Thérèse Clerc s’est éteinte aujourd’hui mardi 16 février à l’âge de 88 ans. Beaucoup avaient été ému.e.s de la voir (ou de la découvrir) dans Les Invisibles, splendide documentaire de Sébastien Lifshitz sorti en 2012, récompensé aux César. Filmée avec une infinie tendresse, Thérèse Clerc s’était confiée sur sa vie, et surtout sur la façon dont celle-ci avait été radicalement bouleversée: mariée à vingt ans avec un homme, mère au foyer élevant quatre enfants, rien ne la prédestinait à s’engager dans le mouvement féministe, à s’affirmer ouvertement comme lesbienne et pourtant… À l’aube des années 70, Thérèse Clerc a «osé» divorcer, et a alors commencé à militer. Elle ne s’arrêtera pour ainsi dire jamais. Militante au Mouvement de Libération des Femmes (MLF), au Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), elle a, bien des années plus tard, fondé la Maison des Femmes de Montreuil (rebaptisé Maison des Femmes Thérèse Clerc il y a tout juste un mois), et a œuvré à la création de la Maison des Babayagas, un lieu autogéré et solidaire pour les femmes seniors leur permettant d’être autonomes et indépendantes, inauguré en 2013. Yagg a contacté le réalisateur Sébastien Lifshitz, pour évoquer cette militante d’exception. Il raconte avoir été à ses côtés pendant les dernières semaines avant son décès.

QUELQU’UN QUI A SU SE RÉINVENTER
C’est par une association que Sébastien Lifshitz a rencontré Thérèse Clerc au moment de la préparation du documentaire. La charismatique militante a rapidement retenu son attention: «La première chose qui m’a marqué chez Thérèse, c’est son franc-parler», se souvient-il.

«Elle n’hésitait pas à nommer les choses, à parler de la sexualité, de la vieillesse.»

«Elle ne cherchait pas à contourner les choses, elle en parlait concrètement, il n’y avait pas de gêne. Elle ne se souciait pas des convenances, ce qui signifie quelque chose quand on sait qu’elle était issue d’un milieu social bourgeois. Thérèse est quelqu’un qui a su se réinventer.»

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Parmi les différents témoins du film de Sébastien Lifshitz, c’est à travers la voix de Thérèse, mais aussi avec celle de Monique que le film atteint une dimension politique: «Je l’ai vu au moment du montage, confirme Sébastien Lifshitz, le statut de la parole des femmes était plus fort que le statut de la parole des hommes. Monique et Thérèse ont dû doublement se battre, d’abord comme femmes, et ensuite comme homosexuelles. Ça a forgé leur parole, leur énergie combattive.»

LE DERNIER GESTE DE THÉRÈSE CLERC
Sébastien Lifshitz a été non seulement aux côtés de Thérèse Clerc dans les derniers jours de sa vie, mais c’est à lui que la militante a confié une sorte de testament: «Il y a quelques semaines, Thérèse m’a appelé, raconte le réalisateur. Elle m’a dit qu’elle était gravement malade, qu’elle n’avait plus que quelques semaines à vivre.»

«Elle voulait que je vienne chez elle pour la filmer, pour filmer la fin de sa vie, et montrer qu’elle allait mourir debout, se battre jusqu’au bout. J’ai donc été avec elle dans les derniers jours.»

Une dernière demande qui n’a pas surpris le réalisateur: «C’est complètement Thérèse. Et c’est quelqu’un à qui on ne peut pas dire non». À partir des dernières images de Thérèse Clerc, Sébastien Lifshitz va débuter la préparation d’un documentaire pour Canal+. Le dernier geste d’une femme hors du commun, qui voulait donner un autre sens au mot «vieillir».