Ils étaient près de 200 militants d’extrême-droite ce samedi 19 mars à jeter des pierres et des bombes fumigènes sur plusieurs dizaines de participant.e.s qui quittaient un hôtel de Lviv en Ukraine, ville où était organisé le festival LGBT «Equality Festival». Un rendez-vous culturel où devaient s’enchaîner des projections de films, des débats littéraires et d’autres événements publics.

La veille, vendredi 18 mars au soir, les organisateurs et organisatrices ont été convoqués au tribunal de Lviv. L’audience s’est déroulée en présence de militants d’extrême droite, rapporte The Guardian, «durant laquelle il a été décidé que tous les événements publics devraient être interdits pour le week-end. Olena Shevchenko de l’ONG Insight, l’une des organisations en charge de l’événement, a estimé que la dizaine de militants néo-nazis présents, certains masqués, ont intimidé les personnes présentes lors de l’audience».

Sur Facebook, l’une des militantes LGBT Maria Kaveca Sam a publié une photo de l’audience tardive qui devait statuer de l’autorisation ou non du festival durant le week-end dernier.

Les militant.e.s LGBT ont été rejoint par les néo-nazis lors de la séance au tribunal de Lviv Les militant.e.s LGBT ont été rejoint par les néo-nazis lors de la séance au tribunal de Lviv

UN FESTIVAL DIFFICILE A ORGANISER… ET A MAINTENIR
Le chemin s’annonçait semé d’embûches pour les militant.e.s, qui souhaitaient néanmoins poursuivre l’événement. Dans un communiqué de l’ONG Insight reçu la semaine dernière, Olena Shevchenko déclarait qu’une lettre avait été envoyé au maire de Lviv Andrij Sadovyj le 25 février dernier «pour lui demander officiellement son soutien pour le festival et l’inviter à participer à l’ouverture officielle». Malheureusement, l’ONG n’a pas reçu de retour de la municipalité. Autre désistement, le Musée des Idées qui devait hébergeait l’événement LGBT a refusé de l’accueillir en raison des menaces anonymes de violence physique.

Le lieu culturel avait déjà exprimé ses craintes à l’approche du festival. «Nous pensons que le Musée des Idées a peur de la violence et ils attendent des autorités de la ville une déclaration de soutien. Bien sûr, nous n’avons reçu aucune déclaration à ce jour et ne pensons pas qu’ils vont soutenir le festival, expliquait à Yagg Olena Shevchenko la semaine dernière. Nous avons été surpris.e. par le niveau et le nombre des menaces reçues sans aucune réaction de la part des autorités de la ville. Le festival aura lieu à Lviv, nous y travaillons».

QUITTER L’HÔTEL POUR ASSURER LEUR SECURITE
Le samedi matin, les 70 festivaliers, qui pensaient avoir finalement trouvé un hébergement pour le week-end, ont enchaîné les mauvaises surprises. La direction de l’hôtel a demandé aux participant.e.s de l’«Equality Festival» de quitter les lieux par crainte de d’actes de violence physique et/ou de dégradation matérielle. En effet, devant l’immeuble, les néo-nazis étaient regroupés attendant leurs futures victimes. «L’hôtel que nous avions réservé pour les personnes venant de l’extérieur de Lviv nous a dit que nous ne pouvions pas rester là-bas», a aussi déclaré Olena Shevchenko. «Quand nous sommes arrivés, le directeur nous a signalé que les autorités de la ville leur avait dit que nous étions des pervers, ils nous avaient googlé et dit que les gens comme nous devrions brûler en enfer».

L’équipe du festival a donc quitté l’hôtel, pour rejoindre des bus stationnés devant tout en esquivant la violence des néo-nazis. Sans oublier les insultes et les cris des militants extrémistes qui scandaient des slogans comme «Mort, mort, mort!» ou «Hitlerjugend SS» (Jeunesses hitlériennes SS)».

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Au moins un passant a été touché à la jambe par une pierre et les vitres d’au moins quatre voitures ont été brisées, ont constaté les journalistes de l’AFP. Certains des manifestants n’ont pas hésité à montrer leur visages et même s’exprimer auprès des médias, comme le rapporte le site. Ils ont détruit des vitres des bus, qui s’éloignaient peu à peu du lieu de panique, en jetant des pierres.

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Cependant, The Guardian rapporte que «lorsque le maire de Lviv, Andrij Sadovyj, a finalement brisé son silence le dimanche, il a blâmé autant les militant.e.s LGBT que les membres d’extrême droite». Sur son profil Facebook, il ajoutait : «Les événements d’hier à Lviv sont le résultat d’une provocation soigneusement planifiée».

Déjà en 2014, dans le même pays mais à Kiev cette fois, une gay pride avait été annulée par les autorités qui estimaient ne pas être en mesure de garantir la sécurité et la protection des participant.e.s. Quelques jours après, un club gay de Kiev, le Pomada Club, était la cible d’un groupe de néo-nazis. Des faits qui se multiplient malheureusement dans ce pays de l’ex U.R.S.S.

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