Ne dites pas à Paul Vecchiali, réalisateur de plus de 40 films pour le cinéma et la télévision depuis les années 60, qu’il raconte dans C’est l’amour une histoire gay. Il n’aime pas les désignations et les étiquettes (vous pourrez bientôt lire son interview sur Yagg).

C’est l’amour, c’est d’abord un univers très coloré pour raconter une histoire sombre, tragique. On est tout près de Demy (avec qui Vecchiali partagea des moments de grande complicité) des Parapluies de Cherbourg, dans lequel la couleur masque le tragique. Pour C’est l’amour, Vecchiali a surchargé certains plans de fleurs. C’est une des références explicites au Jean Genet de Notre Dame des Fleurs. Une autre est le costume de Daniel, directement influencé par le personnage de marin de Querelle.

Mais si les hommages ou les citations sont légion (comme ce long travelling à la Madame De… sur le visage d’Astrid Adverbe), tout le film est du pur Vecchiali, ce cinéaste qui ne craint pas les ruptures de ton, les moments légers alternant avec le drame, qui sait utiliser avec génie la musique et les chansons comme partie prenante de l’avancée du récit.

L’histoire? Odile (Astrid Adverbe) soupçonne Jean (Julien Lucq), son mari, de la tromper. Elle décide de lui rendre la pareille et accomplit sa vengeance dans les bras de Daniel (Pascal Cervo), qui, lui, partage la vie d’Albert. Un amour irrépressible, inattendu et tragique naît entre Odile et Daniel… C’est ce même Daniel qui vient de remporter un César pour son rôle dans La Coqueluche de la plage, clin d’œil à L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie. Si Vecchiali aime beaucoup le réalisateur, il n’a pas aimé son film. Et il s’en moque, mais avec tendresse. La séquence où l’on voit un extrait de La Coqueluche de la plage est un délice. La modernité de C’est l’amour, c’est son classicisme, et principalement un cadrage net, affirmé, où l’on est toujours à une certaine distance des personnages.

Cinéaste des émotions intenses, d’une certaine forme de mélodrame, Paul Vecchiali décrit aussi la solitude, celle en particulier d’Albert, interprété par Fred Karakozian, acteur non professionnel et formidable dans ce rôle. Comme tous les acteurs et les actrices de ce film magnifique sur le polyamour, le désir, la vie. Dans Paul Vecchiali, La maison cinéma, passionnant ouvrage de Matthieu Orléan, on peut lire cette phrase de Vecchiali qui pourrait résumer à merveille le propos de C’est l’amour: «Je ne cesse de poursuivre un personnage qui va à la recherche du bonheur et qui s’imagine que le bonheur passe par la lucidité. Et qui ensuite s’avère trop vulnérable pour cette démarche.»

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C’est l’amour, de Paul Vecchiali
Avec Pascal Cervo, Astrid Adverbe, Julien Lucq