David Bobée est le directeur du Centre Dramatique National de Haute-Normandie depuis 2013. Cette semaine, il a partagé la photo d’une porte de toilettes, celles de son théâtre, avec un court message:

Quand on devient directeur d’un théâtre, il peut arriver que l’on soit fier d’une porte de toilettes… Ce qui pour moi est assez nouveau.

Posté par David Bobee sur samedi 16 janvier 2016

Si des toilettes neutres et accessibles à toutes et tous commencent à voir le jour un peu partout dans le monde, peu d’établissements en comptent en France. L’initiative de David Bobée n’est d’ailleurs visiblement pas passée inaperçue par une frange plus conservatrice de la société, puisque le site d’extrême-droite Réinformation a tweeté la photo comme pour symboliser les dérives de «l’idéologie du gender».

« RESPECT DE TOUTES LES IDENTITÉS »
Contacté par Yagg, David Bobée s’étonne un peu que la porte des toilettes de son théâtre attire autant l’attention: «C’est quand même quelque chose qui existe déjà, indique-t-il à juste titre. J’en avais vu par exemple en Colombie dans un bar. J’ai trouvé ça chouette, et comme au CDN, nous sommes dans le respect de toutes les identités, dans le respect de l’autodétermination des personnes, je trouvais ça drôle, mais aussi politique d’installer ces pictogrammes. En fait, il existait déjà des toilettes au CDN, mais qui n’étaient pas accessibles aux personnes handicapées. Elles devaient se rendre dans d’autres toilettes, hors du théâtre. J’ai donc fait construire ces toilettes.» David Bobée en profite pour rappeler que la question de l’accessibilité est primordiale au CDN et que rendre accessible à toutes et à tous les œuvres présentées est au cœur de sa mission, avec des spectacles en audio-description, ou bien sous-titrés: «Franchement, ça n’a rien d’héroïque. C’est mon rôle, en tant que responsable d’un lieu public, c’est pour ça que je suis payé.»

La réaction de la fachosphère ne le surprend d’ailleurs qu’à moitié, puisque David Bobée a déjà été pris pour cible par elle: «Un de mes buts, c’est d’énerver la fachosphère», reconnaît-il ouvertement. A l’automne dernier, ses propos dans un article du Monde lui valent des accusations de «racisme anti-blanc», après qu’il affirme «avoir déjà refusé de très beaux projets conçus, mis en scène et interprétés uniquement par des Blancs». «Le CDN, c’est un lieu public, insiste-t-il, il faut embrasser la diversité et aller au-delà de la majorité blanche-bourgeoise-hétérosexuelle qu’on voit le plus souvent dans les théâtres.» Pour David Bobée, cette volonté n’est pas que politique, elle passe aussi par des choix artistiques: «Faire jouer des acteurs et des actrices racisé.e.s, mettre en scène des auteur.e.s racisé.e.s. Quand il y a plus de sept personnes sur scène, ce n’est pas acceptable de ne voir que des comédien.ne.s blanc.he.s.» Il dresse d’ailleurs un constat sans appel: «Le théâtre aujourd’hui est raciste par omission.» Il déplore une France tombée dans une «idéologie laïque»: «Pour promouvoir l’idée d’un peuple français unique et indivisible, on s’oppose à tout ce qui touche à l’idée de communauté. Mais il faut que la France assume ses diversités.» Et quand la fachosphère s’en prend à lui, l’accuse de “racisme anti-blanc”, menaçant même de porter plainte, David Bobée se dit justement que «les masques tombent»: «Je rêverais presque qu’ils gagnent et que je sois vraiment condamné pour “racisme anti-blanc”, s’amuse-t-il. Ça prouverait toute la haine de leur raisonnement.»

La pièce Lucrèce Borgia, mise en scène par David Bobée, avec Béatrice Dalle est actuellement en tournée. Retrouvez les différentes dates sur le site du CDN.