La nouvelle a fait bondir les milieux spécialisés. Après une longue attente, le National Health Service d’Angleterre (NHS England) a décidé de ne pas prendre en charge le traitement préventif à base du médicament Truvada, aussi appelé PrEP, pour toute personne qui en aurait besoin. Pour Ian Green, du Terrence Higgins Trust, la principale organisation britannique de lutte contre le VIH, cette décision est «une trahison pour ceux qui sont à risque.» Même la classe politique s’est emparée du sujet.

C’est «un retour en arrière insensé» a déclaré la députée travailliste Catherine West après l’annonce de la décision du NHS England. Cette dernière a même interpellé Jeremy Hunt, le Secrétaire d’Etat à la Santé britannique au Parlement. Ce qui lui a valu un tweet d’encouragement de l’association Terrence Higgins Trust.


En France, depuis le début de cette année, le traitement préventif est disponible et intégralement remboursé. C’est une première en Europe. D’autres pays ont approuvé la PrEP, les Etats-Unis tout d’abord en 2012, puis plus récemment le Kenya, l’Afrique du Sud et le Canada. Dans sa décision, le NHS explique que ce n’est pas à lui de prendre en charge le traitement préventif, mais d’après l’analyse des activistes, cette attitude ne permet pas de dégager une stratégie claire.

Sur le site spécialisé Aidsmap, Ian Green, du Terrence Higgins Trust, a déclaré : Ce communiqué [du NHS] ne permet pas de savoir qui est responsable […] Nous avons besoin de réponses, nous avons besoin d’avoir accès au traitement et nous demandons les deux.»

LE RÔLE DES AUTORITÉS LOCALES
L’argument du NHS England est que ce sont les autorités locales de santé qui doivent prendre en charge les services de prévention du VIH (ainsi que de nombreuses autres interventions de santé publique). Le NHS propose de fournir deux millions de livres (environ 2,5 millions d’euros) pour financer des sites pilote permettant d’offrir l’accès à la PrEP à 500 hommes gays.

Interrogée par The Guardian, Deborah Gold, du National Aids Trust, un fonds de lutte contre le sida, explique: “L’argument selon lequel il faudrait tester encore la PrEP ne tient pas. Le chiffre de 500 ne permettra pas de couvrir le nombre d’hommes gays à risque d’acquisition du VIH ni de couvrir les besoins des hétérosexuel.le.s à risque.» Selon elle, 5000 hommes gays vont devenir séropositifs dans les deux prochaines années, la plupart aurait pu l’éviter si la PrEP avait été rendue largement disponible.

Toujours dans The Guardian, un médecin qui prend en charge des personnes qui viennent de s’infecter, la PrEP est un outil «révolutionnaire». «Les préservatifs et la réduction des risques ne sont juste pas suffisants, argumente-t-il, en réclamant que la PrEp soit accessible immédiatement pour tous ceux qui sont à risque.»

Au Royaume Uni, l’essai de traitement préventif PROUD (à l’image d’Ipergay en France) a montré l’efficacité de la PrEP avec une réduction de 86% de l’infection chez les participants prenant Truvada comme traitement préventif au moment des rapports sexuels. Pour 20 infections qui auraient pu se produire, 17 avaient été évitées grâce à la prise de médicaments. Pour de nombreux spécialistes, il n’est donc pas nécessaire de poursuivre l’expérimentation. Mais d’après certains, la raison du virage à 180 degrés du NHS est peut-être beaucoup plus triviale. Paul Decle, du groupe de patients séropositifs Forum Link, pense que la décision a été retardée et que le fait que Truvada va bientôt pouvoir être génériqué, et donc coûter moins cher, a pu peser dans cette décision.

Les activistes ont lancé une pétition demandant au gouvernement de revenir sur sa décision.

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