Le journaliste syrien Mahmoud Hassino en avait assez que les personnes LGBT syriennes soient présentées comme de simples cadavres dans les vidéos de Daesh ou victimes des crimes commis par le régime de Bachar el-Assad. Le 14 février, il a donc organisé le concours Mr. Gay Syria qui s’est déroulé à Istanbul. Son but: envoyer un candidat à Mr Gay World, qui se déroulera du 19 au 23 avril à Malte. Le candidat en question, c’est Hussein. Mahmoud Hassino nous explique comment il s’est battu pour faire exister cette aventure.

Comment l’idée d’organiser Mr. Gay Syria est-elle née ? En 2012, j’avais pensé à participer moi-même à Mr. Gay World en Afrique du Sud. Je pense que de tels événements peuvent être une bonne plate-forme internationale pour gagner en visibilité. Finalement, j’ai changé d’avis et décidé de mettre davantage l’accent sur le journalisme – à l’époque j’ai fondé le premier magazine LGBT syrien (Mawaleh, ndlr). En 2014, j’ai fait une nouvelle tentative d’envoyer un candidat syrien à la compétition. Les crimes commis par Daesh visant les gays en Syrie commençaient à être documentés. Pour moi, une raison supplémentaire de faire acte de présence.

Et qu’est-ce qui s’est passé ? Pour participer à Mr. Gay World, il faut d’abord gagner un concours national. J’ai contacté le comité d’organisation en expliquant que malheureusement on ne pouvait pas organiser ça en Syrie et ils ont accepté que le candidat syrien participe «comme ça», c’est-à-dire sans avoir remporté de titre local. Malheureusement, il n’a pas obtenu le visa nécessaire.

2016 est donc la troisième tentative. Tout à fait. Ce qui comptait et compte toujours pour moi, c’est la visibilité. Il est important de présenter les personnes LGBT syriennes loin des stéréotypes du pauvre réfugié ou comme de simples cadavres dans les vidéos de Daesh. On ne peut pas présenter les gens uniquement comme des «survivants». Je voulais mettre le positif en avant, présenter des gens forts qui ont du talent, des gens forts qui se battent pour quelque chose, qui peuvent et veulent.

Pourquoi le concours a-t-il été organisé en Turquie ? Pour trois raisons: d’abord, je voulais envoyer un message d’encouragement à toutes les personnes LGBT qui ont dû quitter la Syrie et sont maintenant dans les pays voisins – Liban, Turquie, Irak, Jordanie – des pays dans lesquels ils n’ont aucun droit. Deuxièmement, de 2011 à mi-2014 j’ai vécu en Turquie et je me sens encore proche de la communauté LGBT locale. Troisièmement, la communauté LGBT turque souffre également, et je voulais aussi aborder le sujet.

Tu vis aujourd’hui à Berlin. Est-ce que ça a joué un rôle dans l’organisation de la compétition? Oui, le concours fait partie d’un documentaire sur des gays Syriens en exil et le film est co-produit par la Turquie, la France et l’Allemagne.

Comment s’est déroulé concrètement l’organisation de Mr. Gay Syria ? D’abord, j’ai lancé un appel avec formulaire en ligne sur Mawaleh. 29 personnes nous ont écrit. Sept se sont révélés être de faux profils, le reste a diminué peu à peu : certains avaient déjà quitté la Turquie, d’autres sont tombés malades, etc. En fin de compte, on a eu cinq candidats. A Istanbul, il y a maintenant une importante communauté queer arabe qui a fait un travail d’organisation incroyable. Sans elle, mon idée serait peut-être restée à l’état de projet.

Avez-vous reçu des menaces avant ou pendant le concours ? Non. On a fait de notre mieux pour assurer la sécurité de toutes les personnes concernées. Aucune information n’a filtré, seules quelques rares initiés connaissaient le jour et le lieu de la compétition par exemple.

Un équilibre savant entre secret et visibilité. Exactement.

La compétition a eu lieu le 14 février. Choisir la Saint-Valentin était-il un geste symbolique? Oui. Love wins, il paraît.

Et comment s’est déroulé le concours ? Fantastique. On pouvait ressentir tant d’amour. D’un point de politique, des droits humains et des droits LGBT, ce fut un succès. Et c’est l’événement le plus démocratique en lien avec une affaire syrienne que j’ai jamais vu. A commencer par le jury, qui était vraiment LGBT, il n’y avait pas que des gays parmi les juges, il y avait aussi une femme transgenre égyptienne, à l’origine une lesbienne devait également nous rejoindre mais avant le concours elle a quitté la Turquie… Pour le reste, on a organisé les mêmes épreuves que pour Mr. Gay World – enfin, à nos justes moyens (rires). Les candidats devaient répondre à un test sur des questions de politiques LGBT, puis il y avait une épreuve dans laquelle chacun devait présenter sa propre campagne pour la communauté syrienne, puis une épreuve de talent : un candidat a fait un numéro de drag, un autre un sketch de stand-up comedy, etc. C’était vraiment drôle. Et puis le compétition s’est achevée par la question finale.

Qui était ? «Imaginez que vous êtes couronné Mr. Gay Syria mais que vous n’obtenez pas le visa pour Malte, que faites-vous?»

Et que furent les réponses ? Pour le savoir, il faudra regarder le documentaire [rires].

A présent, quelle est la prochaine étape pour le vainqueur ? On espère qu’il va pouvoir se rendre à Malte en avril. Pour ça, il doit d’abord obtenir un visa. Et puis on va bientôt lancer une campagne de crowdfunding pour payer les frais d’inscription à Mr. Gay World. On espère vraiment que tout va marcher comme prévu.

Co-dessous, la vidéo du crowdfunding

https://www.generosity.com/fundraising/mr-gay-syria-2016/

Interview publiée originalement sur queer.de

http://www.queer.de/detail.php?article_id=25628