En 2013, François Bès, coordinateur Ile-de-France pour l’Observatoire international des prisons (OIP) déclarait que les couples homosexuels bénéficiaient d’une meilleure reconnaissance en prison. Trois ans plus tard, après l’adoption en France de la loi dite du mariage pour tous, les difficultés des couples en détention restent présentes. L’écart entre le nombre de places disponibles (58.561) et le nombre de détenu.e.s (66.678) atteint ainsi 8117. Mille deux cent matelas au sol ont été comptabilisés (+19,3% en un an), rapporte les Echos. Le taux de surpopulation sur les 188 prisons françaises engendre de la promiscuité entre les détenu.e.s. Quelles sont les conditions de vie des personnes LGBT en prison, comment les associations leur viennent en aide? Notre enquête.

L’OIP, en charge de la réalisation de la revue trimestrielle Dedans Dehors, destinée à tous ceux qui souhaitent être informés sur le monde carcéral, a envoyé des questionnaires aux détenus, à leurs proches et elle a effectué des entretiens par contact direct en prisons. «On pensait que ça serait difficile. En fait on a eu beaucoup de témoignages, des personnes qui nous disaient: « Je veux en parler »», explique à Yagg François Bès.

Les motifs de condamnations des détenu.e.s LGBT sont divers : faits de délinquance, escroqueries ou encore crimes « passionnels » ou des rares cas qui touchent à la pédophilie. Pour les femmes trans ça peut être souvent lié à la prostitution, au proxénétisme. Dans certains cas elles n’ont pas leurs papiers en règle, et elles sous louent le logement à d’autres prostitué.e.s. Condamnation pour proxénétisme et aussi usage de drogues stupéfiants ou pour une situation irrégulière au regard du séjour en France. Ces femmes trans sont placées en détention à Fleury-Mérogis soit en attente de jugement soit pour des peines courtes (inférieures à 3 ans), souvent lié à du vol, ou bien elles ont été agressées et se sont défendues. «Mais c’est toujours lié à la précarité et au monde du  travail du sexe», déclare à Yagg Giovanna Rincon, directrice de l’association Acceptess-T.

LA PRISON : UN QUOTIDIEN PAS ROSE
Les détenu.es peuvent travailler, sur la base du volontariat, dans des ateliers, souvent des travaux manuels. A la maison d’arrêt de Versailles (Yvelines) les détenues ont eu droit à une formation et fabriquent des jouets en 3D destinés aux enfants. Pour ces femmes, parfois mère de familles, c’est un moyen de garder un lien avec les enfants avant de sortir de prison.

«Par sécurité et pour éviter la violence, certains détenus LGBT peuvent se voir refuser un atelier ou un emploi en prison. Ce constat est encore plus frappant quand il s’agit des trans car ils brisent tant de schémas sociaux que leur danger est accru», ajoute Giovanna Rincon.

Loin des yeux, loin du cœur, les visites sont les seuls liens avec l’extérieur. Quelques choix possibles pour accueillir les invités. Le parloir ordinaire: un rendez-vous en temps limité (entre une demie-heure et une heure en moyenne) durant lequel il faut accepter d’être placé sous la surveillance directe du personnel pénitentiaire. En 2009,
 la loi pénitentiaire reconnaît finalement à tout détenu le droit de bénéficier, à sa demande, d’au moins une visite trimestrielle dans une unité de vie familiale ou un parloir familial. Cette solution reste la plus pratique pour les détenus. Les UVF sont petits appartements dans l’enceinte de la prison où des détenus peuvent recevoir la visite de leurs proches dans des conditions d’intimité.

Les 36 UVF en France

En 2015, seules 36 prisons sur 188 disposaient de ces aménagements. L’avantage des UVF est que la présence du personnel de la prison n’est pas requise. Rien ne peut être donc vu ou entendu. «Les UVF sont gratuites, mais il faut pouvoir « cantiner », explique François Bès. En clair, les détenus doivent acheter des produits alimentaires et divers à l’épicerie interne de la prison pour accueillir leurs proches ou leur famille si l’UVF lui est validé, pour une durée de 6 heures à 72 heures».

Les personnes extérieures ne peuvent rien apporter. Aucune discrimination sur le droit de visite n’a été relevée par l’OIP. «Le droit s’applique. Si vous êtes pacsés, mariés, concubins il n’y a pas de difficulté. Si deux détenus homosexuels se retrouvent dans la même prison, l’administration peut,par commodité, faire en sorte de les mettre ensemble, malgré le risque de sentiment de frustration des autres détenus», ajoute l’OIP. Deux hommes vont se pacser prochainement pour obtenir une cellule ensemble. «Administrativement, il y a des facilités quand tu es pacsé et tu peux prétendre à certaines choses, comme le rapprochement de cellule», témoigne à Yagg un surveillant de la prison de Fresnes (94).

Pour veiller à la sécurité des détenus et à leur protection, les établissements comptent sur les surveillants de prison. Ces derniers doivent veiller à ce qu’il n’y ait pas de trouble à l’ordre public. Le favoritisme entre un hétéro et un homo n’existe pas bien que certains surveillants soient homosexuels. «Il y a bien sûr des surveillants homophobes mais on ne peut pas les stigmatiser en disant qu’ils seraient dangereux pour les populations homosexuelles incarcérées en France. Ils prennent en compte l’identité de genre, même si les associations dénonceront des agissements et autres insultes du personnel», explique François Bès. Il y a beaucoup d’homophobie, de lesbophobie un peu moins. La formation des surveillant.e.s dure environ huit mois, mais n’intègre pas assez le suivi des détenu.e.s LGBT », regrette le coordinateur de l’OIP.

QUELLES CONDITIONS DE VIE POUR LES TRANS’ ?
Selon Giovanna Rincon, les femmes trans incarcérées seraient à 90 % des immigrées et n’ont aucun lien avec la France. En conséquence, elles reçoivent très peu de visites. «Elles sont considérées comme des étrangères, ce qui aggrave la discrimination en prison. Au-delà de la transphobie il y a du racisme et de la xénophobie, elles sont jugées sur leur couleur de peau, leur pays d’origine (Amérique latine ou Afrique principalement)», regrette Giovanna Rincon. «Mettre les homos ou les trans entre eux ne favorise pas le vivre ensemble, renchérit François Bès. A Fleury Mérogis, c’est toute une bataille pour faire reconnaître l’usage du prénom féminin, une guerre de courriers qui se termine par de nombreux refus. L’administration pénitentiaire prend en compte l’identité de genre, mais par obligation, en respectant la loi, dans la théorie mais pas toujours dans la pratique».

En septembre 2015, le journaliste Florian Bardou racontait sur Streetpress le quotidien de trois femmes trans’ ayant été détenues à Fleury-Mérogis. C’est dans cet établissement que Giovanna Rincon d’Acceptess-T rend visite aux détenues et leur apporte un soutien social et psychologique. Il s’agit de l’unique lieu carcéral où intervient l’association. Quinze personnes trans étaient incarcérées en 2013 contre cinq en 2016. «Même si le chiffre est en diminution, les témoignages sont en augmentation. Nous sommes contactés par d’anciennes détenues qui veulent témoigner après avoir lu des articles, vu nos actions. Elles se sentent concernées». Aujourd’hui ces femmes trans vivent dans un quartier d’isolement au 4ème étage de la prison. «Le même que les criminels sexuels. Dans cette partie de la prison, les filles sont doublement isolées pour éviter le contact avec toute autre personne», assure la militante. Elles ont droit à une heure libre le matin, une heure l’après midi où «elles se retrouvent dans une pièce d’à peine quatre mètres carré où juste le plafond est à ciel ouvert», s’indigne Giovanna Rincon. Le reste du temps la vie se passe en cellule ou bien dans des ateliers pour quelques unes qui ont un emploi. «Elles doivent faire du pliage de carton pour des boîtes d’échantillons de parfum, ce sont toujours des travaux manuels». Un travail qui donne droit à un salaire. Mais à quel tarif sont-elles rémunérées? «Elles sont payées à la pièce, certaines font entre 1000 ou 2000 pièces pour avoir 30 euros par mois mais je ne peux pas être précise, ajoute-t-elle.  D’autres activités sont proposées par des associations comme des cours de langue française, d’arts plastiques, ou de peinture «mais ça reste ponctuel, des petits modules deux fois par an environ». A Los Angeles (Etats-Unis), les gays et les trans bénéficient aussi d’une aile qui leur est réservée dans une partie de la prison appelée K6G.

Il est impossible de chiffrer le nombre de gays, de lesbiennes ou de personnes trans en détention, car c’est l’état civil qui prime en prison. Le personnel ne se préoccupe pas de connaître l’orientation sexuelle ou le genre de l’individu qui lui est présenté. «Cependant à la maison d’arrêt de Fresnes (94), une femme trans originaire d’Argentine est incarcérée. Dans son pays, on peut changer d’état civil sans aller jusqu’à l’opération chirurgicale. Le personnel s’est retrouvé en panique, cela a été très dure pour elle. Elle a été isolée totalement. Même quand elle devait aller à la bibliothèque, ils faisaient sortir tout le monde», ajoute François Bès.

AMOUR, SEXE ET SANTÉ
L’OIP s’est également penché sur la question de la sexualité en prison, via sa revue Dedans Dehors et a posté des extraits des témoignages sur le site de Mediapart. Sachant que la cellule n’est pas reconnue comme espace intime ou privé, comment et où pratiquer le sexe avec intimité ? Durant leurs rondes, les surveillants ont l’autorisation de regarder par l’œilleton de la porte d’une cellule. Libres à eux de sanctionner ou non. La circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures du Ministère de la Justice et des libertés rappelle que le fait d’imposer à la vue d’autrui des actes obscènes ou susceptibles d’offenser la pudeur est interdit. La chercheuse Nina Califano évoque à son tour sa vision des pratiques sexuelles en prison dans son étude Sexualité incarcérée. Elle souligne le paradoxe suivant:  l’acte sexuel n’est pas clairement interdit, mais les « actes obscènes » sont condamnables.

Un sujet qui a passionné d’autres auteurs. Arnaud Gaillard est sociologue et auteur du livre Sexualité et prison, Désert affectif et désirs sous contrainte. Son étude porte sur les détenus qui souffrent de ce manque de sexualité en prison, et elle a été menée auprès de plusieurs dizaines de détenus et de leurs familles dans cinq établissements pénitentiaires. Il explique à Yagg qu’il distingue deux homosexualités en milieu carcéral : «L’une dite de substitution dans laquelle l’homme va instrumentaliser le corps de l’autre pour en faire un substitut du corps de la femme, par exemple en maintenant le partenaire de dos. L’homme part du désir de pénétrer et d’avoir une relation charnelle. Il va prendre le corps de l’homme en s’imaginant que c’est une femme, un trou étant un trou. C’est une pratique non assumée par les hommes hétérosexuels.»

L’autre homosexualité est dite de circonstance : «Elle est aussi pratiquée par des hommes en dehors de la prison. La personne préfère en temps normal les pratiques hétérosexuelles, mais, au gré des circonstances, se tourne vers des pratiques homosexuelles et y trouve du plaisir. Un plaisir secondaire, peut-être, mais un plaisir différent: homosexuel. Ce n’est pas leur préférence première mais ils s’en satisfont». Enfin, la sexualité en prison passe par la masturbation en solo devenue quasiment un acte automatique et quotidien. Mais cet acte n’est pas toujours pratiqué de manière intime. «Dans les maisons d’arrêt, les cellules sont collectives, il est impossible de s’isoler, même aux toilettes. Cinq à six codétenus se retrouvent à se masturber, isolés sous leurs couvertures respectives, comme des adolescents à l’internat», témoigne un ancien détenu dans la revue Dedans Dehors.

«Lors du régime diurne, pendant quelques heures matin et après-midi, entre les appels du personnel, il y a des moments où dans une même unité il est possible de voir marcher des détenus. Certains peuvent aller aux WC et se rencontrent. Certains prennent le risque de se recevoir dans leurs cellules et d’être surpris puis humilié par le service pénitentiaire. Par moment, le surveillant frappe à la porte, ne regarde pas par l’œilleton. Ainsi, les deux hommes ont le temps de se rhabiller», raconte le sociologue Arnaud Gaillard.

Le sociologue s’est focalisé sur les longues peines et son travail s’appuie généralement sur les hommes car il y a moins de femmes en prison. «La classification homo-hétéro ne marche pas en prison, analyse-t-il.

Les hommes comme les femmes en prison disent au revoir à leurs préférences sexuelles. «Beaucoup d’hétérosexuels, après quelques mois en prison reconnaissent avoir des pratiques entre hommes qui chez certains font ressurgir des souvenirs d’expériences de leur adolescence. Il y a une remise en question de la préférence sexuelle chez les hommes, pas chez les femmes, mais avec une homophobie ravageuse. En détention l’homme hétérosexuel fonctionne dans un univers sexué, comme à l’armée. Il doit être viril encore plus qu’à l’extérieur du fait de se retrouver uniquement entre hommes. Emprisonnés, ils se sentent dévalorisés et cherchent à conserver leur masculinité. C’est dangereux d’être homo en prison », conclut Arnaud Gaillard.

«En détention, beaucoup d’hommes ayant des relations homosexuelles refusent d’être sodomisés. Ils veulent être sucés ou sodomiser eux-mêmes. Ils culpabilisent moins comme cela.

Certains m’ont dit : «Tu sais, je ne suis pas homosexuel car je ne me fais pas enculer.» Ce sont de véritables symboles du machisme, très dominateurs. L’idée de se faire pénétrer «comme une femme» serait insoutenable pour eux, ils s’écrouleraient», témoigne Jean-Christophe, dans l’article Etre homo en prison publié dans le n° 90 de Dedans-Dehors (décembre 2015).

Au delà du sexe c’est bien sûr la question de la prévention qui revient souvent sur le tapis. Le règlement des prisons demande de mettre à disposition gratuitement des préservatifs. Mais comment les proposer aux détenus? «Si certaines prisons les mettent dans un coin de la bibliothèque, ils sont généralement dans une corbeille à l’infirmerie, cela implique de se servir devant tout le monde, explique Arnaud Gaillard.

«Récupérer des capotes c’est rendre public le fait de vouloir avoir une pratique sexuelle interdite et homosexuelle. Il y a un réel problème de santé, car qu’il s’agit d’hommes aimant les hommes ou bien les femmes, peu importe. Mais ils préfèrent ne pas utiliser de capotes plutôt que de révéler qu’ils ont une pratique sexuelle.»

Peu d’histoires d’amour naissent en prison mais cela existe. Le sociologue se rappelle de deux femmes détenues ensemble en prison. Mais une fois la liberté retrouvée, elles ont repris leur vie avec leurs compagnons et se sont quittées. La violence existe aussi chez les femmes détenues. Des agressions sont souvent liées à des jalousies, la notion de possession de la partenaire étant beaucoup plus présente que chez les hommes. Il y a beaucoup de violence verbale et d’insultes, reconnaît l’OIP. « Les pratiques homosexuelles entre femmes ne remettent pas en question l’identité de genre féminin. Un couple lesbien a pu obtenir une cellule pour deux à condition de ne pas être trop démonstratives. Officiellement c’est pour une bonne entente entre détenues, mais il faudrait être dupe pour ne pas voir qu’elles sont ensemble. Comme ça n’implique pas d’agression homophobe le personnel laisse faire. Alors qu’il y a un stigmate chez les hommes détenus, comme si avoir goûté à l’homosexualité c’est devenir homosexuel. C’est une bêtise», déplore Arnaud Gaillard.

«Dans une capitale européenne comme Paris, les personnes séropositives effectuent en moyenne un bilan de santé chaque trois mois. Or dans les prisons, il n’y a qu’un simple contrôle par an», déplore la directrice d’Acceptess-T. Pour les transgenres en réassignation sexuelle, le suivi médical est primordial. En prison, on peut retrouver des personnes trans associant la prise de médicaments psychotropes avec un traitement hormonal ou antirétroviral. «Les conséquences peuvent être terribles: crises d’angoisse, système psychique déboussolé, hypertension…», énumère Giovanna Rincon. Mais les prisons sont en pénurie de soins médicaux spécialisées et médecins. «Cela concerne tous types de détenus, sans catégorisation. Quand il s’agit de l’accès ou de la poursuite du traitement hormonal d’un.e trans, c’est d’autant plus compliqué qu’il est souvent interrompu. Les médecins traitants sont commis d’office et donc parfois réfractaire ou pas assez formés pour un suivi de réassignation sexuelle», analyse François Bès.

«UN AVENIR BIEN SOMBRE»
Quand Giovanna Rincon se rend à la prison de Fleury-Mérogis pour rencontrer les détenu.es, elle regrette ce manque de formation du personnel pénitentiaire. Acceptess-T veille à la sécurité des trans en prison et notamment les actes physiques liés à la transphobie. Giovanna Rincon a elle-même été victime en novembre 2015, comme elle en a témoigné sur Facebook.

« Pourtant en tant que trans’, quand j’arrive à la prison, les agents me disent bonjour Madame, montrant mon passeport indiquant le sexe masculin. Tout le monde sait que je représente une association trans, je suis Madame pour tout le monde. Je traverse les différentes portes, sans problème. Quand je retrouve les détenues, le personnel de la prison les appellent, devant moi, Monsieur. C’est contradictoire et c’est tout simplement de la transphobie institutionnelle. Ces agissements entrainent des conflits entre les trans et le personnel de prison». Hors cellule, les trans doivent se séparer de tout élément féminin si elles partent en activités ou en soins. «Elles sont dans l’obligation de ne pas porter de maquillage ou de vêtements féminins, il faut se masculiniser. La détenue trans est confrontée à un passage avec un homme puis une femme, c’est une double violence psychique», se désole Giovanna.

«Elles voient leur avenir en noir. Certaines préfèrent rester en prison quitte à subir la transphobie. Elle se sentent protégées. Il n’y a pas besoin de penser à manger ou comment se loger, etc. Une détenue a 58 ans. En sortant de prison, elle ne trouvera pas de travail, peu de solution pour elle. Les plus jeunes sortent blessées par la prison, se posent beaucoup de questions. La préparation de la sortie est compliquée car les associations n’ont pas les moyens pour les aider à retrouver du travail ou un logement. Puis vient la prostitution, je vous laisse imaginer la suite, maltraitances, maladies… Un avenir bien sombre», conclut Giovanna Rincon.

La réinsertion reste difficile, même pour ceux et celles qui ont cherché à apprendre un métier en prison. «La prison rompt les liens sociaux, constate François Bès. S’ils sont mis sur les rails d’une formation ou  entourés par leurs proches ils peuvent s’en sortir».

En France, on est bien loin de l’image des prisonnières de la série Orange is The New Black.  Mais tout n’est pas gris heureusement. A 16 ans, Audrey Chenu commence à vendre de la drogue. Deux ans plus tard, tout juste majeure, elle est condamnée à 24 mois de prison pour détention et trafic de stupéfiants. Dans la vidéo ci-dessous elle revient sur son histoire en slamant.

Après avoir purgé sa peine la prison de Fresnes, elle se met à écrire, puis passe une licence de sociologie. A sa demande, son casier judiciaire est effacé pour qu’elle puisse présenter le concours de professeur.e des écoles. Audrey Chenu en a fait un livre, Girlfight, en collaboration avec Catherine Monroy. Aujourd’hui elle est devenue institutrice. On appelle ça une renaissance.

 

L’AVIS D’ABDELLAH TAÏA


abdellah-taia-commentaire dans articleA Salé, j’ai grandi à côté de la prison Zaki: elle est aujourd’hui la plus célèbre au Maroc. Je me suis posé des milliers de questions sur ce qui se passait derrière ses très hauts murs. Et plus d’une fois, en tant qu’homosexuel, je me suis senti moi aussi prisonnier, de toute une société, de tout un pays. J’ai une réelle tendresse pour les prisonniers. Je voudrais écrire sur eux. Peut-être même faire un film sur eux. « Le condamné à mort s’est échappé, de Robert Bresson, est l’un des films que je ne cesse de voir et revoir. Et l’un de mes rêves les plus chers est d’animer un jour un atelier d’écriture en prison.