C’est aujourd’hui officiel, et l’information est sur Yagg en exclusivité. Le 190, le centre de santé sexuelle, est sauvé de la fermeture grâce à l’intervention de Aides, qui sauve cette structure unique dans le paysage de la lutte contre le sida à Paris.

Comment en est-on arrivé là? Et quelle sera maintenant la mission du 190? Réponses avec le président du 190, Franck Desbordes , son fondateur et directeur médical Michel Ohayon et Michel Mangin, administrateur de Aides.

 

Hier a été annoncé la mise en redressement judiciaire de Sida Info Service. Mais une structure n’est pas concernée par cette mesure, c’est le 190, centre de santé sexuelle, qui jusqu’à décembre dernier, faisait partie intégrante du groupe SIS.

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Depuis plusieurs mois, le fondateur et directeur médical du 190, Michel Ohayon (photo ci-dessus) et Franck Desbordes, son président depuis plus de deux ans, menaient la réflexion et les discussions pour sauver le Centre. Créé en 2010 par Sida Info Service pour apporter une offre nouvelle de suivi aux séropositifs et aux séronégatifs, ciblant principalement (mais pas exclusivement) la population gay et les Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), le 190 a fait la preuve de son succès. Près de 9000 consultations ont été faites l’an passé.

Michel Ohayon insiste sur ce qui est pour lui le principal signe de la pertinence de la mission du 190. «Sur la file active de patients séronégatifs suivis au 190, 0,25% sont devenus séropositifs l’an passé.» Un chiffre très inférieur aux estimations épidémiologiques au niveau national chez les gays et les HSH. En clair, l’immense majorité des personnes séronégatives suivies le restent d’une année sur l’autre.

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Pour Franck Desbordes (photo ci-dessus), cela démontre «le bien-fondé de notre démarche». «L’objectif du 190, poursuit-il, c’était aussi de sortir du seul suivi VIH et des hépatites, en ayant dans le même espace des consultations pour les Infections sexuellement transmissibles, des consultations psy, psycho-sexologie, de la dermato, de l’addictologie. Le but était aussi de faire sortir des séropositifs des hôpitaux où ils ne se retrouvaient plus.»

Mais depuis sa création, et malgré le soutien fort de Sidaction à ses débuts, le 190 est déficitaire. Depuis 2010, c’est environ 200.000 euros de perte que SIS a dû éponger chaque année. Soit, selon nos informations de source externe, plus d’un millions d’euros, qui aurait été pris sur les fonds propres de l’association, actuellement en grande difficulté. Ce soutien fait d’ailleurs grincer les dents à SIS, engluée dans ses difficultés financières et une gestion jugée calamiteuse par certains salarié.e.s et par leurs représentants.

«C’est très difficile de faire vivre un centre de santé, où le counselling prend beaucoup du temps, avec une consultation à 23€», affirme Franck Desbordes. Selon les calculs réalisés par les dirigeants du 190, il faudrait 6 consultations par heure pour être à l’équilibre. Au 190, ce sont environ 2,3 consultations qui sont réalisées en une heure.

MENACE DE FERMETURE EN 2014
Une première alerte est lancée en septembre 2014, ce qui fait réagir notamment la Région et la Ville de Paris. Mais durant toute l’année 2015, et face aux difficultés croissantes de SIS, des solutions doivent être trouvées. Un déménagement est envisagé, dans le XXe arrondissement, mais la mise aux normes du local s’avère très coûteuse.

En novembre 2015 et d’après Franck Desbordes, deux associations sont approchées pour la reprise du 190: le groupe SOS, qui gère notamment le Checkpoint (un centre de dépistage rapide dans le Marais), et Aides, la plus importante association française de lutte contre le VIH. Tout est bouclé assez vite avec cette dernière.

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Pour Michel Mangin (photo ci-dessus), administrateur de Aides et également porte parole santé de l’Inter-LGBT, c’était une évidence: «Le projet a été présenté début décembre en Conseil d’administration. Le 190 est un très bon outil qui allait probablement disparaître. Sauver le 190 et en faire un Centre de santé en accord avec ce que nous faisons à Aides nous a semblé indispensable. Aides a un savoir faire en matière de collecte de fonds. Nous pouvons permettre au 190 d’avoir une trésorerie pérenne et moins dépendante des fonds publics.» Pour l’instant, le conseil d’administration du «nouveau» 190 est à 50% composé de représentants de SIS, mais c’est bien Aides qui est le nouvel opérateur du Centre. Pour Michel Ohayon, ce sauvetage est une excellent chose. «Le personnel reste, les missions principales ne changent pas. Cette continuité est très importante pour les patients, qui étaient inquiets. Ce partenariat avec Aides nous donne une visibilité que nous n’avions plus ces dernières années.»

D’après nos informations, le déménagement du 190 devrait intervenir avant l’été. La superficie passerait de 80 à 200 m2. Le 190 est aussi agréé CEGID (né de la fusion des centres de dépistage et de prise en charge des IST). L’activité dépistage ainsi que la dispensation de la PrEP, le traitement préventif, vont sans doute s’y développer. Concernant les difficultés de SIS, opérateur historique et qui a porté à bout de bras le 190 pendant six ans, Michel Mangin affirme: «SIS a un rôle capital à jouer, et je vois mal les pouvoirs publics laisser tomber cette association. La ligne d’écoute est très importante pour l’information, c’est par exemple vers cette ligne que nous renvoyons les personnes pour la PrEP.»

Le 190 est sauvé et Aides va lui apporter son savoir faire en matière de collecte de fonds et aussi logistique. Cette nouvelle configuration est aussi le signe d’un milieu associatif en grande mutation dans un contexte de réduction drastique des moyens que l’État alloue à la lutte contre l’épidémie.