C’est avec une certaine consternation que l’association Couleurs Gaies a appris le 11 mars dans un article du Républicain Lorrain que l’homophobie n’avait pas été incluse au plan d’actions départemental contre les discriminations lancé par la préfecture de Moselle et présenté le 10 mars (photo). Un plan d’actions qui fait suite aux vœux du président de la République le 31 décembre 2014, lorsqu’il a fait de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme une Grande cause nationale pour 2015. En Moselle, il est évident que le comité ne se concentrera que sur ces deux sujets en priorité: «Nous avons jugé qu’il était préférable de ne pas l’ouvrir à d’autres religions ou à d’autres discriminations comme l’homophobie par exemple, car on s’éloigne du cadre», a en effet estimé la directrice de cabinet Elise Bas, dans des propos rapportés par le Républicain Lorrain.

UNE ABSENCE REGRETTABLE, POUR COULEURS GAIES
Couleurs Gaies a tenu à manifester sa surprise, via un communiqué, et s’inquiète d’une «hiérarchisation des discriminations». Pour l’association, ce choix est «une interprétation restrictive du Préfet de la Moselle et un recul significatif de l’action du gouvernement contre toutes les discriminations dans notre département.» Couleurs Gaies rappelle que les actes homophobes avaient bien été mentionnés dans le discours de Manuel Valls pour annoncer son plan d’actions en avril 2015. «Quand on regarde les mesures proposées dans le plan de la Préfecture, on aurait pu croire que les associations de lutte contre l’homophobie auraient été approchées, affirme à Yagg Mathieu Gatipon-Bachette. Le plan couvre par exemple les propos haineux sur internet, c’est un sujet qui nous touche de près.» Sur l’année 2014, l’association SOS homophobie a en effet constaté que 40% des témoignages reçus concernaient des faits observés sur Internet. Dans la présentation du comité, la question des discours de haine sur les réseaux sociaux est explicitement abordée et le plan prévoit de «renforcer la responsabilité des plates-formes du numérique, de rendre la sanction davantage effective et de promouvoir un contre-discours efficace».

«ON AURAIT NOTRE PLACE DANS CE COMITÉ»
«C’est valable pour nous, en tant qu’association LGBT, mais pas que», tient à préciser le militant qui ajoute qu’aucun représentant.e.s du culte musulman n’était présent lors de la présentation le 10 mars, alors que le Grand rabbin de Metz était présent. «Avec un plan qui ne se concentre que sur le racisme et l’antisémitisme, on revient vingt ans en arrière, déplore-t-il. Et de façon plus générale, en termes de lutte contre les discriminations, on part de zéro avec la Préfecture de Moselle. A Couleurs Gaies, nous n’avons jamais été sollicités. Alors puisque c’est dans l’actualité aujourd’hui, nous en profitons pour nous manifester, pour dire qu’on aurait notre place dans ce comité.» Mathieu Gatipon-Bachette pointe un déficit de formation et de connaissance, malgré une bonne volonté. Reste que laisser de côté l’homophobie, de même que d’autres discriminations comme le sexisme, apparait comme une «surprise», alors qu’au niveau local, il y a une réelle nécessité de lutter contre les propos et violences homophobes: «Tout l’épisode de la “Manif pour tous” il y a trois ans, a fait beaucoup de dégâts, particulièrement en régions.»