Samedi 16 janvier, entre quarante et cinquante personnes se sont retrouvées à la Maisons des associations du 3e arrondissement à Paris, afin de préparer la Marche des fiertés. La réunion était initiée par des militant.e.s qui souhaitent donner un nouveau souffle à cette manifestation nationale, dont la prochaine édition sera la dernière avant l’élection présidentielle de 2017. Venues de Tours, de Biarritz, de Bordeaux, de Rennes ou de Lille, plusieurs associations organisatrices de marches régionales avaient fait le déplacement à Paris pour poursuivre les discussions amorcées lors des États généraux du militantisme LGBTI à Avignon en novembre dernier. La question d’une coordination des marches avait en effet été abordée lors des échanges entre les militant.e.s, avec la proposition d’établir un mot d’ordre commun pour gagner en efficacité et en cohésion (lire notre reportage Vers un nouveau souffle pour le militantisme LGBTI). De plus, au regard des dissenssions engendrées par l’affiche et le mot d’ordre retenus l’an dernier par l’Inter-LGBT, réunir les militant.e.s pour retrouver une unité apparaissait comme une nécessité.

LE MARIAGE POUR TOUS NE SUFFIT PAS
Cette démarche nationale a été lancée par Erwann Le Hô et Christine Nicolas, qui sont à l’origine de États généraux, Franck Danvers de la LGP Lille et Jérôme Beaugé président de l’Inter-LGBT: «Nous nous étions engagé.e.s mi-novembre à initier un débat national, explique Jérôme Beaugé. Durant la rencontre de samedi, nous avons d’abord parlé de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire au niveau législatif, avec le constat que le mariage pour tous ne suffit pas et que certains engagements n’ont pas été tenus par le gouvernement, l’ouverture de la PMA, la filiation, les droits des personnes trans. Nous avons ensuite demandé quel message nous voulons porter, quelle société voulons-nous pour demain?»

C’est avec satisfaction que la militante Gwen Fauchois dresse un rapide bilan de cette réunion assez inédite: «C’est quelque chose que l’on réclamait depuis 2012, indique-t-elle. Les États généraux ont été une première étape, qui ont rendu possible cette réunion». Même constat pour Veronica Noseda du collectif Oui Oui Oui: «Ça a été très constructif, avec une grande diversité d’associations présentes. On aurait pu craindre que les échanges tournent rapidement et seulement à des critiques de l’Inter-LGBT, mais il y a eu une vraie réflexion collective de ce qu’on attend d’une Marche des fiertés.» Cette réunion marque aussi une rupture avec le sentiment de «routine», explique Gwen Fauchois qui a constaté que le sentiment d’être devenu.e.s inaudible.s et inefficace.s est général parmi les associations. «Le manque de communication qu’il y a eu autour de cette réunion est révélateur, relève-t-elle. L’Inter-LGBT a beau dire que les réunions qu’elles organisent sont ouvertes à tou.t.e.s et publiques, personne ne sait qu’elles ont lieu. Cela signifie qu’il faut fonctionner de façon plus large.» Gwen Fauchois prend pour exemple quelques manifestations récentes comme les États généraux du militantisme LGBTI justement, mais aussi la Pride de nuit ou encore le 8 mars, journée des droits des femmes: «À chaque fois qu’il y a eu une réunion d’organisation, on a vu arriver des personnes qui ne se reconnaissent pas dans les associations actuelles, mais qui ont des choses à dire et qui veulent participer. Il faut qu’on fasse appel à ces énergies qui ne sont pas écoutées habituellement.»

LA FIN DU CARRE DE TÊTE?
«Il y a eu un consensus pour retrouver une efficacité et une autonomie, affirme Gwen Fauchois. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut faire de la Marche des fiertés un outil, plutôt qu’elle soit un événement utilisé à des fins médiatiques.» Symptôme de cette évolution, le carré de tête, où se pressent en première ligne les personnalités politiques devant les micros et les caméras, pour faire quelques mètres et quitter ensuite le cortège. «Avoir un carré de tête lors de la prochaine édition de la Marche des fiertés est loin d’être une évidence», rapporte Gwen Fauchois qui poursuit: «Cette réunion est un premier pas vers ce processus de changement, ça n’arrivera pas d’un coup de baguette magique.» La réunion a aussi permis d’évoquer d’autres sujets, comme les revendications qui touchent aux droits des travailleuses et des travailleurs du sexe, des migrant.e.s, la convergence des luttes. «Il y a un problème avec la façon dont on défend nos minorités, constate Gwen Fauchois. Samedi, nous sommes arrivé.e.s à un vrai accord pour dire qu’on ne peut pas continuer à faire comme si ces revendications non consensuelles n’existaient pas.»

«Il faut le voir comme une remobilisation, assure Veronica Noseda, en vue de la Marche des fiertés, mais aussi pourquoi pas après.» Se dessine effectivement l’échéance de la présidentielle de 2017. «Comment allons-nous travailler à l’échelle nationale? Faudra-t-il prévoir de nouveaux Etats généraux?» questionne Jérôme Beaugé. «On a en tout cas dépassé le stade de l’amorce. Avec la synthèse de cette réunion, un début de travail va se mettre en place dans chaque région. Une belle dynamique est en route.» Cette première étape redonnera-t-elle à la Marche des fiertés un nouvel élan? Cela se jugera en juin prochain. En attendant, un mot d’ordre devrait être dévoilé avant fin mars.