L’affaire fait la une aux États-Unis: alors qu’elle demandait devant la Cour suprême de l’État de New York l’annulation du contrat qui la lie à Sony, la chanteuse ouvertement bisexuelle Ke$ha a vu sa requête rejetée vendredi 19 février. En 2014, Ke$ha a porté plainte contre le producteur Dr. Luke, qu’elle accuse de l’avoir agressée physiquement et verbalement mais aussi de l’avoir droguée et violée, à plusieurs reprises et durant plusieurs années. Ke$ha tente aujourd’hui de mettre un terme au contrat qu’elle a signé avec le producteur dont le label appartient justement à Sony. Car à moins de se défaire de cet accord qui la lie pour six albums, impossible de travailler avec un autre label, de préparer un album, de donner des concerts, bref, de continuer à exercer son métier. Sa carrière est non seulement au point mort, mais son statut de victime d’agression sexuelle et de harcèlement n’a pas été reconnu par la justice américaine.

S’en est suivi un élan de solidarité envers la chanteuse de la part de plusieurs stars de la pop: Taylor Swift, mais aussi, Lady Gaga, Miley Cyrus, Lorde ou encore Ariana Grande ont fait part de leur soutien à la chanteuse. Dans un tribune publiée sur le Huffington Post, la journaliste Emma Gray affirme que l’affaire Ke$ha révèle l’ampleur et les dégâts de la culture du viol dans la société américaine: «Ke$ha est une célébrité prospère, belle, blanche, qui travaille aux plus hauts échelons d’une industrie d’élite. Pourtant, même ces privilèges ne l’éloignent pas des autres victimes d’abus sexuels qui font face à une justice qui souvent ne les protègent pas. Son histoire met en lumière pourquoi le viol reste de façon choquante, un des crimes les plus sous-déclarés. Les femmes (et les hommes) attendent souvent des années avant de parler de leurs abus sexuels. Voyons les victimes de Bill Cosby, certaines d’entre elles ne se sont pas senties suffisamment en sécurité pour venir en parler avant plusieurs décennies. Et pourtant, ce fait n’empêche pas les gens de questionner pourquoi les victimes ne se présentent pas plus tôt et de suggérer que leur hésitation fait d’elles des menteuses.»

Le 19 février, le but de la chanteuse n’était d’ailleurs pas de faire condamner Dr. Luke pour ses agissements, mais simplement d’obtenir le droit de ne plus avoir de contacts professionnels avec lui. Ce droit lui a été refusé: «Ke$ha est venue avec ses allégations conclut Emma Gray. Elle les a rendues publiques. Elle a été soumise à un interrogatoire – émotionnellement, physiquement, professionnellement. Mais la distance qu’elle veut imposer avec son agresseur présumé est encore hors de portée. Cela envoie un message aux victimes qui se manifestent, et qui prennent le risque de tout perdre et de gagner bien peu. Quelle genre de “justice” est-ce là?»

À lire sur le Huffington Post