Il ne faut pas crier victoire trop vite, mais le manifeste publié dans Le Monde, dans lequel 130 médecins affirment avoir aidé des femmes en couple ou célibataires dans leur choix d’avoir un enfant, pourrait-il susciter une réaction du gouvernement sur le sujet de la PMA? En effet, les signataires encouragent à présent le président François Hollande à légifèrer sur l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux couples de femmes.

Depuis, les réactions se multiplient sur les réseaux sociaux.

Qu’en est-il du côté des associations LGBT qui militent depuis des années pour faire avancer ce droit dans notre pays?

UN «PLAN CONTRE LA LÂCHETÉ DU GOUVERNEMENT»
L’une des premières à avoir réagi est le Collectif Oui Oui Oui. «Les médecins veulent un droit égal de toutes et un plan contre l’infertilité, les lesbiennes demandent aussi un plan contre la lâcheté du gouvernement», déclare le collectif via la publication d’un communiqué en ligne tout en remerciant les médecins qui ont aidé «les femmes, en couple lesbien ou célibataires, à recourir à la PMA, en contravention de la loi. En brisant l’hypocrisie ambiante, qui est d’abord celle du gouvernement, ces médecins montrent qu’une autre voie est nécessaire». Oui Oui Oui ajoute que «la PMA doit être ouverte à toutes, en France comme déjà dans de nombreux pays. Elle doit être rendue accessible et sûre pour toutes, alors qu’elle reste, aujourd’hui, un parcours de la combattante pour de trop nombreuses femmes, une politique publique négligée, sous-financée, et donc risquée».

Le collectif interpelle directement le gouvernement qu’elle associe à la lâcheté:

«Désormais, les choses sont claires et la balle est dans le camp de Hollande et Valls. Le pseudo-argument éthique développé par eux s’effondre, face à ce que les militant.e.s et médecins spécialistes disent ensemble. Le gouvernement peut maintenant choisir en conscience qui il écoute».

La PMA reste un sujet qui fait débat, si bien qu’en octobre 2015, une semaine médiatique spéciale «PMA pour toutes» avait été organisée durant laquelle plusieurs médias – dont Yagg – avaient participé. L’avis du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE), demandé par François Hollande, est attendu depuis 2 ans maintenant. Cependant, Nathalie Allain-Djerrah, présidente de l’association Les Enfants d’Arc-en-Ciel explique à Yagg que «les prises de position du Défenseur des Droits, du Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes (HCEfh), de membres de l’Académie nationale de médecine, de nombreux/euses élu.e.s dans une pétition spécifique et aujourd’hui de 130 médecins, continuent de démontrer qu’il existe un consensus social en faveur de la PMA pour toutes». L’association regrette que «Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes ne souhaite pas œuvrer pour le droit de toutes les femmes à mener un projet de famille» et constate «une fracture entre la position de la ministre et l’opinion publique».

PAROLES, PAROLES…

Encore et toujours des paroles, semées par le gouvernement de François Hollande. Le sujet de la PMA a été baladé depuis bientôt trois ans et enterrée en décembre 2015 par la majorité en place. Une réforme qui semble effrayer Laurence Rossignol, en poste depuis février dernier, «craignant les vociférations de la «Manif pour Tous»».

L’association FièrEs explique à Yagg qu’elle espère que «le gouvernement va enterrer le couac d’il y a deux ans.»

«On attend de lui du courage politique, qu’il applique son programme pour une fois, plutôt que de vouloir contenter des personnes qui ne voteront jamais pour lui», insiste Vanessa de Castro, porte-parole de FièrEs.

«On ne voit plus trop un revirement, mais c’est toujours possible, c’est la dernière ligne droite, il serait temps qu’il s’y mette». L’espoir n’est pas perdu, selon elle. «On se félicite qu’il y ait eu ce manifeste. Il démontre l’hypocrisie ambiante de la France où les femmes peuvent adopter, mais ne peuvent pas mettre un enfant au monde. C’est courageux de la part des médecins d’évoquer cette hypocrisie, on ne peut que s’en féliciter». La militante rappelle que dans son «discours féministe, l’association fait le parallèle avec l’IVG»: «La maternité doit rester un choix. Il faut aussi se poser les questions sanitaires, il peut y avoir des complications, comme en appliquant l’insémination artisanale, le risque de transmission de maladies est toujours possible».

Dominique Boren co-président de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) semble plus mitigé sur ce manifeste. Comment a t-il réagi à cette publication? «Positivement, étant donné que ces médecins font partie des premières personnes concernées par la PMA et qu’ils et elles ont posé le sujet sur la table», explique t-il à Yagg.

«C’est un peu curieux cette tribune de 130 médecins, ça se passe dans Le Monde, c’est très formalisé. Pourtant aucune des organisations militantes LGBT n’est consultée pour donner un retentissement sur le fond».

Le représentant de l’association s’interroge sur la suite, après la publication de ce manifeste. «Au delà d’une tribune, il faut que ces gens-là (les médecins, ndlr) interpellent directement le gouvernement et le Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) qui tarde à rendre son verdict. Je n’applaudis donc pas à deux mains, mais je salue l’initiative même s’il n’y a pas tout».

Dominique Boren se montre très critique sur l’absence d’engagement du gouvernement: «Je suis consterné par Laurence Rossignol qui se dit à titre personnel pour la PMA entre autres et après raconte qu’elle ne peut rien faire de plus. Sans oublier le CCNE, que l’on a sollicité pour un rendez-vous et qui depuis deux ans reste sans réponse, ni négative, ni positive. C’est l’exemple même de l’illustration parfaite du dialogue de sourds entre les élites et des personnes du quotidien».

POUR «UN GESTE FORT DU GOUVERNEMENT»
En février dernier, le collectif Oui Oui Oui et l’Inter-LGBT pointaient du doigt l’immobilisme de Laurence Rossignol sur le sujet de la PMA. L’Inter-LBGT accueille aujourd’hui «très favorablement» cette prise de position qui «s’inscrit sur une longue suite de dispositions mises en place par la société»: «La PMA est le mode de conception le plus pratiqué par les couples lesbiens, explique à Yagg Amandine Miguel, porte-parole de l’Inter LGBT qui invite les élu.e.s à continuer de signer la pétition appelant à légiférer pour l’ouverture de la PMA à toutes les femmes.

«Avec ce manifeste, on souhaite que ce soit une ouverture de la PMA pour toutes et la fin des discriminations. Pour que les femmes puissent disposer librement de leur corps. Comme pour une IVG avant la loi Veil, ces femmes font face aux mêmes obstacles».

Et bien d’autres obstacles quand il s’agit de réaliser une PMA à l’étranger: «N’étant pas ouverte en France pour les femmes célibataires ou en couple lesbien, il faut aller en Espagne ou en Belgique. Cela sous-entend une somme d’argent conséquente pour les frais de voyage entre autres, un parcours difficile, et surtout le fait qu’il n’y a pas de suivi gynécologique». Comme d’autres associations, l’Inter-LGBT remet en cause le programme de campagne de François Hollande. «Il manque de courage politique. C’était l’une des promesses du candidat Hollande répétée par Najat Vallaud-Belkacem, alors porte-parole du gouvernement», regrette Amandine Miguel qui ajoute que la PMA doit s’accompagner d’une loi sur la filiation. «On voudrait un geste fort de la part du gouvernement. Tous les pays qui ont légiféré en Europe sur le mariage et l’adoption y ont rattaché la PMA. La PMA est ouverte en France aux femmes en couple avec un homme et réglementée depuis la loi de Bioéthique de 1994, c’est donc une discrimination que de ne pas l’autoriser aux femmes célibataires et aux couples lesbiens. Sur la filiation, actuellement la mère dite sociale doit adopter son propre enfant pour être reconnue comme mère, alors qu’il s’agit d’un projet parental», déplore Amandine Miguel.

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