Déjà en 2014, comme il le confiait au site Film de culte, le réalisateur Robin Campillo avait en tête un long-métrage sur l’association de lutte contre le sida Act Up-Paris. Le film est maintenant sur les rails. Et on connaît deux des membres de la distribution, Adèle Haenel et Nahuel Pérez Biscayart. C’est dire que ce projet a tout pour exciter notre curiosité.

Act Up-Paris, fondée en 1989 à l’image du groupe activiste créé à New York deux ans plus tôt, a été à l’origine d’un grand nombre de manifestations publiques et a fait progressé la lutte contre le sida en mettant le malade au cœur des revendications. L’action du film de Robin Campillo se situe, d’après nos informations, au début des années 90, une période particulièrement importante: le sida ne fait pas encore la une des médias, mais l’affaire du sang contaminé va bientôt éclater et montrer que des décisions politiques ont freiné la mise en place des tests de dépistage en France. Résultat: des milliers de personnes ont été infectées par le VIH en 1984-1985, aux côtés des milliers d’homosexuels et de toxicomanes qui l’ont été aussi faute d’information et d’accès aux outils de prévention. Le sida, révélateur des injustices mais aussi de l’absence de réelle volonté politique, va devenir une des principales causes de mortalité des hommes jeunes et la France est, en Europe, un des pays les plus touchés. Il faudra attendre 1996, et l’arrivée des premiers traitements puissants, pour commencer à voir un début de résolution de cette crise majeure.

UN TITRE EN HOMMAGE À LA HOUSE
Robin Campillo a confirmé à Yagg que les deux acteurs ne joueraient pas le rôle de militant.e.s d’Act Up mais sont des personnages imaginaires. Le réalisateur nous a également donné plus de précision sur le titre du film: 120 battements par minute. «Au départ, le film devait s’appeler « bpm », explique Robin Campillo, puis c’est devenu « 120 battements par minute » pour évoquer la pulsation de la house music.» Un des fondateurs d’Act Up-Paris, Didier Lestrade, était également journaliste musical et a fait beaucoup pour la notoriété de la house en France. Le tournage devrait débuter à la fin du mois d’août.

Robin Campillo, qui a été militant d’Act Up-Paris, a travaillé sur le scénario de ce nouveau long-métrage avec Philippe Mangeot, lui aussi membre de l’association, qu’il a même présidé de 1997 à 1999.

UN CASTING TRÈS ENTHOUSIASMANT
À 28 ans, Adèle Haenel, découverte dans Naissance des pieuvres de Céline Sciamma en 2007, a déjà été récompensée deux fois aux César. Adepte du franc-parler, elle a récemment fait la couverture de Télérama, avec cette accroche: «Le cinéma blanc et masculin, j’en ai marre.» En 2014, recevant le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Suzanne, elle avait lancé un «Céline, parce que je l’aime!», décrypté à l’époque comme un coming-out.

Quant à Nahuel Pérez Biscayart, il a tourné en France dans le film de Benoît Jacquot, Au fond des bois, avec Isild le Besco. Il était particulièrement touchant en gay for pay dans le deuxième long-métrage de David Lambert, Je suis à toi (Prix du Jury au festival Chéries-Chéris en 2014).

120 battements par minute est le troisième long-métrage de Robin Campillo, après Les Revenants (en, 2004) et Eastern Boys (Prix Orizzonti à la Mostra 2013, nommé aux César 2015 du meilleur film et du meilleur réalisateur). Ce dernier film avait été présenté par Yagg lors d’une séance du Jeudi c’est gay friendly (voir aussi notre interview du comédien Olivier Rabourdin).

Robin Campillo a également co-écrit avec Laurent Cantet Entre les murs, Palme d’Or à Cannes en 2008. 120 battements par minute est produit par Les Films de Pierre, tout comme avant lui Eastern Boys.