Dans la carrière d’Ettore Scola, réalisateur de près de 30 films, l’homosexualité n’est pas un thème privilégié. Mais à l’instar des autres grands réalisateurs italiens de la période faste du cinéma transalpin, Scola a porté un regard tendre, drôle sur des personnages homos. Et dans Une journée particulière (1977), un de ses chefs d’œuvre, Marcello Mastroianni interprète un personnage homo loin des stéréotypes et des clichés.

Sorti en 1977, Une journée particulière est un des plus beaux films d’Ettore Scola, avec les deux stars absolues du cinéma italien de l’époque, Marcello Mastroianni et Sophia Loren. Il raconte l’histoire de deux êtres seuls dans un immeuble de Rome, lors de la journée historique du 8 mai 1938 durant laquelle Hitler, chef de l’Allemagne nazie, rend visite à Mussolini, chef d’Etat de l’Italie fasciste, au pouvoir depuis 1925. Tous les habitants de l’immeuble assistent aux festivités… sauf Antonietta, une mère au foyer et Gabriele, un animateur radio dont on apprend qu’il a été licencié car sa voix n’était pas suffisamment adaptée aux messages virils de la propagande mussolinienne. Il attend la visite des policiers qui vont l’arrêter et le déporter loin de Rome. Le hasard va les faire se rencontrer et ils vont vivre pendant quelques heures «une journée particulière» comme le dit Gabriele au début du film dans une conversation avec son amant. Dans la scène extraite dans la vidéo ci-dessous, Gabriele et Antonietta viennent tout juste de faire connaissance.

 

 


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Dans un entretien avec Jean A. Gil, auteur du Cinéma italien (La Martinière), la réalisateur explique, au sujet de l’homosexualité, que, «sous le fascisme, celui-ci n’existait même pas comme concept. Le mot n’est jamais apparu sur un journal de l’époque. […] Beaucoup d’homosexuels étaient indirectement accusés et éloignés de leur travail, ils étaient envoyés au confino de Carbonia, en Sardaigne, où étaient détenus également des subversifs non homosexuels.»

«LA DISTINCTION DONT JE SUIS LE PLUS FIER»
EN 2012, lors une intervention à la Cinémathèque française, après la projection du film, Ettore Scola, cinéaste multi-récompensé, a confié que la distinction qui l’a rendu le plus fier lui a été donné par une association gay italienne, Fuori!, pour son respect des personnes homosexuelles.

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ÉPISODE TABOU
Une journée particulière a ainsi mis en lumière cet épisode tabou de l’histoire du fascisme italien. Mais dans les années 70, le sort des homos dans l’Italie mussolienne était peu documenté. Il est désormais mieux connu. Dans leur roman graphique, En Italie, il n’y a que des vrais hommes, (éditions Dargaud), le scénariste Luca De Santis et la dessinatrice Sara Colaone, mettent en lumière la déportation, dès 1928, sur des îles du Sud de l’Italie, des homosexuels masculins « coupables » de méfaits, puis dix ans plus tard, de tout suspect, sur simple dénonciation. Le titre du roman est emprunté à une déclaration de Mussolini en 1938, qui déclarait que l’homosexualité n’existait pas en Italie.

L’histoire de la persécution des homosexuels en Italie durant la période fasciste que racontait aussi l’artiste Rémy Yadan dans son court métrage Les Vrais Hommes (2014) et qu’il commentait dans une interview vidéo pour Yagg.


Rémy Yadan commente trois de ses films par yaggvideo

«UNE SCÈNE D’ANTHOLOGIE»
Toujours en 1977, Ettore Scola cosigne avec Mario Monicelli et Dino Risi un épisode du film à sketches Les Nouveaux Monstres. Hugo Tognazzi est le cuisinier d’une trattoria à la clientèle un peu snob et Vittorio Gassman est serveur.  Les deux acteurs se livrent à une dispute de couple savoureuse où les aliments deviennent des armes. Mais tout se conclue par un tendre baiser. Une scène d’anthologie.

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Dans La Nuit de Varennes (1981), Scola offre un rôle de folle hystérique à Jean-Claude Brialy. Dans son Homosexualité au cinéma (La Musardine), Didier Roth-Bettoni qualifie ce rôle de «parodie de coiffeur tant il en rajoute (maniéré, excédé, réactionnaire) pour exister […]». Brialy échange quand même un baiser avec… Giacomo Casanova, interprété par Marcello Mastroianni (à 2’06 » dans la vidéo ci-dessous).

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HISTOIRE D’AMOUR ÉTRANGE
Ettore Scola a aussi réalisé en 1981 Passion d’amour (avec Bernard Giraudeau et Valéria D’Obici), l’histoire d’amour étrange, queer, entre un beau soldat et une femme d’une laideur rare, Fosca souffrant d’une maladie grave, mais qui possède une culture raffinée. Un film qui est devenu en 1994 un drame musical, Passion, grâce au maître de Broadway, Stephen Sondheim, et qui sera pour la première fois créé en France en mars prochain, sur la scène du Châtelet avec Natalie Dessay dans le rôle de Fosca et Fanny Ardant à la mise en scène.