Le Tribunal de grande instance de Paris a rendu sa décision. Sida Info Service (SIS) a été mise en redressement judiciaire ce jeudi 10 mars, à la demande des dirigeants de l’association. C’est ce qui ressort d’un communiqué parvenu à Yagg à 14h40 cet après midi.

C’est le 23 février dernier qu’une déclaration de cessation de paiement avait été déposée au TGI. Comment en est-on arrivé là?

Faisant suite à l’audience du 25 février dernier, le Tribunal de grande instance de Paris a décidé ce jeudi de placer Sida Info Service en redressement judiciaire, sous la responsabilité de Monsieur Maxime Langet, administrateur judiciaire. Le Tribunal a également désigné Gilles Pellegrini en qualité de mandataire judiciaire, apprend-on auprès de la direction de SIS.

«ASSURER LA PÉRENNITÉ DE NOTRE MISSION DE PRÉVENTION»
Dans son communiqué annonçant la mise en redressement judiciaire, la direction de SIS affirme se féliciter de cette décision: «Nous allons maintenant pouvoir, avec le soutien de l’administrateur judiciaire, étudier les mesures qui nous permettront d’assurer la pérennité de notre mission de prévention, d’aide à distance et de lutte contre les exclusions et pour la santé sexuelle.»

Maitre Caroline Substelny, avocate du Comité d’entreprise, s’étonne de cette réaction de la direction. «Comment peut-on se féliciter d’en être arrivé là?», déclare-t-elle à Yagg par téléphone. «Nous espérons, maintenant qu’il est nommé, que les compétences de l’administrateur permettront de savoir pourquoi une telle décision a du être prise.»

«Le CE alerte sur la situation depuis 2012 et c’est la responsabilité de la direction d’assurer la pérennité des activités de SIS. Mettre tout sur la responsabilité de l’État c’est trop facile!»

BAISSE DES SUBVENTIONS
Mardi 8 mars, le président de SIS, Gérard Desbordes et son directeur général, Patrice Gaudineau, avaient, lors d’une conférence de presse, désigné le responsable des déboires financiers de l’association: l’État et son bras armé dans la lutte contre l’épidémie, l’Institut de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). Un graphique montrait l’ampleur de la baisse des subventions de l’agence publique: 7,5 millions d’euros en 2006, 5 millions cette année. Une baisse de 30% entre 2006 et 2014. Le président de l’association Gérard Desbordes explique: «Nous souhaitons la poursuite de SIS mais la balle est dans le camp de l’État. Qu’il nous donne les moyens». Patrice Gaudineau, le directeur général, insiste, lui, sur les efforts faits par les salariés pour améliorer le service et la productivité. Il précise qu’aujourd’hui, le service rendu par les écoutants de SIS est très compétitif et que des réductions d’effectifs ont déjà eu lieu.

Cette charge des dirigeants de SIS contre l’Inpes n’est pas du goût des représentants du personnel que nous avons contacté après la conférence de presse. Déjà l’année dernière, ils avaient pointé des erreurs de gestion et un rapport très critique avait mis en lumière ces erreurs. Un contre rapport, commandé par la direction balaie ces accusations, jugées infondées par son rédacteur, Monsieur Paumier, présent lors de la conférence de presse.

Pourtant, depuis la déclaration de cessation de paiement, révélée en exclusivité par Yagg, des partenaires de Sida Info Service s’inquiètent et demandent des éclaircissements à la direction. Expertise France, qui finance pour près de 2 millions d’euros des programmes d’aide à distance en Afrique, a écrit plusieurs courriers, soulignant notamment que des rapports financiers réclamés de longue date à SIS n’ont toujours pas été fournis. De son côté, la plateforme ELSA (Ensemble contre le sida en Afrique), qui est hébergée par SIS, s’inquiète du blocage de ses activités alors que son budget est indépendant de celui de SIS.

En cause dans les deux cas, on pointe le transfert de fonds de certains programmes pour payer les salaires d’autres programmes. La direction de Sida Info Service encore une fois explique que tout ceci est légal.

LA CRAINTE D’UN PLAN SOCIAL
À notre question sur le manque de diversification dans les financements, la direction reconnaît qu’il n’y a pas eu de «vraie politique de recherche de fonds.» Quel avenir pour cette ligne d’écoute et ses autres programmes? À plusieurs reprises, Gérard Desbordes a évoqué la possibilité de s’unir avec d’autres associations, citant Aides.

Suite à la mise en redressement judiciaire, la principale crainte aujourd’hui porte sur l’éventualité d’un plan social qui aboutirait au licenciement de nombreux salariés de SIS. Dans le cadre d’un redressement judiciaire, ce sont les pouvoirs publics qui prennent en charge les salaires, mais aussi les éventuelles réductions d’effectif. Le TGI a donné un délai de six mois pour mettre tout à plat et c’est le 12 mai qu’un point d’étape devra être fait.

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