Réuni.e.s à Lausanne en novembre 2015, plusieurs médecins et professionnel.le.s de santé ont participé à une réunion de consensus sur la question de la «réassignation sexuelle» et de l’«hyperandrogénisme». Il en est ressorti une série de directives présentées le 21 janvier, qui forment un premier pas vers une meilleure inclusion des athlètes trans dans les compétitions de haut niveau.

Parmi les recommandations émises par l’assemblée d’expert.e.s, l’une préconise de ne plus exiger des athlètes trans une opération de réassignation: «Avoir recours à des changements anatomiques chirurgicaux comme une condition préalable à la participation n’est pas nécessaire pour préserver une compétition juste et pourrait être incohérent avec la législation en développement et les notions de droits humains.»

DES REGLES PLUS STRICTES POUR LES SPORTIVES TRANS
Les participant.e.s à cette réunion invitent désormais les différentes fédérations sportives à prendre en compte ces directives. Pour les athlètes trans hommes, l’accès à la compétition ne fait l’objet d’aucunes conditions particulières: «Ceux qui ont transitionné de femme à homme sont éligibles à concourir dans la catégorie hommes sans restrictions». Concernant les femmes trans, les directives ne sont cependant pas aussi souples: Lorsqu’une athlète trans s’est inscrite dans la catégorie femmes, sa déclaration ne pourra pas être modifiée dans les quatre années à venir, précise le document: «L’athlète doit démontrer que le taux total de testostérone dans son sérum est inférieur à 10 nanomoles par litre pendant au moins les douze derniers mois avant sa première compétition.» Son taux de testostérone devra rester en dessous de cette limite, durant toute la période où elle souhaitera participer aux compétitions dans la catégorie des femmes. «Le respect de ces conditions pourra être contrôlé par des tests. En cas de non-respect, l’éligibilité de l’athlète dans la compétition femmes pourra être suspendue pendant douze mois.»

DES DIRECTIVES QUI TOMBENT A PIC
Contactée par le site OutSports, Joanna Harper était l’une des spécialistes présente à cette réunion. Elle-même trans, elle a tenu à participer à cette réunion pour faire progresser les instances sportives sur le respect des athlètes trans. Pour elle, les différentes décisions présentées vont dans le bon sens: «Les nouvelles directives du CIO réparent presque toutes les déficiences des anciennes règles. Espérons que les organisations sauront s’adapter rapidement et que les anciennes politiques sur les trans seront rapidement remplacées.» Concernant les conditions plus sévères auxquelles devront s’adapter les sportives trans, Joanna Harper explique qu’il a fallu trancher: «La période d’attente était peut-être le point le plus litigieux, mais un an semble un compromis raisonnable.» Ce n’est que depuis 2004 que le CIO a autorisé les athlètes trans à participer aux compétitions de haut-niveau, et ce, sous trois conditions: les personnes devaient avoir eu recours à une opération de réassignation sexuelle, elles devaient avoir obtenu leur changement d’état civil, et elles devaient être sous hormonothérapie depuis au moins deux ans. Avec les recommandations qui viennent d’être émises, le CIO a l’opportunité d’envoyer un signal fort en direction des sportifs et sportives trans juste avant les prochains Jeux olympiques qui se tiendront à Rio l’été prochain. Alors que sa frilosité et son peu d’engagement à l’égard des violations des droits humains en Russie à l’occasion des JO d’hiver de Sotchi en février 2014, avaient été très critiqués, ce geste n’en serait que plus apprécié.

L’athlète américain en duathlon (course à pied, course cycliste, course à pied) Chris Mosier a fait part de sa joie sur Twitter, même s’il ne pourra pas participer aux Jeux olympiques de Rio, sa discipline n’étant pas sélectionnée. Mais le sportif trans aurait pu être refusé aux Championnats du monde auxquels il a participé l’été dernier, en vertu des règles établis par le CIO qui prévoient que les personnes trans doivent avoir subi une opération de réassignation sexuelle.

LA FIN DES TESTS DE FÉMINITÉ?
Concernant l’hyperandrogénisme, la réunion a là aussi émis des recommandations très claires, s’appuyant sur le cas de la coureuse indienne Dutee Chand, qui a été autorisée à reprendre la compétition en juillet dernier, après en avoir été empêchée par la Sports Authority of India en juin 2014 en raison d’un taux d’androgènes trop élevé. La décision finale du Tribunal du sport marquait déjà une amélioration nette, car à l’instar de Dutee Chand, d’autres athlètes qui ont aussi vu leur performance remises en questions, comme Pinki Pramanik, ou Caster Semenya. Dans le document rendu public, les recommandations rappellent la nécessité de protéger les athlètes contre les discriminations: «Les règles en place doivent protéger les femmes dans le sport et promouvoir les principes d’une juste compétition. L’Association internationale des fédérations d’athlétisme, avec le soutien des fédérations internationales, des comités olympiques nationaux et d’autres organisations sportives, sont invitées à revenir vers le Tribunal du sport avec les arguments et les preuves pour soutenir le rétablissement de ses règles sur l’hyperandrogénisme. Pour éviter toute discrimination, si non éligible pour la compétition chez les femmes, l’athlète doit être éligible pour concourir chez les hommes.»