Le site d’informations 37° a annoncé ce matin que Farida Belghoul et Dalila Hassan ne seront finalement pas jugées aujourd’hui. La créatrice de la Journée de retrait de l’école (JRE), collectif fondé fin 2013 pour lutter contre l’enseignement de ce qu’elle nomme la «théorie du genre», et la parent d’élève qui avaient toutes deux accusé une institutrice d’attouchements sur mineurs devaient comparaître cet après-midi au tribunal de Tours pour diffamation et complicité de diffamation envers une fonctionnaire. Le procès a été remporté à une date qui n’a pas été communiquée. Retour sur les faits qui se sont déroulés au printemps 2014, en pleine offensive des mouvements réactionnaires contre la soi-disant «théorie du genre».

En janvier 2014, le collectif de la JRE entre en guerre contre les initiatives de lutte contre les stéréotypes de genre en milieu scolaire, et à ce titre, tous les moyens sont bons: c’est même par SMS que des parents d’élèves sont avertis que leurs enfants vont recevoir des cours d’éducation sexuelle en maternelle. Farida Belghoul, proche d’Alain Soral et de Dieudonné, parvient à créer un climat de psychose autour de la soi-disant «théorie du genre», en appelant à retirer les enfants des établissements scolaires.

LES ACCUSATIONS DE LA JRE
Fin mars, une vidéo diffusée sur Youtube accuse une institutrice de maternelle de l’école de la Blotterie à Joué-lès-Tours dans l’Indre-et-Loire d’avoir incité deux enfants de sa classe à se déshabiller et à se masturber. Son nom n’est pas révélé, mais les informations données par Dalila Hassan, la parent d’élève qui apparait dans la vidéo et qui se présente comme la «responsable JRE de Joué-lès-Tours», permettent d’identifier l’enseignante visée. En quelques jours, la vidéo est largement relayée et visionnée plus de 50 000 fois. Elle est à ce jour, toujours en ligne. Le 28 mars, à quelques jours d’une nouvelle JRE, des mères de familles se rassemblent devant l’entrée de l’école, convaincues que leurs enfants courent un danger.

Rapidement, la teneur des propos de Dalila Hassan laisse entendre que ces accusations sont mensongères et constituent une nouvelle attaque délirante et paranoïaque émanant du collectif qui joue avec habileté sur les peurs de certaines familles à voir le lobby LGBT infiltrer les écoles. En octobre 2014, Farida Belghoul reçoit un blâme de l’Éducation nationale. Le rectorat de Versailles lui reproche alors d’«inciter des parents à retirer leur enfant de l’école (…) en méconnaissance de l’obligation d’assiduité».

L’enquête judiciaire a finalement prouvé qu’aucun attouchement n’avait eu lieu. Le 5 mars 2015, Farida Belghoul est finalement mise en examen pour complicité de diffamation. Pour le moment, aucune nouvelle date n’a été fixée pour le report du procès. L’enseignante directement visée par les attaques de la JRE a depuis demandé sa mutation pour changer d’établissement.

LA JRE ET CONSORTS FONT-ILS PEUR AU MINISTÈRE?
Si désormais le collectif de la JRE (rebaptisé «Fédération Autonome des Parents engagés et courageux») ne se fait plus entendre, et si de nouveaux appels à boycott ne sont plus à déplorer, le groupuscule de Farida Belghoul et autres comités «VigiGender» émanant de la «Manif pour tous», ont orchestré durant ces quelques mois un sérieux travail de sape des initiatives du ministère de l’Éducation nationale. La levée de boucliers des mouvements réactionnaires face au programme des ABCD de l’égalité, abandonné en juin 2014, mais aussi de la campagne de la Ligne Azur annulé en octobre de la même année, en sont les exemples les plus criants. À la rentrée 2014, on assiste même à une tentative de ces courants de peser dans les élections des représentant.e.s de parents d’élèves.

Tout cela est-il derrière nous? Moins bruyants aujourd’hui, ces groupes n’en ont pas moins laissé des traces, comme en témoigne une certaine frilosité du ministère à mettre en place des actions plus fortes et plus ciblées contre les LGBTphobies. Certains aspects de la nouvelle campagne destinée à lutter contre l’homophobie dans les collèges, les lycées et les universités, lancée en décembre dernier, laissent en effet penser que l’Éducation nationale craint encore aujourd’hui de réveiller à nouveau les mauvais souvenirs de 2014…