La confusion est générale. Chaque matin on a le sentiment d’avoir franchi un nouveau stade vers quelque chose d’inhumain et d’absurde. Le monde d’aujourd’hui semble ne reconnaître que l’extrémisme comme manière de dialoguer et d’évoluer. De toutes parts, on n’entend que les voix de ceux qui veulent absolument nous imposer ceci: ce sont eux qui ont raison, ce sont eux qui vont gagner et ce sont eux qui connaissent mieux que les autres le sens de la vérité, de la liberté.

En tant qu’émigré-arabe-musulman-gay vivant depuis 16 ans à Paris, je me sens étouffer. Et je ne sais plus certains jours où je suis, où aller et comment résister aux agressions identitaires quotidiennes. Cela fait maintenant des années que je ne suis plus uniquement dans l’entre-deux: le Maroc et la France, le monde arabe et le monde occidental. Comme quand j’étais un enfant homosexuel constamment agressé au Maroc, l’errance et l’incertitude sont redevenues les seules repères de ma vie. Et, j’en suis sûr, je ne dois pas être le seul à traverser en ce moment ce désert et cette guerre.

Je suis écrivain. Cela me donne quelques droits et surtout des devoirs. Ecrire c’est s’engager. Sérieusement s’engager. Je le sais depuis le départ. Ecrire avec des théories, ce n’est pas pour moi. Ecrire en partant du monde et de ses réalités bien concrètes, oui et oui. Ecrire d’une manière assumée, incarnée, autour de mon « je » arabe mais sans pour autant oublier les autres « je ». S’il y a bien une chose de fort dans l’écriture, c’est cette vérité indéniable: on ne peut pas ignorer l’autre, ni le laisser de côté, même quand on des comptes à régler avec lui.

Je suis gay. Je suis musulman. Et, pour être clair, mon combat aujourd’hui ne se résume absolument pas à seulement m’émanciper en tant qu’homosexuel (j’ai bien compris que cela ne sera peut-être jamais totalement acquis). Il y a dans le monde arabo-musulman des gens très courageux qui se battent et se sacrifient pour faire évoluer cette partie du monde, pour obtenir des droits, pour changer les mentalités et les politiques. Il est de mon devoir de toujours les soutenir d’une manière claire. Je ne dois sûrement pas les oublier ni, comme certains le font en ce moment en France, minimiser l’importance de leurs actions et de leur courage. Au lieu d’aller dans le sens imposé par l’Occident (qui donne l’impression de perdre la tête) et de tout ramener au terrorisme islamiste, il faut au contraire faire la part des choses, sortir de toutes formes de colonialisme, soutenir et encourager ceux/celles qui, malgré des dirigeants politiques arabes jamais à la hauteur, continuent de croire que le Printemps Arabe n’est pas mort.