Ça y est! Après des mois d’atermoiements, Truvada, un antiviral destiné à prévenir l’acquisition du VIH chez des personnes non infectées peut enfin être délivré par les médecins depuis le 4 janvier 2016. Et les utilisateurs n’auront pas à payer pour ce traitement préventif, entièrement pris en charge par la Sécurité sociale.

C’était l’engagement qu’avait pris la ministre de la Santé fin novembre 2015, à l’occasion de la discussion du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour l’année 2016. A l’Assemblée Nationale, Marisol Touraine répond alors à une question de Catherine Lemorton, présidente de la commission des affaires sociales et annonce l’arrivée de Truvada en préventif en France: «J’ai décidé que le Truvada serait pris en charge à partir de début 2016 dans le cadre d’une Recommandation temporaire d’utilisation qui sera publiée dans la première quinzaine de décembre.»

L’arrêté de prise en charge a été publié au Journal Officiel le 31 décembre 2015. Il stipule ceci: «La spécialité pharmaceutique mentionnée en annexe du présent arrêté est prise en charge, pour une durée de trois ans, au titre de l’article L. 162-17-2-1 du code de la sécurité sociale dans le cadre de la recommandation temporaire d’utilisation dont elle fait l’objet.»

Dès l’annonce ministérielle, l’association Aides, qui porte cette revendication depuis de longs mois, jubile. «C’est une immense satisfaction pour nous de voir ce dossier aboutir. Cela signifie que très bientôt, nous allons pouvoir accompagner partout en France les personnes qui ont besoin d’un nouvel outil de prévention adapté à leur situation de vie. Nous remercions la ministre de la Santé d’avoir su prendre la bonne décision et décider d’une prise en charge à 100% de la PrEP» déclare Aurélien Beaucamp, Président de Aides.

CONSULTATIONS HOSPITALIÈRES
Sans attendre les arbitrages et les autorisations, des médecins engagés dans l’essai Ipergay, qui a montré l’efficacité de Truvada en préventif, avaient lancé des consultations hospitalières. Jean-Michel Molina à l’hôpital Saint-Louis et  Gilles Pialoux annoncent en novembre que les personnes intéressées par ce nouvel outil de prévention, complémentaire des autres (capote, dépistage, traitements) peuvent venir consulter. D’autres ont suivi, notamment à Lyon, Nice et Nantes. Selon nos informations collectées auprès de Aides, des consultations ont vu le jour également à Lyon, Grenoble, Poitiers, Lille, Brest, La Rochelle, Marseille ou encore Bordeaux. La plupart des tests seront pris en charge à 100%, d’autres pourront être remboursés via la Sécurité sociale et la mutuelle des consultant.e.s.

consultations prep aides

MÉDECINS EXPÉRIMENTÉS
Dans le cadre de la RTU, l’Agence du médicament (ANSM) précise que la prescription du Truvada est réservée aux médecins hospitaliers expérimentés dans la prise en charge de l’infection par le VIH et dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (Cegidd) lorsque les décrets d’application de la loi Santé seront publiés, ce qui devrait intervenir en mars ou en avril de cette année.

Le laboratoire Gilead, qui commercialise Truvada, n’est pas en reste puisqu’il a mis en place un site d’informations. Ce portail est destiné à l’inscription des médecins et à la saisie des fiches d’initiation/ré-initiation de Truvada en PrEP. Il comporte également des fiches de séroconversion au VIH des personnes sous Truvada en PrEP et des fiches de déclaration d’effet indésirable et grossesse. Un outil d’aide à la rédaction de l’ordonnance de prescription sous RTU est également à la disposition des professionnels.

STRATÉGIE DE PRÉVENTION DIVERSIFIÉE
Truvada est une association à dose fixe de deux inhibiteurs de la transcriptase inverse du VIH, l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil fumarate. L’ANSM a établi le 25 novembre 2015 une RTU du Truvada dans la prophylaxie Pré-Exposition (PrEP) au VIH en tant qu’outil additionnel d’une stratégie de prévention diversifiée de la transmission du VIH chez les personnes âgées de 18 ans ou plus à haut risque d’acquisition du VIH par voie sexuelle. Le public visé en premier lieu sont les gays et les hommes bis ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes et qui ont des partenaires occasionnels avec lesquels ils n’utilisent pas systématiquement le préservatif. Mais l’ANSM rappelle que l’utilisation du Truvada dans la PrEP s’intègre dans une stratégie de prévention diversifiée avec notamment la promotion de l’usage du préservatif, qui protège non seulement du VIH mais également des autres infections sexuellement transmissibles.

TRUVADA ET APRÈS?
Des essais sont en cours avec d’autres molécules et selon d’autres modalités de prise. Des méthodes complémentaires, notamment  des gels préventifs à base d’antirétroviraux pour usage vaginal ou rectal, font aussi l’objet d’études. Mais la mise à disposition de ces outils n’est pas forcément pour demain.