Monde, Revue de web | 18.12.2015 - 12 h 59 | 10 COMMENTAIRES
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Pourquoi les hommes s’en prennent aux femmes trans ? Les réponses de Judith Butler

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Dans une interview accordée à la plateforme féministe de Vice, la philosophe américaine explique en quoi on ne peut pas séparer les assassinats de femmes trans' américaines des questions d'origine, de classe sociale, mais aussi de domination masculine.
judith butler universite fribourg

En 2015, aux Etats-Unis, au moins 23 femmes trans ont été assassinées en seulement une année. Paradoxalement, avec le coming-out de Caytlin Jenner et le succès des séries Sense 8, Transparent ou Orange is the New Black, les questions trans n'ont jamais été aussi médiatisées et n'ont jamais autant avancé outre-Atlantique.

DES «VARIABLES» MULTIPLES
Pour comprendre les ressorts de cette violence sociale exercée à l'encontre des femmes trans, et plus particulièrement des femmes trans de couleur, Broadly, la plateforme féministe du magazine Vice, s'est entretenue avec la philosophe américaine Judith Butler, connue depuis les années 1990 pour ses théories queers et notamment pour son ouvrage Trouble dans le genre (La Découverte).

Interrogée sur les facteurs qui pourraient expliquer le passage à l'acte des assassins –majoritairement des hommes hétéros qui ont flirté avec leurs victimes–, Butler soutient d'abord que les causes sont sûrement multiples.

«C'est difficile d'expliquer comment le genre entre en jeu dans chacune de ces situations, en revanche on peut dire que c'est une "variable" qui ne peut pas être séparée des questions de classe et d'origine avec lesquelles elle s'entrecroise», analyse d'abord Judith Butler. Elle ajoute : «Si on considère les travailleuses du sexe trans et pauvres, elle ne sont pas seulement exposées à la violence des clients, mais aussi parfois à celle de la police».

Pour Butler, une autre dimension peut également entré en jeu: la réaffirmation de la domination masculine dans le meurtre. «Comme les femmes trans ont renoncé à leur masculinité, tout en affirmant qu'elles y renoncent, cela peut être effrayant pour un homme qui voit dans sa puissance une caractéristique intrinsèque de lui-même», soulève la théoricienne.

Et Butler de conclure: «Ce dont on a besoin c'est d'un mouvement anti-raciste et anti-transphobe qui puise dans l'afroféminisme et sa puissante critique du racisme et de la puissance policière».

À lire sur Broadly.

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Journaliste Yagg. Observe les gauches, les mouvements sociaux et les Amériques. Musique & chocolatine.
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LES réactions (10)
  • Par Kaeru 18 Déc 2015 - 13 H 12
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    C’est désolant… On a surtout besoin de construire un monde où l’altérité dans sa différence n’est plus l’ennemi. Les femmes sont, dans presque toutes les cultures, les paillons des hommes. J’imagine alors aisement qu’une trans mtf doit exacerber tous les rejets…

    Merci pour cet article, il me fait cogiter 🙂 et c’est bien !

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  • Par PointDeNonRetour 18 Déc 2015 - 14 H 29
    Photo du profil de PointDeNonRetour

    « «Comme les femmes trans ont renoncé à leur masculinité, tout en affirmant qu’elles y renoncent, cela peut être effrayant pour un homme qui voit dans sa puissance une caractéristique intrinsèque de lui-même» »

    C’est fou tout ces théoriciens qui vont chercher en fond en comble alors que la réponse est juste évidente… Un mot : Patriarcat.
    J’ai juste l’impression que cette chère JB utilise juste le patriarcat comme « excuse » de tuer des meufs trans alors que c’est la cause même.

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  • Par helene 18 Déc 2015 - 19 H 25
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    La théorie Queer est fonciérement binariste. Quand Judith Butler « théorise » sur les assassinat de trans c’est « Comme les femmes trans ont renoncé à leur masculinité, tout en affirmant qu’elles y renoncent, cela peut être effrayant pour un homme qui voit dans sa puissance une caractéristique intrinsèque de lui-même ». Au nom de quoi cette dame voudrait que les femmes trans renoncent  »intégralement » à leur masculinité (et les garçons trans n’ont ils pas le droit à un peu de féminité?). Moi ce qui me frappe c’est pourquoi on va poser la question à une universitaire lesbienne blanche quand une trans de couleur, Janet Mock -une des rares trans noire de couleur- aurait eu tout loisir de répondre en étant plus concernée. J’avoues que je l’écouterai avec plus d’interêt sur la question des ultra féministes transphobes.

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    • Par Roxane 18 Déc 2015 - 20 H 50
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      @helene
      Au nom de quoi cette dame voudrait que les femmes trans renoncent »intégralement » à leur masculinité
      Je ne suis pas fan de JB, mais là, tu viens de passer à côté.
      Déjà, elle ne « voudrait » pas, elle explique un phénomène. De même, quand elle parle de masculinité, elle parle de la position/statut de mâle qui dans une société patriarcale implique une position de dominant et de force. De là, ce qu’elle dit est que les autres hommes peuvent voir en ça une menace pour leur propre position dominante qui peut être remise en cause, car c’est la preuve que le seul fait d’être un homme ne garantie pas cette dominance et que leur sexe d’appartenance seul ne suffit plus à justifier celle-ci .
      En résumé: les femmes trans remettent en cause la « naturalité » du patriarcat et c’est en ça que d’autres hommes les voient comme une menace contre leur position de domination.
      Personnellement, je ne vois aucune transphobie là-dedans du fait que JB ne soit en rien une défenderesse du patriarcat, c’est même carrément le contraire.

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    • Par helene 19 Déc 2015 - 10 H 33
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      « Comme les femmes trans ont renoncé à leur masculinité, tout en affirmant qu’elles y renoncent, cela peut être effrayant pour un homme qui voit dans sa puissance une caractéristique intrinsèque de lui-même » c’est une citation de la dame, je trouve ça bêta. Je préférerai qu’elle s’en prenne à ces féministes comme Germaine Greer qui harcèlent les trans.

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    • Par Damia 19 Déc 2015 - 13 H 05
      Photo du profil de Damia

      Ce serait assez intéressant ouais de s’intéresser aux TERF, comme Christine LeDoaré, et son copain « pro-fem » (lol), Martin Dufresne.

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    • Par plume 19 Déc 2015 - 15 H 24
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      Ba, pour ma part, et d’expé, je ne me sens pas vraiment plus en danger avec des radfmem certes hostiles, mais qui ne nous racolent pas pour remblayer leurs vies et leurs projets, politiques ou autres, qu’avec les « inclusives » et autres « transsephiles » qui elles le font, nous instrumentalisent sans scrupule, et nous massacrent quand on a cessé de les amuser ou de nourrir leur exotisme – ou enfin quand leurs dits projets ne seront plus en mesure de nous « inclure ». De tout ça, conclusion : évitons autant que possible de rester des « inclusions », c’est mauvais pour la santé ; autonomie.

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    • Par PointDeNonRetour 19 Déc 2015 - 17 H 52
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      Entièrement d’accord avec vous plume.
      Mais de manière générale, les radfems transphobes sont en total contradiction.

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  • Par Phlune 19 Déc 2015 - 10 H 15
    Photo du profil de Phlune

    La psychanalyse, qui s’est copieusement exercée dans ses contre-transferts sauvages à traîner les trans’ dans la boue, s’intéresse bizarrement peu à la transphobie (ben ouais faudrait être juge et partie, comme dirait Bonierbale pour réfuter nos positions d’expertises à nous, mais bref). La fureur anti-femmes trans’ s’explique pourtant même sans brutaliser les fondamentaux freudiens : le lieu de la toute puissance mâle est en miroir le lieu de l’hyper fragilité. Les femmes trans’ renvoient au phallocrate de base une dénégation totale du petit miracle (?) consistant à « en avoir », et le renvoie ainsi à ses terreurs enfantines. Un homme cis équilibré a noté cette fragilité dans son évolution, la dépasse et fait avec, mais ceux qui n’ont jamais surmonté la trouille (la même que celle perso de Freud quand il invente pour se « justifier » que les femmes sont des être castrés de naissance ) sont littéralement terrosisés par les « gens comme nous ». Pour eux, nous sommes, selon l’expression magnifique de Vincent Guillot, des terroristes du genre . D’un point de vue psychanalytique c’est d’une simplicité biblique, et les « spécialistes » du « transsexualisme » le savent : ils ne s’intéressent jamais aux crimes anti-trans, ou à la transphobie en général … parce qu’ils « comprennent » … 😉 . A part ça c’est vrai que ce billet sur Butler (que je n’aie lue que par bribes) est plutôt fade …

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