Cet article est extrait de la chronique Terrains de Jeux du 17 mars 2016, à lire en intégralité ici.

Au fil des années, Outsports est devenu le site référence sur tout ce qui touche au(x) sport(s) et aux personnes LGBT, notamment aux États-Unis: coming-out, homophobie, engagement des fédérations ou des clubs, relations avec les sponsors… C’est ainsi qu’en préparant le coming-out du footballeur américain Michael Sam, l’agent Howard Bragman a très vite inclus le site créé par Cyd Zeigler et Jim Buzinski dans le plan de communication. En 2007, déjà, Zeigler et Bragman avaient accompagné le basketteurJohn Amaechi dans sa sortie de placard.

Il est donc devenu de plus en plus courant pour Outsports de recevoir des témoignages d’athlètes LGBT. Mi-mars, Tyler Dunnington, ancien espoir de l’équipe de baseball des Cardinals de Saint Louis, a envoyé un email à Cyd Zeigler. Il y explique qu’il a quitté les Cardinals en raison des remarques homophobes de ses coéquipiers. Tyler Dunnington est gay, c’est par cet email et une interview vidéo accordée à Outsports dans la foulée et publiée en même temps qu’il a fait son coming-out. Il n’y a, pour l’heure, aucun baseballeur ouvertement homosexuel ou bisexuel en activité. En 2015, la Ligue majeure de baseball (MLB) a nommé «ambassadeur de l’inclusion» l’ancien joueur Billy Bean, qui avait fait son coming-out six ans après avoir pris sa retraite, dont le rôle est de faire évoluer les mentalités dans le baseball.

«Je suis l’un de ceux — et nous ne sommes pas si nombreux — à qui l’on a donné l’opportunité de réaliser leur rêve et de devenir joueurs en Ligue majeure de baseball, écrit Tyler Dunnington. Je suis aussi l’un des athlètes homos dans le placard qui ont la malchance de ressentir pendant des années l’homophobie dans le sport qu’ils/elles aiment. J’ai réussi la plupart du temps à ne pas prendre ces propos au pied de la lettre, mais vers la fin de ma carrière j’ai senti que cela influait sur mes relations avec les autres, mes performances et mon bien-être de façon générale.

«J’ai entendu des entraîneurs et des joueurs appeler au meurtre d’homosexuels lorsque je jouais au baseball [il se souvient en particulier d’une plaisanterie sur le meurtre de Matthew Shepard dans le Wyoming en 1998, ndlr], et chacun de ces commentaires était comme un couteau planté dans mon cœur. J’étais horriblement malheureux dans un sport qui était toute ma vie, et j’ai fini par décider de raccrocher mes crampons pour ne pas devenir fou.»

S’il en parle aujourd’hui, un peu plus d’un an après son départ, c’est parce que le baseball reste toute sa vie, raconte-t-il, et qu’il regrette de ne pas s’en être servi pour faire évoluer les choses au sein même du sport: «Démissionner n’est pas la bonne façon de traverser une épreuve, et j’admire les athlètes qui se comportent en pionnièr.e.s». Il aimerait y revenir, éventuellement à un poste administratif, car, explique-t-il, il a compris qu’il n’était pas nécessaire de quitter son sport pour être heureux.

Quelques heures après la publication de l’article d’Outsports, John Mozeliak, le directeur général des Cardinals de St Louis a envoyé un email au St. Louis Post-Dispatch, le quotidien local, et au site MLB.com affirmant que le club prenait l’affaire«très au sérieux» et avoir pris contact avec Billy Bean. «Les déclarations de Tyler Dunnington sur son expérience de joueur de baseball universitaire et de joueur de Ligue mineure en 2014 sont un exemple de l’importance du travail que nous faisons au sein de la MLB, a déclaré Billy Bean. Chaque instance de la MLB, Cardinals de St Louis inclus, soutient notre travail en faveur de l’inclusion. Nous sommes néanmoins conscient.e.s qu’il y a encore beaucoup à faire. Le souhait de Tyler de revenir au baseball montre bien que notre message d’égalité et d’acceptation est efficace.»