Suite des aventures du top modèle le plus crétin du monde joué par Ben Stiller. Le film Zoolander 2 sort aujourd’hui en France. L’occasion de signaler que le film a, bien avant sa sortie, provoqué un tollé. En novembre 2015, les premières bandes annonces ont en effet été très mal accueillies par une partie du public, en raison d’un extrait jugé transphobe.

 

UNE PARODIE EXAGÉRÉE NOCIVE
Une pétition qui appelle au boycott du film avait été lancée à l’époque, expliquant pourquoi un dialogue entre Derek (Ben Stiller) et Hansel (Owen Wilson), face à All, un personnage joué par Benedict Cumberbatch, est problématique. Le personnage en question «est questionné par Zoolander et Hansel pour savoir s’il est “un mannequin homme ou femme” et s’il “a un beignet ou un hotdog” (ceci est la traduction littérale, ndlr), dénonçaient les auteur.e.s de la pétition. À cela s’ajoute que le personnage est clairement dépeint comme une parodie exagérée de personnes androgynes, trans ou non-binaires. C’est un équivalent moderne de l’utilisation des “blackfaces” pour représenter une minorité. Si la production et les scénaristes de Zoolander voulaient donner un discours social sur la présence de personnes trans ou androgynes dans l’industrie de la mode, ils/elles auraient pu s’adresser à des mannequins comme Andreja Pejić pour être dans le film. En engageant un acteur cisgenre pour jouer un individu non-binaire de façon ostensiblement négative, le film valide les perceptions nocives et dangereuses de la communauté queer en général.»

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DU DÉJÀ-VU
La mannequin et actrice trans Hari Nef s’est longuement exprimée sur cette controverse dans une interview pour MTV. Légitime car connaissant le milieu de la mode, mais n’ayant pas vu le film, elle a fait part de son analyse sur les raisons d’une telle réaction: «La représentation des femmes ou des femmes trans ou des personnes qui ne se conforment pas à un genre est entre les mains d’un homme cisgenre, et malheureusement cela – historiquement parlant – n’a jamais été la bonne méthode pour une représentation positive. Voilà pourquoi les gens ont été si prompts à tirer des conclusions sur le film en général – pas parce qu’ils avaient vu le film mais parce qu’ils ont supposé, via cette bande annonce, que le film allait refléter quelque chose qu’on a déjà vu au cinéma de façon générale depuis des années: une représentation de ces personnes humiliantes, caricaturales et non réalistes.»

Hari Nef apporte une dernière précision sur son point de vue: «Est-ce que selon moi, aujourd’hui est le bon moment pour caricaturer les personnes trans ou qui ne se conforment pas à un genre? Non.»

«Est-ce que je crois que les personnes trans ou qui ne se conforment pas à un genre sont des personnes et qu’elles méritent d’être caricaturées comme n’importe qui d’autre? Oui, absolument. Est-ce que je pense qu’il y a une ligne très sensible entre être drôle et être offensant? Oui.»

FAIRE RIRE… SANS OPPRESSER
Sur le site The Daily Beast, le journaliste Kevin Fallon reconnaît d’emblée que cet aspect du film est effectivement problématique: «Il ne s’agit pas de transphobie flagrante, aoute-t-il cependant, même si on ne reprochera à personne de voir un danger à avilir et ridiculiser une population qui continue à être menacée de violence nourrie d’un manque d’acceptation et de compréhension. À nos yeux, il s’agit de bêtise excessive. Il n’y a pas de malveillance contre All, mais l’existence d’All en soi est le dindon de la farce. Une farce datée. Une blague vraiment stupide.»

La question de l’humour a aussi été soulevée par la mannequin trans Rhyan Hamilton dans une tribune pour Nylon. Elle a vu Zoolander 2… et a effectivement trouvé le film porteur de micro-agressions transphobes qui l’ont mises mal à l’aise. Au-delà de la critique de certains passages du film, elle interroge l’absence totale de prise en compte des vécus des personnes trans dans la construction du film: «La question est comment pouvons nous rendre une comédie drôle sans compromettre l’intégrité d’une communauté qui perd un de ses membres à cause d’un meurtre ou d’un suicide toutes les 29 heures. Peut-être en écrivant quelque chose avec du fond? (…). Je ne dis pas que les scénaristes de Zoolander 2 sont les seuls responsables de la discrimination que les personnes trans subissent chaque jour, mais je crois en revanche que c’est quelque chose à prendre en compte quand on écrit un rôle pour un blockbuster à plusieurs millions de dollars.»