La consommation de produits psychoactifs chez les gays en contexte sexuel est connue et a fait l’objet d’études*. Depuis quelques années, les modes de consommation comprennent également l’injection, et l’apparition de nouveaux produits de synthèse, comme ceux de la famille des cathinones, en ont étendu l’usage. Sans qu’il soit aisé de mesurer l’étendue de la pratique, elle est aujourd’hui suffisamment connue pour appeler des réponses adaptées.

Malheureusement, comme souvent dès qu’il est question d’usage de drogues, ce sont les discours alarmistes ou sensationnalistes qui ont retenu l’attention plus que les tentatives de réponse adaptée. Il ne s’agit pas de nier les risques d’infection à VIH ou aux hépatites, ceux de dépendances, les situations de désocialisation qu’elles provoquent et les dommages importants pour la santé qui en découlent.

INFORMER ET ACCOMPAGNER
Pour autant, ce qui importe est d’abord d’offrir une réponse pragmatique tirée de l’expérience de trente ans de réduction des risques (RDR) chez les usagers de drogues. Il s’agit d’informer et d’accompagner chaque consommateur dans sa pratique, de comprendre là où il en est pour lui permettre de la maitriser, de réduire les risques de transmission des infections à VIH ou aux virus des hépatites, d’adapter sa consommation, et d’en parler. La RDR ne fonctionne pas quand elle repose sur des discours alarmistes, ni quand les pratiques de consommation sont niées.

Il est nécessaire d’échanger avec les soignants sur les pratiques des gays afin qu’ils puissent ajuster leur prise en charge dans les structures d’accueil des usagers, médicales ou médico sociales.

Les gays doivent se saisir des enjeux de santé et de lutte contre les épidémies d’infection à VIH et des hépatites pour que l’information sur la RDR se diffuse au sein de nos communautés.

Les établissements commerciaux doivent permettre la diffusion d’information dans leurs locaux, comme l’information relative aux risques sexuels. Le déni de la consommation de produits dans les établissements ne les protège pas des risques que prennent leurs clients. En ce qui concerne les sites internet et applications de rencontre sur smartphone, très utilisés, il est urgent d’y faciliter la présence des acteurs de prévention portant des messages adaptés au bénéfice de tous.

Aurélien Beaucamp, président de AIDES

 

  • *Etude SLAM par AIDES
  • Pratique du «Slam» chez les HSH séropositifs pour le VIH, 2014: T. L’Yavanc, R. Missonier, M. Hamidi, N. Velasquez, G. Pialoux (2014), Pratique du « Slam » chez les HSH séropositifs pour le VIH Médecine et Maladies Infectieuses, Volume 44, Issue 6, Pages 91-92
  • High-Risk Drug Practices Tighten Grip on London Gay Scene, The Lancet, 2013 : Kirby, Tony, and Michelle Thornber-Dunwell ( 2013) High-Risk Drug Practices Tighten Grip on London Gay Scene. Lancet (London, England) 381(9861): 101–102