«Un jour nouveau», déclarait Barack Obama en arrivant sur le sol cubain lors de sa visite ce lundi. Et pour cause, depuis 88 ans, aucun président des États-Unis n’était venu à la rencontre du leader politique de Cuba. Barack Obama qui quittera ses fonctions en janvier 2017 a retrouvé Raul Castro: «J’espère que ma visite ici montre à quel point nous sommes prêts à entamer un nouveau chapitre dans les relations cubano-américaines», rapporte le quotidien national.

Si Cuba fait partie des pays qui ont signé une déclaration à l’ONU contre les violences en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre en 2008, puis en 2011, en matière d’égalité pour les personnes LGBT le pays stagne un peu. Le communisme de Raul Castro au pouvoir n’offre guère plus de liberté au peuple, rapporte l’ONG Human Rights Watch qui considère Cuba comme un «état autoritaire avec des violations des droits humains». Pour cause, «les menaces, harcèlement, intimidations ou même violences font partie du quotidien. Le gouvernement peut s’interférer dans la vie privée, possède un contrôle sur les médias, ne respecte pas la liberté d’expression et de la presse et n’offre qu’un accès restreint à Internet».

Lundi, lors de la conférence de presse entre les deux dirigeants politiques, Barack Obama a pris la parole pour faire référence à un grand nombre de droits humains: «Nous allons parler des droits humains universels y compris la liberté d’expression, de réunion et de religion», a déclaré le président américain, rapporte le site CNSnews. Raul Castro lui a alors rétorqué que «son gouvernement défend les droits humains». Le président cubain a toutefois évoqué la nageuse ouvertement lesbienne Diana Nyad qui a relié à la nage le 2 septembre 2013, La Havane à Key West, en Floride. Cuba et les États-Unis doivent s’inspirer de cette athlète a affirmé Raul Castro: «Si elle l’a fait, nous pouvons le faire aussi.»

LA FILLE DE, AU SERVICE DES LGBT?
Une personnalité politique semble vouloir faire évoluer les droits des personnes LGBT. Psychologue, fille du président cubain, nièce de Fidel Castro, mais également directrice du Centre national cubain d’éducation sexuelle (CENESEX), Mariela Castro, à 53 ans, collectionne les casquettes. A force de les cumuler, plusieurs militant.e.s LGBT douteraient peu à peu de ses convictions.

Parmi les militant.e.s qui remettent en question les actions de Mariela Castro, Nelson Gandulla Díaz, président de la Fondation cubaine des droits des LGBTI. Alors que le chef d’État américain arrivait sur Cuba, le militant a été harcelé par la police locale. Il a déclaré au Washington Blade qu’une policière est venue l’interroger à son domicile, le 18 mars dernier, avant que Barack Obama n’arrive sur l’île, pour savoir s’il comptait se déplacer dans les jours à venir. A son domicile, le militant possède en évidence un panneau présentant Mariela Castro comme une «apparatchik». Il raconte aussi avoir été retenu à l’aéroport José Martí près de cinq heures à son retour de Colombie en juillet 2015, où il avait justement participé à un atelier sur les droits LGBT.

Le jour-même de l’arrivée de Barack Obama à l’aéroport international, un défenseur des droits LGBT indépendant a témoigné, toujours dans le Washington Blade: «La police de Cuba détenait quelques membres du groupe dissident des Femmes en Blanc protestant contre le gouvernement de l’actuel président cubain Raul Castro». Dans son témoignage, il explique aussi que «les parcs et lieux publics où se rassemblent habituellement les militant.e.s LGBT cubain.e.s ont été assiégés par les autorités de sécurité et la police».

En juin 2015, Navid Fernández Cabrera, membre de la Fondation Shui Tuix, une autre organisation indépendante des droits LGBT a lui aussi été arrêté par la police. Il souhaitait se rendre à une marche LGBT à La Havane. Comme Nelson Gandulla Díaz, il égratigne la fille de Raul Castro concernant son engagement en faveur des LGBT. Le militant âgé de 50 ans décrit «CENESEX comme une institution scientifique qui mène des recherches».

«Leur idée fabuleuse a d’abord été la Journée contre l’homophobie et ils ont ajouté plus tard le nom de transphobie. Cela représente 10 jours d’événements, et que font-ils durant ces 10 jours? Des événements scientifiques?», s’interroge-t-il.

QUELLES ACTIONS MISES EN ŒUVRE PAR MARIELA CASTRO?
Pourtant, en août 2014, pour la première fois dans l’histoire politique de Cuba, Mariela Castro devenait la première députée de l’assemblée nationale a voté non à une loi défendant les droits LGBT. La nièce de Fidel Castro estimait que «la réforme n’allait pas suffisamment loin contre les discriminations dont sont victimes les personnes séropositives ou transsexuelles», relate le site du Monde.fr.

Un portrait lui est aussi consacré sur le site TheStar.com, où elle raconte sa vision de Cuba: «La solidarité est un processus qui a été mis en place à la suite de la révolution. Ce sont les ressources dont je me sers pour apporter plus d’opportunités à la communauté LGBT. Si la révolution nous a appris à être justes et être solidaires dans beaucoup de choses, la révolution doit également être responsable pour démontrer et pour enseigner les mêmes thèmes liés aux droits des LGBT. La société cubaine doit être intéressée par ce qui doit être changé».

Le 9 mai 2015, à l’occasion de la 8e journée contre l’homophobie et la transphobie, Mariela Castro a célébré des mariages symboliques entre personnes de même sexe à La Havane. «Nous sommes en train de nous mettre d’accord entre militants. On estime qu’il est mieux de commencer par quelque chose de plus modeste pour voir comment ça va se passer. Il s’agit de quelques couples qui souhaitent participer à cette modeste et simple célébration d’amour», expliquait-t-elle.

En 2012, Magda Wodecka et Grégory Seps, les réalisateurs du documentaire Je ne suis pas un macho, expliquaient à Yagg que «les homosexuels sont de plus en plus acceptés à Cuba. Il y a une vraie évolution de l’image de l’homosexualité». Grégory Seps rappelait que Mariela Castro avait repris l’engagement de sa mère sur les questions LGBT après son décès et qu’une interview lui était consacrée dans le documentaire.

Si la vidéo ne s’affiche pas, cliquez sur «Je ne suis pas un macho»

 

LEGALISATION DU MARIAGE
Aujourd’hui, Mariela Castro continue de défendre les droits des homosexuel.le.s sur l’île, avec en ligne de mire la légalisation du mariage entre personnes de même sexe, même si certains militant.e.s LGBT restent très sceptiques sur l’impact de son engagement. Aucune loi n’a encore été votée pour le moment. Il y a quelques années, «Fidel Castro a exprimé ses regrets sur la façon dont étaient traités les homosexuels par le passé à Cuba. Et aujourd’hui, le système de santé universelle de l’île couvre les opérations de changement de sexe», relate The Guardian. «La réticence envers l’homosexualité demeure dans le Parti communiste» rappelle BBCNews. Peut-on réellement croire à des changements en 2016?

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