Il fut contre le pacte civil de solidarité, avant d’être pour, il était pour une union civile, mais ne l’a pas faite. Il voulait abroger le mariage pour tous mais déclare aujourd’hui qu’il ne reviendra pas sur la loi. Nicolas Sarkozy a souvent changé d’avis sur les unions de couples de même sexe.

1998
En 1998, lors du premier débat sur le pacs, le député RPR Nicolas Sarkozy s’oppose au texte. « Non au démantèlement de la famille« , lance-t-il à l’Assemblée nationale.

Août 1999
Secrétaire général du RPR, il évoque le sujet devant les jeunes du parti, le 28 août 1999, quelques mois avant le deuxième vote sur le pacs (le premier avait échoué faute de députés favorables en séance): « Si nous voulons représenter la France, il va nous falloir apprendre à lui ressembler. » Il regrette au passage que le parti n’ait pas pu « se faire davantage entendre ou comprendre d’une communauté homosexuelle qui a parfois pu être blessée par ce qu’elle a cru entendre. » Il votera quand même contre.

Septembre 2004
Après l’épisode du mariage de Bègles, la revendication du mariage commence à émerger dans les rangs des associations LGBT. Pour la droite au pouvoir, il devient soudainement urgent d’améliorer le pacs. Ministre des Finances à l’époque, Nicolas Sarkozy aligne le régime fiscal du pacs sur celui du mariage.

Février 2007
Le 11 février 2007, en pleine campagne pour sa première présidentielle, Nicolas Sarkozy se rend au club parisien Les Bains Douches pour rencontre La Diagonale, un club de « sarkozystes de gauche » (sic). Parmi les nombreux invités, on a pu voir Antoine Baduel, de Radio FG, Pascal Houzelot de Pink TV, l’homme d’affaires Philippe Villin, Thomas Doustaly, alors directeur de la rédaction de Têtu.

Avril 2007
Le 13 avril 2007, Gaylib (encore à l’UMP à cette époque) fête ses cinq ans. Nicolas Sarkozy leur adresse un message dans lequel il promet une union civile, « avec une cérémonie en mairie ».

En mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu Président de la République. Il ne mettra jamais en œuvre cette promesse.

Avril 2009
En 2009, lors d’un entretien avec Jean-Paul Cluzel, alors président de Radio France, il aurait réitéré sa promesse de 2007:  « Nous tiendrons nos promesses vis à vis de la communauté homosexuelle, il y aura le mariage en mairie et l’homoparentalité », aurait déclaré le Président. Jean-Paul Cluzel estime que Nicolas Sarkozy veut à l’époque plutôt parler d’union civile que de mariage.

Mai 2012
En 2012, en campagne pour sa réélection, Nicolas Sarkozy fait longtemps planer le suspense sur sa position. Libération titre même « Mariage gay, Sarkozy tenté par le oui ». Finalement, ça sera non. Pourquoi n’a-t-il pas mis en place l’union civile promise lors de son premier mandat? Interviewé par Têtu, Nicolas Sarkozy livre cette explication: «Après analyse, les juristes ont indiqué qu’il était anticonstitutionnel de réserver ce contrat d’union civile aux seuls homosexuels, qu’il devait aussi être ouvert aux hétérosexuels. Du coup, ce n’était plus le mariage des homosexuels entre guillemets, mais un substitut au mariage. Dans ces conditions, j’ai estimé, à tort ou à raison, qu’une telle disposition aurait vidé le mariage de tout son sens.» Il ne propose donc rien de nouveau, si ce n’est, sans grande conviction, un « pacs homosexuel en mairie ». François Hollande, qui, lui, s’est engagé à ouvrir le mariage aux couples de même sexe, remporte l’élection présidentielle.

Septembre 2014
Lors des débats autour du mariage pour tous en 2012-2013, Nicolas Sarkozy reste en retrait et ne participe pas aux manifes tations des anti. On dit même qu’il aurait qualifié le mouvement de « fascisme en loden ». Des propos rapidement démentis. Pressé par ses troupes de prendre position, il déclare finalement sur TF1 qu’on a « humilié la famille« . Mais ne dit toujours pas s’il souhaite ou non abroger la loi si la droite revient au pouvoir (Lire Mariage pour tous: La non-réponse de Nicolas Sarkozy divise l’UMP). Il déclare ensuite qu’il ne se prononcera sur le sujet que s’il est élu président de l’UMP.

Novembre 2014
Ce qu’il fait effectivement devant les militants du courant Sens Commun, le relais de la Manif pour tous au sein de l’UMP/Les Républicains, le 14 novembre 2014:  Ça y est, Nicolas Sarkozy l’a dit: il veut abroger la loi sur le mariage pour tous. Et c’est du Sarkozy dans le texte: «La loi Taubira, pour que les choses soient claires et nous en débarrasser tout de suite, devra être réécrite de fond en comble», a-t-il affirmé. La salle exigeant l’abrogation, il a poursuivi: «Quand on dit qu’une loi doit être réécrite de fond en comble, si vous préférez qu’on dise qu’on doit l’abroger pour en faire une autre, en français, ça veut dire la même chose».

Janvier 2016
Mais ça, c’était avant. Désormais, si l’on en croit ses propos, Nicolas Sarkozy a « évolué » et ne souhaite plus abroger la (Lire Sarkozy ne veut plus abroger la loi Taubira, les anti-mariage pour tous fulminent). C’est ce qu’il affirme dans son livre La France pour la vie, à paraître le 25 janvier.

«QUAND ON MENT, ON SÈME LA COLÈRE»
On terminera cette chronologie en citant Nicolas Sarkozy lui-même. Dans un meeting en octobre 2014, il avait raillé le changement d’avis de Manuel Valls sur la GPA: «C’est vraiment le visage de la politique que je n’aime pas. Quand vous pensez que dans la campagne des primaires socialistes, celui qui allait devenir le Premier ministre a déclaré qu’il était pour la GPA, quelle ne fut pas ma surprise quand je lis dans La Croix il y a deux jours que non seulement il est devenu contre, mais qu’il va mener une campagne dans le monde entier contre. Mes chers amis, je ne dis pas ça pour le ridiculiser car la position est déjà ridicule en soi. Je dis ça pour que vous compreniez ce que doivent ressentir des gens qui sont nos compatriotes, même s’ils ne partagent pas nos idées, à qui on a promis quelque chose et à qui on tourne le dos avec une telle violence et un tel cynisme à ce qui fut la promesse de M. Valls quand il était candidat à la primaire socialiste. Ne nous mettons pas dans cette situation. Et qu’on ne vienne pas s’étonner de voir de la colère et de la violence en France. Parce qu’en France, on peut parfaitement accepter qu’on ne soit pas d’accord avec le pouvoir en place, j’ai bien connu ça. Mais quand on ment, on sème la colère. Et quand on a semé la colère en France, il faut faire attention qu’on ne récolte pas la violence.»

Peut-être Nicolas Sarkozy a-t-il « évolué » sur cette question aussi?