L’homosexualité était encore classée comme une maladie mentale jusqu’en 1990 par l’Organisation mondiale de la santé. Le Dr Robert Spitzer, décédé le 25 décembre dernier à l’âge de 83 ans, fut celui qui a le plus œuvré pour la dépsychiatrisation de l’homosexualité aux Etats-Unis.

Dans les années 70, Le Dr Spitzer joue un rôle majeur dans l’élaboration du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), considéré comme la référence de la profession aux Etats-Unis mais qui fait l’objet de controverses à chaque actualisation. Ses contributions à plusieurs éditions du DSM sont jugées révolutionnaires pour cette discipline en ayant aidé à fournir aux psychiatres des définitions des principaux troubles psychiatriques. Un des premiers comportements qu’il étudie est l’homosexualité, qui est à cette époque listé comme un désordre mental. Depuis les années 40, des médecins proposaient d’ailleurs des « traitements » de l’homosexualité, incluant parfois des séances d’électrochocs et des lobotomies.

Le Dr Spitzer, après avoir rencontré des militants gays, a commencé a rééxaminer l’homosexualité, pour étudier si elle était à l’origine de troubles mesurables. La question était épineuse, l’homophobie était tellement ancrée dans les mentalités et chez les médecins, mais en 1973, le Dr Spitzer met au point un nouveau concept, le « désordre de l’orientation sexuelle » pour décrire les personnes dont l’orientation sexuelle, hétéro ou homo, pouvait leur causer des problèmes. Le Dr Spitzer fait alors valoir que l’homosexualité ne pouvait pas être un trouble psychiatrique puisque les homosexuel.le.s étaient à l’aise avec leur sexualité. Depuis 1973, aux Etats-Unis en tout cas, l’homosexualité ne fait plus partie de la liste des maladies mentales.

« Le fait que le mariage gay existe aujourd’hui est en grande partie due à Bob Spitzer », a déclaré Jack Drescher, un psychanalyste gay, au New York Times.

EXCUSES PUBLIQUES
Mais en 2012, le Dr Spitzer a du faire des excuses publiques après une étude de 2001 dans laquelle il expliquait que les thérapies réparatrices -visant à changer l’orientation sexuelle des gays- pouvait marcher. Les associations gays avaient alors crié à la trahison. Dans les années 90, un groupe de psychiatres conservateurs prenaient des pleines pages de publicité dans les journaux pour affirmer que les thérapies de conversion marchaient. Ce groupe était influencé entre autres par les théories du psychiatre Charles W. Socarides, fondateur de l’association nationale pour la recherche et le traitement de l’homosexualité, une organisation rebaptisée depuis, mais qui a toujours pignon sur rue. Ces médecins se basent sur la théorie freudienne selon laquelle nous naissons bisexuel.le et que nous pouvons aller de l’une à l’autre orientation sexuelle.

L’étude controversée du Dr Spitzer est d’après lui son plus grand regret; le seul qu’il admette au niveau professionnel.

Si l’homosexualité fut retirée de la liste des maladies mentales en 1973 aux Etats-Unis, il n’en n’a pas été de même dans le reste du monde. En France, c’est en 1968 que les autorités adoptent la classification de l’OMS listant l’homosexualité dans les maladies mentales. Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand pour qu’un changement s’opère en France. Mais ce n’est que le 17 mai 1990 que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

Cependant, 20 ans plus tard, en avril 2011, Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, déclare au sujet de la déclassification: « Il s’agissait là d’une étape importante. Pourtant, plus de vingt ans plus tard, la stigmatisation et la discrimination contre les homosexuels existent encore, et peuvent conduire à un accès limité aux services de santé et à la non-réalisation des objectifs des programmes de santé. »

Le 17 mai a été choisi pour la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie (Idaho), à l’initiative de Louis-Georges Tin.