Divers blogs et site d’extrême droite, comme Boulevard Voltaire, hurlent à la censure: TF1/LCI aurait supprimé sur le web une interview de Pierre Lévy-Soussan, l’un des psys anti-homos de service, diffusée il y a quelques jours sur la chaîne d’information, dans l’émission Le rendez-vous santé. Si le lien original renvoie effectivement vers une page 404, on trouve sans trop de difficulté une partie de l’interview sur le site MyTF1news, qui regroupe les infos de LCI et TF1.

On comprend en tout cas la déception de la Manif pour tous et de l’extrême-droite, car on a rarement vu interview si complaisante.

Le segment de l’émission était intitulé. »Enfants de couples homosexuels. Parlons vrai. » En fait de « parler vrai », c’est surtout le psychiatre, qui a pu dérouler tranquillement son discours sans jamais être contredit.

Les lectrices et les lecteurs de Yagg connaissent peut-être déjà le nom de Pierre Lévy-Soussan. Ce dernier avait été auditionné par l’Assemblée Nationale au moment du mariage pour tous. Il était contre. Il n’a pas changé d’avis depuis, bien au contraire.

ETUDE DE MARK REGNERUS
Pour lui, toutes les études qui montrent que les enfants élevés par des parents de même sexe vont aussi bien que ceux élevés par des parents de sexe différent sont « invalides » car souffrant de trop de biais. « Heureusement on a commencé à voir d’autres études qui montrent qu’il y a des différences »:  « Sur 40 facteurs analysés, il y en a 26 qui sont ressortis comme significativement plus compliqués. ça va de l’insertion sociale jusqu’à l’estime de soi, la dépression, les apprentissages scolaires. »L’étude qu’il ne cite pas mais qu’il a en tête est celle de Mark Regnerus, dont la méthodologie et  les conclusions avaient été très critiquées par des associations et par d’autres scientifiques. Le principal reproche fait à l’étude est que l’échantillon était principale composé de personnes ayant été élevées par un couple hétérosexuel dont l’un des deux parents aurait eu quelque chose qui s’apparente à une relation avec une personne de même sexe. L’étude de Mark Regnerus demeure le texte sur lequel s’appuient les opposants à l’homoparentialité des deux côtés de l’Atlantique.

Mais ça n’est pas de toute façon pas ça qui pose le plus de problème à Pierre Lévy-Soussan. Pour lui le problème, c’est « comment ces couples-là peuvent assumer par rapport à un enfant le fait qu’ils l’ont privé de père ou privé de mère »

« JE N’AIME PAS DIRE « DEUX PAPAS, DEUX MAMANS »
Il n’est jamais contredit par la journaliste Brigitte Milhau, qui reconnaît qu’elle-même « n’aime pas dire « deux papas ou deux mamans » ». « Je préfère dire deux personnes de même sexe », lance-t-elle.

Le psy continue donc à développer son argumentation, en martelant sa distinction entre l' »éducatif » et le « filiatif ». « Du point de vue éducatif, oui il y a des difficultés, mais ce n’est pas insurmontable », en revanche d’un point de vue filiatif, ça peut être vraiment compliqué pour l’enfant », dit-il.

Lorsque Brigitte Milhau, l’interroge sur « le socle commun des difficultés vu la diversité des situations », Lévy-Soussan en profite pour attaquer le mariage pour tous: « Les difficultés pour l’enfant, c’est depuis cette nouvelle loi qui a validé des filiations qui sont pour l’enfant impossibles.  » Pour lui, le souci c’est la difficulté à « rêver, fantasmer la scène d’engendrement ». « Dans la tête d’un enfant, deux papas, deux mamans, ça n’existe pas », dénonce-t-il.

Transition aimable de la journaliste: « J’imagine que c’est aussi difficile pour ces couples de même sexe de se sentir parents, de savoir comment on arrive à gérer tout ça au quotidien ». Pierre Lévy-Soussan: « Bien sûr, c’est aussi une difficulté pour eux, à condition qu’ils admettent qu’ils sont en difficulté. Le problème est qu’ils sont sommés d’aller bien pour des raisons politiques, idéologiques et militantes, ils ne vont pas admettre que c’est compliqué pour eux. »

« Le sujet est vaste, vous reviendrez nous voir et nous en reparlerons »,  conclut Brigitte Milhau.

En septembre 2015, SOS Homophobie avait saisi le CSA suite à deux dérapages homophobes et transphobes de la chaîne TF1 (à qui appartient LCI), le clip « travelo » de l’humoriste Florent Peyre et l’interview de Gareth Thomas par Thierry Demaizière.

ci-dessous, la version longue, publiée par un internaute sur Youtube: