Début des années 2000, dans le New Jersey. Laurel Hester (Julianne Moore), flic intègre et consciencieuse qui a gravi les échelons malgré la misogynie de son milieu professionnel, coule des jours heureux avec sa compagne, Stacie Andree (Ellen Page). On lui diagnostique un cancer du poumon à un stade avancé. Alors qu’elle souhaite que Stacie puisse avoir droit à sa pension, elle se heurte à un obstacle: N’étant pas mariée à un homme et bien qu’elle ait contracté un partenariat civil avec Stacie, elle ne peut bénéficier des mêmes avantages qu’un couple hétérosexuel. Va alors débuter une bataille pour la reconnaissance de leur couple, dans laquelle vont s’engager les organisations LGBT, tandis que Laurel voit ses forces décliner sous les yeux de Stacie.

ELLEN PAGE EN ADORABLE BUTCH
Le casting est évidemment le point fort de Free Love: les actrices principales portent le film et livrent une performance admirable. Attendrissantes lors de la première rencontre à un match de volley, avec une Julianne Moore timide et un peu gauche, tandis qu’Ellen Page donne à voir une adorable butch déjà tombée sous le charme de cette policière pas franchement adroite avec un ballon. On croit à leur couple aussi lorsque la maladie frappe Laurel et les deux comédiennes font parfaitement fonctionner cette alchimie pour amener le public à s’identifier. La perte de l’être cher, la mort qui se rapproche inéluctablement, l’urgence à combattre l’injustice dans cette course contre la montre, ces thèmes-là sont universels et touchent bien au-delà de l’orientation sexuelle de chacun.e.

Le film bénéficie aussi d’une flopée de très beaux seconds rôles, celui de Steve Carell bien sûr, en militant LGBT survitaminé et camp à souhait, qui redonne un peu de chaleur et d’humour dans cette situation dramatique. On aurait tort d’oublier l’acteur Michael Shannon, collègue de Laurel, qui campe avec subtilité son rôle de macho un peu conservateur qui va pourtant défendre Laurel et Stacie, rôle qui aurait pu justement tomber dans le cliché. Mais en mettant de côté l’excellente distribution, Free Love ne fera pas date dans l’histoire du cinéma, desservi par un classicisme bien trop académique. Dans sa quête d’authenticité et de réalisme, sa volonté assumée de coller au plus près à ce qu’ont vécu Laurel et Stacie, le réalisateur Peter Sollett ne propose finalement pas autre chose qu’un mélodrame assez convenu, sans grande originalité.

PAS DE GÉANT
On flaire de toute façon que ce n’est pas là le but du film: Free Love cherche surtout à mettre en lumière le pas de géant accompli en dix ans par les organisations LGBT aux États-Unis. À mettre aussi en lumière que sans ces organisations pour utiliser des cas comme celui de Laurel Hester et Stacie Andree pour médiatiser la question de l’égalité, le combat pour le mariage pour tous n’aurait pas abouti si vite. Les militant.e.s LGBT, mais aussi les Freeholders, ces élus qui font obstruction à ce que Stacie puisse avoir la pension de sa compagne après sa mort ne s’y trompent pas: les un.e.s et les autres savent qu’en permettant aux deux femmes de bénéficier des mêmes avantages que les couples hétérosexuels, ils et elles ouvrent une brèche pour l’égalité des couples d’hommes et de femmes. L’égalité obtenue dix ans après la mort de Laurel Hester, le 26 juin 2015 avec la décision de la Cour suprême américaine en est la preuve.

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Free Love, de Peter Sollett
Avec Ellen Page, Julianne Moore, Michael Shannon, Steve Carrell