Dans le cadre de la première édition de la Semaine des visibilités LGBT (du 7 au 12 mars), l’association Spoutnik organise dans les trois principaux campus de l’université de Lorraine des rencontres autour des questions LGBTIQ. Un atelier, animé par un ancien étudiant et portant sur la «Phanèrehomosexualité» et les significations du coming-out, devait se tenir hier mercredi 9 mars.

Or, la semaine précédant l’atelier, les membres de l’association ont appris son annulation par le directeur de l’UFR de Droit, Fabrice Gartner, élu à ce poste en mai 2015. Contactée par Yagg, l’association est bien décidée à ne pas rester sans réagir.

ATELIER ANNULÉ POUR «RAISONS DE SÉCURITÉ»
Kévin Galet, militant à Spoutnik, raconte les faits à Yagg: «Dix jours avant la tenue de l’atelier, j’ai envoyé un courrier, assorti d’un mail au secrétariat de direction, afin d’obtenir le feu vert puisque c’est Fabrice Gartner qui donne les autorisations. Arrivé au vendredi, soit moins d’une semaine avant l’atelier, toujours sans avoir obtenu de réponse, j’ai envoyé un dernier mail. La réponse est arrivée quelques minutes après».

Yagg a pu se procurer le mail en question, dans lequel Francis Gartner explique pourquoi son UFR ne peut accueillir l’atelier: «Il est d’usage que les conférences ou rencontres soient organisées avec un parrainage d’un diplôme, d’un laboratoire, d’une association d’étudiants de la Faculté, d’élus du conseil de la Faculté. Dans le cadre du plan vigipirate, cette exigence est particulièrement renforcée, toute manifestation publique devant être accompagnée de mesures particulières de sécurité, quel qu’en soit l’objet. La réunion que vous évoquez n’entre pas dans le cadre que j’ai évoqué et ne paraît pas, en l’état des données dont je dispose, de nature à être autorisée.» Kévin Galet tient à préciser que d’autres associations étudiantes ont déjà subi le même traitement à l’UFR de droit, comme l’Unef par exemple.

VISIBLES, QUOIQU’IL ARRIVE
C’était une première pour Spoutnik qui n’a rencontré aucune difficulté dans les autres campus pour la Semaine des visibilités LGBT: «[En] Prenant cette décision, le directeur d’UFR, Fabrice Gartner, se démarque comme seul dirigeant de l’Université de Lorraine décidé à nous fermer les portes d’une composante académique, constate l’association dans un communiqué. Cependant, il poursuit ainsi la terne réputation des doyens conservateurs de cette composante puisque Eric Germain (son prédécesseur) avait jugé bon de qualifier (en 2012) l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe de “réforme contre-nature”. S’appuyant sur le principe légitime de sécurité, le directeur d’UFR est donc résolu à sacrifier le principe de liberté.»

Les militant.e.s ont alors pris acte de la décision du doyen mais, en accord avec l’objectif de la Semaine des visibilités, ont choisi de faire une action dans la faculté:

«On voulait être visibles quoiqu’il arrive.»

«Mercredi à 16h, nous étions une trentaine à nous rassembler devant la faculté de droit. Nous sommes entré.e.s avec pancartes et sifflets et avons distribué notre communiqué sous forme de tract aux étudiant.e.s pour expliquer notre démarche. On a parcouru le campus, on s’est attiré.e.s des regards approbateurs, d’autres un peu moins.»

L’association Spoutnik a tenu à rappeler lors de son rassemblement (voir la vidéo ci-dessous) qu’il n’était pas seulement question de leur atelier. «Notre revendication n’est pas uniquement communautaire: nous nous opposons au traitement qui est fait aux étudiantEs en droit et nous souhaitons que la répression de la vie étudiante cesse sur ce site et que le directeur d’UFR soit plus attentif, à l’avenir, au traitement égal de toutes les associations, à davantage de neutralité politique et sociale et – enfin – au respect de la liberté des étudiantes et des étudiants. Nous serons particulièrement attentifs à la situation des étudiantes et des étudiants, singulièrement les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres en Faculté de Droit.»

 

Lecture du communiqué de presse de Spoutnik Nancy par Maroua, étudiante en travail social, le 9 mars 2016.

Posté par Spoutnik Nancy sur mercredi 9 mars 2016

 

LE DIALOGUE EST POSSIBLE
Dans L’Est républicain, dans un article intitulé «Dialogue de sourd sur l’homophobie à la fac de droit», le doyen a commenté la mobilisation des militant.e.s: «La nature de la conférence n’a aucun lien avec ma décision. J’aurais pris la même décision pour une autre conférence, sur n’importe quel sujet. Nous recevons des sollicitations de toutes sortes. Malheureusement, nous n’avons pas les moyens d’accueillir tout le monde. (…) Et je ne laisse pas de salles qu’aux seules associations dites de droite! On m’accuse d’homophobie… J’ai reçu le Premier ministre luxembourgeois, on ne peut pas me taxer d’homophobie! C’est déplacé.» Auprès de Yagg, Kévin Galet regrette que le journaliste de L’Est républicain n’est pas jugé bon de joindre l’association.

«Nous n’avons jamais traité Fabrice Gartner d’homophobe, ajoute-t-il. Et je pense qu’il n’est effectivement pas homophobe, mais des homophobes s’expriment sur son campus.»

Et l’étudiant de citer l’UNI-MET, «groupuscule étudiant homophobe qui a appelé à marcher aux côtés de Frigide Barjot et de la Manif Pour Tous», mais aussi les interventions à la faculté de Claude Guéant ou d’Hervé Mariton à l’automne 2015. «Mais le point positif, c’est que Fabrice Gartner me semble disposé à discuter, affirme Kévin Galet, je n’ai aucun doute sur la possibilité de dialoguer. Et s’il nous refuse à nouveau une salle, on saura se faire entendre!» A suivre donc.