Agressée lors d’une soirée dans un bar parisien le dimanche 6 mars, Marion a accepté de témoigner auprès de Yagg, après avoir posté sur les réseaux sociaux quelques photos des hématomes causés par les coups reçus. Selon cette femme de 28 ans, c’est le videur du Sherwood, le lieu où elle se trouvait avec sa petite amie Christa et une copine, qui en serait l’auteur. Un déferlement de violence causé, toujours selon elle, après qu’il les ai vues s’embrasser et avoir des gestes d’affection.

Contactée par Yagg, Marion raconte le déroulement de la soirée: «Dimanche, Christa et moi étions avec une amie, nous sommes allées dîner dans un restaurant japonais, et avons décidé d’aller boire un verre au Sherwood, un piano bar du 2e arrondissement, proche de l’Opéra Garnier. Avec Christa, on était très proches, on dansait en se touchant et en s’embrassant, on était un peu oisives. Pendant que Christa et notre copine étaient sorties fumer une cigarette, le videur m’a regardé avec insistance et m’a dit: “C’est dégueulasse ce que vous faites, ça me dégoûte”». Marion raconte lui avoir répondu sur le ton de la provocation qu’il trouvait ça dégueulasse parce qu’elle aurait pu le faire à sa femme. «Il m’a pris par la nuque et m’a poussée vers la sortie du bar. Je suis un petit gabarit, je pèse 50 kg toute mouillée», précise Marion pour expliquer que face au videur, elle n’émet aucune résistance. Après cette première altercation, Marion poursuit sa soirée à l’intérieur du bar.

PLUSIEURS COUPS DANS LE DOS
Marion explique avoir ensuite fait en sorte d’éviter le videur, et se met dos à la sortie pour éviter de croiser son regard. Ce qui n’empêchera pourtant pas une seconde altercation, cette fois beaucoup plus violente. Avant de quitter le bar, Marion se rend aux toilettes situées au sous-sol du Sherwood. En remontant, elle croise de nouveau le videur: «C’est là qu’il m’a prise, m’a soulevée et m’a balancée contre la porte qui s’est ouverte. Je suis tombée sur le sol à l’extérieur du bar». Alors que Marion prend plusieurs coups dans le dos, Christa se précipite pour intervenir. Le patron arrive lui aussi et parvient à calmer son employé. «Il nous a demandé de ne pas prévenir la police et de partir. Ce qu’on a fait.» Les deux femmes rentrent chez elle. Marion a un hématome important sur la hanche droite (photo) et des douleurs, plusieurs marques dans le bas du dos, ainsi qu’une bosse au niveau du crâne.

PLAINTE POUR VIOLENCE A RAISON DE L’ORIENTATION SEXUELLE
Le lendemain, elle se rend au commissariat du 3e arrondissement pour porter plainte: «C’est quand j’ai été au commissariat et que j’ai raconté ce qui s’est passée que je me suis rendue compte de l’ampleur de ce qui est arrivé. Les policiers ont été assez choqués quand on leur a raconté.» Marion a porté plainte contre X pour violence à raison de l’orientation sexuelle. Elle a posté une photo des hématomes sur son dos sur les réseaux sociaux pour témoigner de son agression: «Je trouve normal d’en parler, affirme Marion, même si elle est un peu décontenancée de la viralité des photos sur Facebook. Il y a eu un effet boule de neige, je ne m’y attendais pas. Des gens que je ne connais pas m’ont envoyé des messages.» Marion affirme avoir déjà été agressée en raison de son homosexualité: «Embrasser la personne avec qui je suis est considéré comme une provocation. Mais mes sœurs qui sont hétéros, on ne leur dit rien, alors que c’est exactement la même chose!» s’agace-t-elle.

«ON RÈGLE ÇA ENTRE NOUS»
Les photos ont provoqué une vague de mécontentement de la part d’internautes qui se sont rué.e.s sur la page Facebook du lieu afin de faire remonter l’affaire. Après plusieurs prises de contact, infructueuses, par mail, téléphone et sur Facebook, nous nous sommes rendus sur place, au bar Le Sherwood, pour parler aux responsables de cet établissement. L’un des patrons nous a ouvert, mais a expliqué que le bar était fermé au moment de notre passage et la discussion a eu lieu sur le pas de la porte. «On règle ça entre nous», nous a-t-il expliqué. A l’évocation de l’implication d’un de leurs employés dans l’agression, l’un des gérants martèle que lui-même n’est pas homophobe et affirme d’ailleurs bien connaître le Syndicat national des entreprises gaies (Sneg&Co). Pour lui, c’est davantage le comportement alcoolisé de la jeune femme qui est en cause: «Passée une certaine heure, certaines personnes ont trop bu et les gens ne se comprennent plus», justifie-t-il avant d’ajouter que lui et l’autre patron, son frère, se rendront au commissariat prochainement dans le cadre de cette affaire.