Mercredi 24 février, Yagg annonçait en exclusivité que la direction de Sida Info Service, qui emploie 83 salarié.e.s, était dans l’incapacité de payer les salaires de février et en appelait au Tribunal de grande instance de Paris pour trouver une issue. Aujourd’hui, on en sait un peu plus sur le scénario qui se dessine et il risque d’être très douloureux pour le personnel.

La direction de Sida Info Service, peu diserte depuis mercredi dernier après nos révélations sur la cessation de paiement, est sortie de son mutisme et a publié vendredi 26 février un communiqué confirmant les informations publiées deux jours plus tôt. Lors de l’audience au Tribunal de grande instance de Paris, jeudi 25 février, les avocats de l’association ont en effet demandé que l’association soit placée en redressement judiciaire. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 10 mars.

Ce que ne dit pas le communiqué, c’est que, d’après nos informations, cette demande a été assortie d’une proposition présentée par la direction de Sida Info Service et concernant un plan de licenciements, qui toucherait 37 salarié.e.s sur les 83 que compte l’ensemble de la structure. C’est ce qui aurait été décrit au TGI. Sida Info Service proprement dit, et le dispositif historique de l’aide à distance (téléphone et aujourd’hui internet) ne représentent en effet qu’une partie des activités de SIS. Seul le 190, centre de santé sexuelle, n’est pas touché par la demande de mise en redressement judiciaire. Mais selon le cabinet de communication mandaté par la direction pour cette période de gestion de crise, aucun plan n’a pour l’instant été annoncé.

BAISSE DE SUBVENTIONS
Dans le même communiqué, la direction argue du fait que c’est la baisse de la subvention de l’Inpes, donc des pouvoirs publics, qui est à l’origine des difficultés de l’association. Une explication qui ne satisfait pas les salarié.e.s et leurs représentants. Jointe par Yagg, Soraya Djazouli, secrétaire du Comité d’entreprise, affirme que «l’État n’est pas responsable de la situation». Elle pointe d’autres explications de la dégradation de la situation à SIS: «Un manque de discernement, un manque de planification et une gestion coûteuse». Elle poursuit, expliquant n’avoir plus rien à perdre à dire ce qu’elle pense:

«La direction est en train de jouer au Monopoly avec cette association, voila le fond de ma pensée.»

Faut-il, comme le fait la direction, incriminer l’État? Il est vrai que la subvention de l’Inpes baisse d’année en année, mais elle ne représente qu’une partie du budget de SIS. Il y a aussi, dans le détail, des aides apportées par les municipalités et les Agences régionales de santé aux actions locales. Pour ses actions internationales dans dix pays africains, SIS reçoit aussi des fonds de la Mairie de Paris et d’Expertise France. En tout, le budget annuel de SIS dépasserait les huit millions d’euros.

Suite aux révélations de Yagg et à l’audience au TGI, l’Inpes, le principal bailleur de fonds de SIS a réagi par la voix de son directeur général, François Bourdillon. Ce dernier, interrogé par Le Figaro, a affirmé que l’Inpes ne laisserait pas tomber SIS. Mais l’Inpes réclame un tableau des emplois et les comptes budgétaires de l’association. «À ce jour, nous ne possédons toujours pas ces informations», indique François Bourdillon au Figaro. L’Inpes précise par ailleurs que le paiement du tiers de la subvention a été déclenché. Dans un second communiqué, daté du dimanche 28 février, la direction affirme en revanche que la somme n’était toujours pas sur son compte bancaire le 27 au soir. Les déclarations de François Bourdillon concerne aussi un audit de l’Inspection générale des affaires sociales. On comprend donc que l’État souhaite en savoir un peu plus sur le fonctionnement de l’association, sans lui faire un chèque en blanc.

GESTION COÛTEUSE
De source proche du dossier, la direction a longtemps misé sur les avances de trésorerie accordées par la banque, en attendant le versement des subventions promises. Mais ces facilités de paiement coûtent très cher à l’association et ne seraient pas le signe d’une bonne gestion.

Ce qui choque aussi beaucoup, c’est l’attitude de la direction vis-à-vis des salarié.e.s D’après Soraya Djazouli, «il existe une véritable intimidation». La responsable du Comité d’entreprise pointe aussi l’absence de réaction de la part du Conseil d’administration de l’association, pourtant alerté depuis plusieurs mois de l’état des finances. «Je ne les remercie pas, dans leur immense majorité, ils n’ont jamais parlé, affirme-t-elle.

Dernier motif de mécontentement pour le personnel, la communication. Les membres du personnel que nous avons interrogé depuis la semaine dernière affirment que la direction ne les informe de rien. Mais depuis jeudi dernier, la direction, qui refuse de parler aux journalistes, a recruté une personne extérieure, du cabinet Clai, pour s’occuper de la rédaction des communiqués de presse. «Combien coûte à l’association cette communication de crise?», s’interroge un salarié.

Si l’association est placée en redressement judiciaire, le 10 mars prochain, cela signifie que le TGI va nommer un administrateur judiciaire chargé de la gestion et de la poursuite de l’activité, ainsi que de la mise en place visant à sauvegarder l’association. Durant cette période de redressement judiciaire, dont la durée est très variable, l’État prend en charge les salaires et les fournisseurs ne sont plus payés.