C’est pour présenter Les insolences de Christine Boutin, son nouveau livre que l’ancienne ministre Christine Boutin était l’invitée mardi 23 février sur le plateau du Grand Journal, en compagnie de son éditeur, Jacques Marie Laffont. Une Christine Boutin qui semble bien décidée à casser l’image d’austérité réactionnaire qui lui colle à la peau, en jouant la carte du charme et de l’autodérision. Ce soir-là, tout en Christine Boutin semblait nous crier «J’ai changé!» (et après tout, pourquoi pas, elle est loin d’être la seule à tenir ce discours en ce moment). Mais est-ce réellement le cas?

 
Dans son livre, l’anti-mariage pour tous a choisi des caricatures dont elle a fait l’objet et les a commenté pour «remettre les pendules à l’heure». «Une façon de se remettre en question», l’interroge Augustin Trapenard. Si elle a été si caricaturée, c’est parce qu’elle n’est «pas dans la pensée unique» et parce qu’elle est «une femme passionnée», insiste Christine Boutin: «Ces caricaturistes me permettent de maintenir mes convictions mais de les dire sous un ton badin.» En somme, la forme change, le fond est le même. Apparait sur le plateau un dessin du caricaturiste Nawak (photo). Maïtena Biraben décrit l’image: «Vous tenez quelque chose qui concerne la loi du genre ou le mariage pour tous.» On appréciera les termes tout à fait nébuleux de «loi sur le genre». L’animatrice poursuit: «Vous n’avez pas évolué?». Réponse de l’intéressée: «Je n’ai pas changé là-dessus mais c’est important de pouvoir rire de soi-même.»

«VOUS N’ÊTES PAS OPPOSÉE AU MARIAGE POUR TOUS PAR HOMOPHOBIE…»
Maïtena Biraben analyse néanmoins ce livre comme un moyen de «remettre l’église au milieu du village»: «Vous n’avez rien à voir avec le Front national, vous n’avez rien contre l’amour charnel, vous n’êtes pas opposée au mariage pour tous par homophobie… On n’est pas obligé de vous croire, mais avec ce livre vous nous dites, laissez-moi une chance?» On n’appréciera à nouveau le propos de Maïtena Biraben, qui semble sincèrement croire que l’on n’est pas homophobe quand on s’oppose à l’égalité des droits. Bien entendu, Christine Boutin semble d’accord: «J’ai été mise dans des cases et ça m’est insupportable!», déplore-t-elle. Maïtena Biraben rappelle enfin la condamnation à 5000 euros d’amende pour incitation à la haine dont elle a fait l’objet le 18 décembre dernier en première instance pour avoir déclaré dans une interview «L’homosexualité est une abomination». «Je n’en dirai pas plus, lui rétorque Christine Boutin, si ce n’est qu’il s’agit ni plus ni moins de la liberté d’expression qui est en jeu, ça me dépasse totalement.»

BANALISATION DE LA PAROLE
Dans un communiqué publié ce jeudi, le mouvement des Jeunes Socialistes a dénoncé sa présence sur le plateau du Grand Journal, et la persistance de certains médias à continuer à tendre les micros à ceux et celles qui entretiennent par leur parole une homophobie latente: «Il semble légitime aux Jeunes Socialistes de demander que cette personnalité condamnée par la justice, qui incite à la haine des personnes homosexuelles, ne puisse plus bénéficier des plateaux de télévision pour y déverser en toute liberté ses délires haineux. Les Jeunes Socialistes rappellent que l’homophobie n’est pas une opinion mais un délit réprimé par la loi. Les Jeunes Socialistes invitent tous ceux qui refusent la banalisation de la parole de Christine Boutin et de ses amis intégristes à partager leur campagne et à demander la fin du laxisme audiovisuel dont peuvent bénéficier ces sinistres personnages.»