Le rapport du Human Rights Watch confirme les informations que la plupart des activistes  dénoncent régulièrement. Basé sur les témoignages de près de 30 femmes trans, et des mois d’enquête à travers les Etats-Unis, ce rapport dévoile les mauvaises conditions de détention des femmes trans aux Etats-Unis.

«Nous sommes punies et discriminées, mises à l’isolement, juste pour ce que nous sommes». Les témoignages recueillis par Human Rights Watch décrivent la réalité de la vie des femmes trans en demande d’asile aux Etats-Unis. Comme le confie Nicoll, une femmes trans guatémaltèque abusée sexuellement lors de sa détention aux Etats-Unis, dans la vidéo réalisée à l’occasion de la publication du rapport, le 23 mars dernier, «je ne suis pas en prison, je n’ai pas commis de faute et pourtant, je revis ce que j’ai  vécu dans mon pays d’origine».

Comme les autres étrangers, les personnes demandeuses d’asile sont retenues le temps de l’instruction dans des centres de détention, qui ressemblent à des prisons. Les Etats-Unis sont d’ailleurs régulièrement montrés du doigt pour des pratiques jugées discriminatoires à l’égard des demandeur.se.s d’asile. Les femmes trans font partie des personnes retenues dans ces centres de détention et beaucoup ont fui leur pays pour demander la protection des Etats-Unis contre la torture, la violence sexuelle et d’autres formes de persécution liées à leur identité de genre ou d’expression.

PLACÉES À L’ISOLEMENT
Mais ce qui arrive souvent, c’est qu’à leur arrivée, d’après le rapport de HRW, ces femmes sont détenues pendant plusieurs mois, voire des années en attente d’une décision sur leur demande d’asile ou d’une obligation à quitter le territoire si elles ont violé les lois américaines sur l’entrée et le séjour. Alors qu’elles sont enfermées, ces femmes ont souvent fait l’expérience d’abus sexuels, de mauvais traitements et parfois on leur a refusé l’accès à un suivi médical.

Pour les femmes trans, un autre problème s’ajoute. Les autorités les placent souvent à l’isolement une pratique qu’elles justifient en expliquant que c’est «pour le bien des personnes trans», afin de les protéger des abus. On leur refuse parfois le traitement hormonal ou celui contre le VIH.

Les auteur.e.s du rapport du HWR ont interviewé 28 femmes trans, la plupart venant du Mexique, du Guatemala, du Salvador ou du Honduras qui ont été ou qui sont dans des centres de détention aux Etats-Unis entre 2011 et 2015.

En février 2016, l’agence fédérale en charge de la détention des immigrant.e.s (ICE) a affirmé qu’elle ne connaissait pas le nombre de femmes trans détenues aux Etats-Unis, sans parler des conditions de détention. Cependant, l’ICE estime qu’environ 65 femmes trans, sur un total de 30 000 migrant.e.s et demandeur.se.s d’asile sont détenues en permanence.

«UN ENVIRONNEMENT TRÈS RÉPRESSIF»
Jusqu’à récemment, pointe le rapport, les femmes trans étaient détenues dans des centres réservés aux hommes, où beaucoup ont été agressées sexuellement. Début 2016, le gouvernement américain a semblé vouloir tirer un trait sur cette pratique et beaucoup de femmes trans ont été envoyées dans une unité de détention réservée aux femmes trans à Santa Ana, en Californie. Mais l’ICE n’a toujours pas établi clairement qu’elle mettait fin à la pratique de placer les femmes trans avec des hommes. Et même dans une unité comme Santa Ana, plusieurs femmes trans ont affirmé qu’elles devaient faire face à des mesures humiliantes comme des fouilles au corps abusives par des gardiens ou qu’elles n’avaient pas pu avoir accès aux services médicaux. Adam Frankel, qui a interviewé 12 femmes détenues à Santa Ana, explique: «Beaucoup de ces femmes m’ont dit que les gardiens et les médecins s’adressaient à elles comme à des hommes en utilisant le mauvais pronom. La plupart avaient peur qu’on leur crie dessus ou d’être enfermées dans leurs cellules par des gardiens. C’est un environnement très répressif.»

MESURES À PRENDRE
HRW ne se contente pas de dénoncer, mais réclame que le gouvernement américain prenne des mesures. En priorité, HRW demande de développer des alternatives à la détention pour les femmes trans et les autres étranger.e.s faisant partie des populations vulnérables. Autre mesure: les femmes trans ne doivent jamais être retenues avec des hommes ou dans un isolement prolongé. L’organisation demande enfin de surveiller les conditions de détention des femmes trans pour s’assurer que les centres de détention sont exempts de toute maltraitance et respectent les besoins en traitement médical et psychologique.

Pour le HWR, «si le gouvernement américain ne peut ou ne veut pas prendre ces mesures, il ne devrait pas du tout retenir des femmes trans dans des centres de détention d’immigration.»

 

 

via Les Nouvelles News.