Le plus surprenant dans l’article d’Atlantico (site d’infos qui se revendique de droite) sur le mariage pour tous ne sont pas les réponses de Guillaume de Prémare, ex président de la manif pour tous. Nous ne nous attendions pas à ce que cet anti-égalité patenté fasse son mea culpa, même si c’est la mode en ce moment. Non, ce qui nous a pas mal interpellé sont les questions de la rédaction (l’article est signé d’Atlantico). L’interview a été publiée après l’annonce par l’INSEE des chiffres du mariage pour 2015, avec une baisse du nombre de mariages de couples de même genre. Ce qui fait dire au site que le mariage serait délaissé par les gays et les lesbiennes. Soit. C’est un angle comme on dit dans le jargon journalistique.

Mais dès la première question, l’approximation et l’idéologie prennent le dessus. «On a envie de dire tout ça pour ça!» s’exclame Atlantico, qui se scandalise du fait que les homosexuels «n’utilisent pas le droit de se marier». Mais le mariage est un droit, pas une obligation! Que dirait-on aux millions d’hétérosexuel.le.s qui ne se sont pas encore marié.e.s. Des gays et des lesbiennes l’ont d’ailleurs clamé lors des débats sur la loi, le mariage doit exister, pour avoir la liberté de l’utiliser ou non. Il existe d’autres formes de vie en couple, ou de vie tout court. Et qui a annoncé la fin de la civilisation, le désordre anthropologique, la fin de la scène fantasmée de l’engendrement, le bouleversement de la société, sinon les anti-égalité?

«CACHE SEXE»
Pour la deuxième question, Atlantico sort l’artillerie lourde: «En quoi le mariage gay a-t-il été le cache sexe d’un projet de société qui vise à diffuser la théorie du genre ?» On croyait en être débarrassé mais non, elle revient, cette pseudo «théorie du genre». Cela faisait longtemps que les médias ne nous en avaient pas parlé. Mais dans cette interview, elle est devenue plus qu’une tarte à la crème, une véritable pièce montée… de toutes pièces par ces idéologues réactionnaires en mal d’os à ronger. Notons que dans sa réponse, De Prémare utilise carrément le mot «Gender» avec une majuscule, dans la phrase: «Mais si le mariage gay est un « cache sexe » pour le Gender, il est, peut-être encore davantage, un cheval de Troie redoutable pour le marché des mères porteuses (la GPA).» À ma connaissance, le genre n’est pas encore un nom propre, ni une marque (l’INPI confirme aussi que la marque Gender n’a pas été déposée). Ce qui est aussi très étonnant dans cette phrase, c’est que l’interviewé reprend mot pour mot les termes de l’intervieweur. Vous avez dit complaisance?

La troisième question patine un peu. Voilà surgir le spectre de «certains lobbies LGBT» qui veulent faire triompher la «théorie du genre». Encore elle! Du nouveau, que diable!

RETOURNEMENT DE SITUATION
Heureusement, la question suivante introduit un retournement de situation digne d’une bonne série américaine. Oublié ce qui vient d’être dit sur les lobbies LGBT. Non, selon Atlantico, l’authentique Machiavel de toute cette histoire est le gouvernement qui aurait servi ses propres intérêts en «faisant des sujets sociétaux un enjeu majeur de sa politique». Entre les renoncements sur la PMA et le droit des trans, le refus d’aborder la question du droit de vote des étrangers aux élections locales, l’abandon d’une loi véritablement humaine sur la fin de vie, sans parler des reculades dans le domaine éducatif, le gouvernement a plutôt raté son coup d’après nous. Passons.

Ensuite, l’interview dérape un peu. Non seulement la syntaxe s’effondre, mais la pensée aussi. Jugez plutôt: «Le revirement de Nicolas Sarkozy sur la question du mariage homosexuel ne risque-t-il pas de se mettre à dos la partie conservatrice de l’électorat de droite?» Le mot «revirement», sujet de la phrase, a peu de chance de se mettre à dos qui que ce soit. Vous avez déjà essayé de vous mettre à dos un revirement? Je vous suggère d’éviter. Et qu’on ne vienne pas nous dire que c’est à cause des nouveaux programmes scolaires de Najat Vallaud-Belkacem!

Dans sa réponse, on pressent que De Prémare veut se montrer à la hauteur d’une question qu’il n’a peut-être pas très bien comprise. Il déclare (inspirez!): «C’est en rejoignant les préoccupations sociales d’un peuple rudoyé par ce que Laurent Bouvet appelle « l’insécurité culturelle » et par la machinerie économique globale que les défenseurs de la famille trouveront cette surface de contact avec la sociologie des profondeurs du peuple qui leur manque aujourd’hui.» Reprenez votre souffle… Il risque de se passer pas mal de temps avant que la «surface de contact» soit découverte, nous en reparlerons.

En conclusion, à la lecture de cette interview, une question nous taraude. Pourquoi s’évertuer à solliciter des réponses lorsque celles-ci sont contenues dans les questions?  La promesse d’Atlantico, c’est «un vent nouveau sur l’info». Une chose est sûre, ce vent ne sent pas très bon.