignage. Dorothy Allison explore d’abord ses origines sociales et son passé, elle qui vient d’une famille pauvre du sud des États-Unis, qui a été abusée par son beau-père pendant son enfance. Devenue une infatigable militante féministe après s’être extirpée du carcan familial, Dorothy Allison raconte comment elle a réussi à aller au-delà de la violence et du traumatisme, à vivre pleinement son identité de lesbienne. Dans les différents textes de Peau, elle explore aussi son rapport à la sexualité, revient sur les Sex Wars et sa confrontation avec les féministes abolitionnistes et anti-pornographie dans les années 70. L’écriture comme un acte de résistance et d’empowerment pour faire valoir son vécu et son expérience est enfin un élément central de ce recueil particulièrement intense, loin de tout misérabilisme et au contraire, empreint d’une formidable énergie. Peau : A propos de sexe, de classe et de littérature, Dorothy Allison, Éditions Cambourakis, 288 p., 22€.

ne-suis-je-pas-une-femme bell hooksLa collection Sorcières des éditions Camroubakis recèle son lot de pépites. Outre le formidable Peau de Dorothy Allison, chroniqué précédemment, on trouve aussi parmi les essais publiés Ne suis-je pas une femme? de la militante et auteure américaine bell hooks, publié pour la première fois en 1981. Un livre essentiel pour comprendre comment les femmes de couleur ont été exclues de façon systématique des mouvements et groupes féministes aux États-Unis, subissant une double discrimination, celles d’être noires dans une société raciste, et celle d’être des femmes dans une société misogyne. Appuyant son analyse sur l’histoire de l’esclavage, bell hooks donne toutes les clefs pour saisir les concepts d’oppressions croisées et d’intersectionnalité. C’est la réalisatrice et militante afroféministe Amandine Gay qui signe la préface de cet essai, apportant un éclairage actuel aux propos de bell hooks, à l’heure où justement le militantisme afroféministe gagne en visibilité, notamment en France. Un ouvrage passionnant et hautement pédagogique. Ne suis-je pas une femme?, bell hooks, Éditions Cambourakis, 224 p., 22,50€.