Les Wachowski sont un nom qui a marqué le cinéma avec des films comme Matrix, Bound, et plus récemment l’excellente série Sense8. Lana Wachowski, l’ainée, avait fait son coming-out trans en 2012. Lilly Wachowski, âgée aujourd’hui de 48 ans, vient à son tour d’annoncer qu’elle avait fait sa transition. Un coming-out public qu’elle fait dans un contexte tendu, après avoir été longuement harcelée par la presse people, prête à révéler sans son accord la juteuse histoire. Pour parer à cette révélation, Lilly Wachowski a pris les devants et publié une lettre émouvante, mais aussi très puissante dans sa dénonciation de la façon dont sont traitées les personnes trans dans les médias. En voici la traduction partielle:

«“CHANGEMENT DE SEXE – LES FRERES SONT MAINTENANT DES SŒURS”. C’est un gros titre que je m’attendais à lire cette année. Jusqu’à aujourd’hui avec crainte et/ou exaspération. La nouvelle avait failli sortir plusieurs fois. A chaque fois, précédée par un email de mauvais augure de mon agent – des journalistes souhaitant des déclarations au sujet de “la transition de genre d’Andy Wachowski” qu’ils allaient publier. (…) Mais ça n’est pas arrivé. Les rédacteurs en chef de ces publications n’ont pas publié l’histoire qui était délectable en substance et pouvait potentiellement être fatale. L’optimiste que je suis était heureuse de mettre cela sur le compte du progrès.

Hier soir, en me préparant à sortir pour dîner, on a sonné chez moi. A ma porte, un homme que je ne reconnaissais pas.

“Cela risque d’être un peu étrange”, a-t-il dit avec un accent anglais.

J’ai soupiré.

Parfois c’est du boulot d’être optimiste.

Il a expliqué être un journaliste du Daily Mail, le service de presse le plus important au Royaume-Uni, et assurément pas un tabloid. Et qu’il fallait vraiment que je prenne le temps de parler avec lui demain ou le jour suivant ou la semaine d’après, pour me prendre en photo et pour raconter mon histoire, qui était si inspirante! Et je ne souhaitais vraiment pas voir quelqu’un du National Enquirer me suivre partout, n’est-ce pas?

Ma sœur Lana et moi avons toujours évité la presse. Parler de mon art est frustrant et pénible et je suis mortifiée à l’idée de parler de moi. Je savais que j’allais devoir faire mon coming-out public. Quand on est une personne trans out c’est… assez difficile à cacher. Je voulais et avais besoin de mettre les choses au clair dans ma tête et être à l’aise.

Mais il semble que ce n’est pas à moi de décider.

Après avoir pris sa carte et fermé la porte, j’ai commencé à réaliser où j’avais entendu parler du Daily Mail. C’est le service actualité qui avait joué un rôle important dans l’outing public de Lucy Meadows, une institutrice de cours élémentaire et une femme trans au Royaume-Uni. Un journaliste de ce “non-tabloid” l’avait diabolisée et présentée comme une influence néfaste pour l’innocence des enfants et résumé en ces mots “il n’est pas seulement piégé dans le mauvais corps, il est dans le mauvais métier”. La raison qui fait que je la connaissais n’est pas parce qu’elle est trans, mais parce que trois mois après l’article du Daily Mail, Lucy s’est suicidée.

Et maintenant les voilà, à ma porte comme pour dire “En voilà un autre! Sortons les au grand jour pour que tout le monde les voit!”

Être transgenre n’est pas facile. Nous vivons dans un monde dominé par la binarité de genre. Cela veut dire que quand on est transgenre, il faut faire face à la dure réalité de vivre le reste de sa vie dans un monde qui vous est clairement hostile.

Je fais partie des chanceuses. J’ai eu le soutien de ma famille et les moyens d’avoir des médecins et des thérapeutes qui m’ont donné une chance de survivre à ce processus. Les personnes transgenres sans soutien, sans ressources, sans privilèges n’ont pas ce luxe. Beaucoup ne survivent pas.

En 2015, le taux d’homicides chez les personnes trans a atteint un niveau sans précédent dans ce pays. Un nombre disproportionné de ces victimes sont des femmes trans de couleur. Ce ne sont que les homicides enregistrés, donc tant que les personnes trans ne rentrent pas dans les statistiques binaires des taux de meurtres, cela veut dire que ce nombre est en fait plus important.

Et même si nous avons fait du chemin depuis Le Silence des Agneaux, nous sommes encore diabolisé.e.s et dénigré.e.s dans les médias où des campagnes agressives nous présentent comme des prédateurs potentiels pour nous empêcher d’utiliser les sanitaires. Les soi-disant lois sur les sanitaires qui pullulent un peu partout dans le pays ne mettront pas les enfants en sécurité, elles imposent aux trans d’aller dans les toilettes où elles peuvent être agressées ou tuées.

Nous ne sommes pas des prédateurs, nous sommes les proies.

Alors oui, je suis transgenre.

Et oui, j’ai fait une transition.»

L’actrice et militante Jen Richards a fait part de son soutien, ainsi que la journaliste Janet Mock.

Plusieurs organisations LGBT américaines, telles que la Gay & lesbian alliance against defamation (Glaad) et Human Rights Campaign ont aussi salué ce coming-out: