Après la sortie de son livre, Nicolas Sarkozy poursuit sa stratégie du mea culpa, en étant l’invité de l’émission Des Paroles et des Actes, ce jeudi 4 février. Face à Nathalie Saint-Cricq et David Pujadas, le président du parti Les Républicains a dû revenir sur un épisode particulièrement symptomatique de sa manœuvre de séduction en direction d’un électorat conservateur, le meeting des militant.e.s de Sens Commun en novembre 2014, devant lesquel.le.s il n’a pas hésité à dire qu’il abrogerait la loi sur le mariage pour tous. «Peut-on changer d’avis à ce point-là, en si peu de temps et être crédible?» l’interroge Nathalie Saint-Cricq (à partir de 34’00 dans la vidéo de l’émission), puisque désormais, il ne souhaite plus revenir sur cette avancée. L’ancien président lui répond d’abord par une pirouette: «Il faut donner l’explication jusqu’au bout, tout ne peut pas être dans la caricature», insiste-t-il. Ensuite, on ne sait plus vraiment de quoi Nicolas Sarkozy parle: de l’homosexualité? du mariage pour tous? des débats de 2013? Mystère. Il en parle en tout cas avec grande conviction: «C’est une affaire difficile et sensible qui engage la souffrance de beaucoup de personnes, sur laquelle j’ai écrit dix pages et sur laquelle j’ai réfléchi.»

«JE N’AI PAS CHANGÉ»
Il poursuit en évoquant son regret de ne pas avoir «fait l’union civile pour les couples homosexuels en mairie»: «J’ai toujours cru qu’on ne choisissait pas son identité sexuelle. On [ne] la choisit pas, on choisit de l’assumer mais on [ne] la choisit pas. Je suis né hétérosexuel, je n’en ai aucun mérite.» Ou comment, sous couvert d’humilité, réussir à faire passer le message en filigrane qu’il n’y a aucune fierté à être homosexuel.le. Comme à plusieurs reprises depuis le début de l’émission, Nicolas Sarkozy joue la carte de l’apaisement, quitte à en faire un peu trop: «Et qu’on soit hétéro ou homo, on a besoin d’amour, affirme-t-il. Et l’amour a besoin d’une reconnaissance sociale, c’est pourquoi j’avais dit dès 2007, il faut une union civile pour les homosexuels en mairie. De ce point de vue, je n’ai pas changé.»

«J’AI EU TORT»
Pourquoi n’a-t-il alors pas permis aux couples de même sexe de célébrer une union civile en mairie? On notera qu’aucun.e des deux journalistes face à lui ne prend la peine de lui rappeler qu’une union civile en mairie réservée aux couples de même sexe aurait été anticonstitutionnel. Pour l’ancien président c’est tout simplement la faute de la crise: «Je me suis dit les Français vont prendre le président pour un fou, qui s’occupe du mariage homosexuel (sic) alors qu’il y a une tension sociale et économique si forte. J’ai eu tort.» Nathalie Saint-Cricq le recadre sur le meeting de Sens Commun: «François Hollande a fait le mariage pour tous en même temps qu’il détruisait la politique familiale et ils ont maltraité des gens qui étaient contre le principe de mariage pour tous, s’insurge alors Nicolas Sarkozy. J’ai même entendu Monsieur Attali, mieux inspiré en général, dire “cette manifestation, c’est le fascisme en loden” ce qui est une honte.» Ces propos avaient d’abord été attribués à Nicolas Sarkozy lui-même en septembre 2014, d’après un article du Nouvel Obs. Son cabinet avait alors affirmé que c’était effectivement Jacques Attali qui avait usé de cette expression le premier, une version confirmée par l’auteure de l’article en question.

PAS OPPORTUNISTE
«J’ai donc écrit que nous n’allions pas démarier les couples homosexuels, ce serait cruel, injuste et impossible», conclut-il un peu plus tard. David Pujadas insiste: pourquoi a-t-il parlé d’abrogation? «C’est parce que je craignais que les problèmes de filiation ne soient pas réglés par la question de la loi Taubira.» Ce qu’entend Nicolas Sarkozy par filiation se résume en fait à la gestation pour autrui (GPA). Alors que Nathalie Saint-Cricq évoque la PMA, elle est coupée par David Pujadas qui préfère encore revenir sur le meeting de Sens Commun. «J’ai eu tort, reconnait Nicolas Sarkozy (…) Il y a eu une ambiguité de ma part, j’ai voulu la corriger dans un livre en employant les bons mots.» A nouveau, Nicolas Sarkozy tente de donner une image de vulnérabilité maîtrisée: «Je n’ai pas l’habitude dans la famille qu’était la mienne de parler comme ça, au fond, j’ai une certaine forme de pudeur. On ne parlait pas de ses affaires de cœur chez moi.» Le rapport avec la question du mariage pour tous? On cherche encore. Un peu plus tard, Nathalie Saint-Cricq rappelle qu’il se coupe d’une partie de son électorat, en se mettant à dos Sens Commun et la «Manif pour tous», sur lequel il pourrait compter pour la primaire. «Comme je l’ai dit avant la primaire, on ne peut pas m’accuser d’opportunisme», rétorque-t-il.

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