L’écrivaine et journaliste Edmonde Charles-Roux est morte le 20 janvier à l’âge de 95 ans. Elle avait entre autres reçu le Goncourt pour son roman Oublier Palerme. Elle présida l’académie Goncourt, avant de céder sa place en début d’année.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Edmonde Charles-Roux est ambulancière. Elle sera blessée et décorée de la Croix de Guerre. Après la guerre, elle devient journaliste et dirigera un temps le magazine Vogue.

AMITIÉ AVEC SAINT-LAURENT ET GENET
Elle fréquente les artistes Balthus et Giacometti. Elle se lie d’amitié avec Saint-Laurent, et Jean Genet dont elle publiera des articles dans Vogue. Elle est licenciée de ce magazine: l’éditeur américain avait peur des amitiés communistes d’Edmonde Charles-Roux. Toujours habillée de façon assez surprenante, on dit qu’elle inspira le dandy homosexuel et danseur étoile Jacques Chazot pour le personnage de Marie-Chantal.

Cette personnalité du Tout-Paris épouse le marseillais Gaston Defferre en 1973. Dans Le Rose et le Noir (Seuil, 1996), Frédéric Martel raconte comment, en 1979, Gaston Defferre, maire de Marseille offre le campus de l’école d’architecture pour héberger la première Université d’été homosexuelle. «Cela a fait des vagues», confiera des années plus tard Edmonde Charles-Roux à l’auteur. Selon elle, Defferre n’acceptait aucune forme de getthoïsation ou de marginalisation.

INFLUENCE SUR GASTON DEFFERRE
Durant la campagne présidentielle de 1981, elle fera partie des vedettes et des personnalités qui lancent un appel aux gays pour voter Mitterrand (lire sur le blog Les années Gai Pied). Après la victoire du candidat de l’union de la gauche, le 10 mai 1981, son mari est nommé ministre de l’Intérieur. Il n’aura de cesse de changer les pratiques policières antihomos, en partie sous l’influence de sa femme. C’est en tout cas une des explications données par Dominique Fernandez dans la préface de l’édition 2012 de son roman de 1978 L’Étoile rose (aux éditions Grasset). Il affirme qu’Edmonde Charles-Roux avait lu son roman, et l’avait fait lire à son mari.

En 2005, dans l’émission Des Mots de minuit, invitée de Philippe Lefait, Edmonde Charles-Roux confie que le mieux à même d’écrire sa vie aurait été Jean Genet. «Notre amitié était profonde, réciproque, inattendue. Peut-être que s’il nous entend, cette idée saugrenue le fait marrer ! Peut-être qu’il se tord !».

Engagée à gauche, cette inlassable militante de l’égalité cosigne en novembre 2012, dans Le Monde, une tribune remarquée en faveur du mariage pour tous intitulée «Non à la collusion de la haine» qui se concluait par cette phrase: Une fois qu’il[le mariage] sera acquis, l’homophobie ne cessera pas, et c’est elle qu’il faut criminaliser.»