Hasard du calendrier, Christiane Taubira démissionne trois ans jour pour jour après la grande manifestation pro-égalité du 27 janvier 2013. Il faut se rappeler la violence et l’homophobie de la droite et de l’extrême-droite lors des débats du mariage pour tous pour comprendre la popularité de Christiane Taubira chez nombre de gays et de lesbiennes.

Le mouvement LGBT n’avait pas su produire de figure de proue, à l’image d’une Panti Bliss en Irlande, pour défendre ce projet de loi historique, alors la ministre de la Justice a pris la place, avec le panache que l’on sait. Cela lui a valu des attaques innommables (souvenons-nous du « une banane pour la gueunon » lors d’une manifestation de la Manif pour tous à Angers) et elle n’a jamais flanché.

Ce n’est pas se montrer ingrat de reconnaître qu’après le vote de cette loi, et mis à part une circulaire sur les enfants nés par GPA à l’étranger (qui date de janvier 2013) et la volonté de trouver une solution au problème des conventions bilatérales, Christiane Taubira n’a plus fait grand chose sur les questions LGBT. Il y avait pourtant tant à faire! Résumons: elle s’est bornée à répéter que le débat sur la PMA était « légitime« , sans jamais vraiment s’engager sur le sujet, et s’est contentée de promettre une circulaire sur la question des droits pour les trans. «Ce n’est pas suffisant», lui avait d’ailleurs répondu, en sa présence, Giovanna Rincon, d’Acceptess-T lors de la remise en mai dernier du dernier prix Refuge / Institut Randstad.

Et puis comment comprendre son refus de parler à la presse LGBT? Malgré des demandes répétées, Yagg et Têtu n’ont jamais pu l’interviewer durant les trois dernières années. Le premier journal auquel elle s’est adressée pour dévoiler les contours du mariage pour tous, c’est… La Croix, une parution catholique, qui était opposée au texte.

Les gays et les lesbiennes n’auraient-ils pas mérité que l’on s’adresse, pour quelque chose qui les concerne au premier chef, directement à eux et à elles? Certes, elle est allée à la rencontre des jeunes du Refuge, ou des associations LGBT au Printemps des assoces de l’Inter-LGBT. Mais pour y faire quoi à part de beaux discours, de vagues promesses et des selfies? Avait-elle les mains liées? François Hollande et Manuel Valls n’ont jamais fait mystère de leur peu d’enthousiasme pour la PMA et les droits des trans (quand ils n’ont pas retournée leur veste sur la GPA, à l’image du Premier ministre). Toute Garde des Sceaux qu’elle était, elle ne pouvait rien faire si ces deux-là n’approuvaient pas. Et jusqu’au débat sur la déchéance de nationalité, qui aura causé son départ, elle a toujours fait passer en premier sa loyauté aux têtes de l’exécutif. Mais a-t-elle vraiment essayé de faire avancer l’égalité, une fois le mariage pour tous promulgué? Peut-être répondra-t-elle à la question, maintenant qu’elle a retrouvé sa liberté de parole.