Dans le Hollywood des années post Seconde Guerre mondiale, on avait coutume de désigner George Cukor comme le réalisateur des femmes. Un euphémisme pour ne pas dire qu’il était gay. Ce que Carol nous montre d’emblée, c’est que Todd Haynes est un formidable directeur d’actrices. La grande force de Carol tient en premier lieu à la performance des deux actrices principales, Cate Blanchett et Rooney Mara. Leur histoire d’amour entravée est une des plus belles romances lesbiennes de ces dernières années.

Carol est un film sur le désir et celui-ci passe par le regard. On ne compte pas les plans sur le doux visage de Rooney Mara, qui interprète Therese, vendeuse de jouets d’un grand magasin new yorkais. Au début du film, elle est aimantée par la vision de cette femme plus âgée, Carol, qu’interprète Cate Blanchett. Leur amour naissant ne va évidemment pas sans poser des problèmes dans l’Amérique d’après guerre, homophobe et misogyne. Carol, mariée et mère d’une enfant, va devoir choisir entre son amour pour sa fille et celui pour Therese. Carol est aussi pour Todd Haynes l’occasion de renouer avec une période de prédilection, les années 50.

ADMIRATEUR DE DOUGLAS SIRK
Admirateur des mélodrames flamboyants de Douglas Sirk (Ecrit sur du vent, Tout ce que le ciel permet, Mirage de la vie), Haynes s’était déjà emparé en 2002 de ce genre avec le sublime Loin du paradis (qui ressort d’ailleurs en copie neuve aujourd’hui). Depuis que le cinéma existe, les réalisateurs sont tentés de faire revivre une époque. Mais pour Todd Haynes, il ne s’agit pas de nostalgie. Car s’il s’empare de l’esthétique et des codes formels des années 50, c’est aussi pour exploiter tout ce que le cinéma pouvait cacher des préoccupations des individus. Les héroïnes de Carol sont impeccablement 50’s dans leurs tenues, leurs coiffures, leurs gestes. Mais elles sont aussi incroyablement contemporaines: leurs désirs, leur volonté de s’affranchir de l’emprise des hommes et leur besoin d’autonomie étaient des combats bien réels dans les années 50 et restent encore d’actualité aujourd’hui. Todd Haynes est très malicieux. En adaptant le livre de Patricia Highsmith, publié d’abord sous pseudo par la romancière bisexuelle en 1952, il propose une belle réflexion sur la place des femmes, hier et aujourd’hui.

Rooney Mara a obtenu le Prix d’interprétation à Cannes (ex aequo avec Emmanuelle Bercot pour Mon roi) mais les deux actrices méritent nos applaudissements. Todd Haynes connaît bien Cate Blanchett, avec qui il a tourné I’m not There, sur la vie de Bob Dylan, sorti en 2006. Dans Carol, Cate Blanchett, deux fois récompensée aux Oscars, peut donner libre cours à la palette incroyable de ses émotions.

Carol est aussi l’histoire d’une amitié et d’une collaboration professionnelle assez incroyable entre une productrice américaine ouvertement lesbienne, Christine  Vachon et un réalisateur gay, Todd Haynes. Vachon a produit tous les films de Haynes depuis Poison en 1991.

 

La bande annonce de Carol

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Carol, de Todd Haynes, avec Cate Blanchett, Rooney Mara et Kyle Chandler.