En 2015, aux Etats-Unis, au moins 23 femmes trans ont été assassinées en seulement une année. Paradoxalement, avec le coming-out de Caytlin Jenner et le succès des séries Sense 8, Transparent ou Orange is the New Black, les questions trans n’ont jamais été aussi médiatisées et n’ont jamais autant avancé outre-Atlantique.

DES «VARIABLES» MULTIPLES
Pour comprendre les ressorts de cette violence sociale exercée à l’encontre des femmes trans, et plus particulièrement des femmes trans de couleur, Broadly, la plateforme féministe du magazine Vice, s’est entretenue avec la philosophe américaine Judith Butler, connue depuis les années 1990 pour ses théories queers et notamment pour son ouvrage Trouble dans le genre (La Découverte).

Interrogée sur les facteurs qui pourraient expliquer le passage à l’acte des assassins –majoritairement des hommes hétéros qui ont flirté avec leurs victimes–, Butler soutient d’abord que les causes sont sûrement multiples.

«C’est difficile d’expliquer comment le genre entre en jeu dans chacune de ces situations, en revanche on peut dire que c’est une « variable » qui ne peut pas être séparée des questions de classe et d’origine avec lesquelles elle s’entrecroise», analyse d’abord Judith Butler. Elle ajoute : «Si on considère les travailleuses du sexe trans et pauvres, elle ne sont pas seulement exposées à la violence des clients, mais aussi parfois à celle de la police».

Pour Butler, une autre dimension peut également entré en jeu: la réaffirmation de la domination masculine dans le meurtre. «Comme les femmes trans ont renoncé à leur masculinité, tout en affirmant qu’elles y renoncent, cela peut être effrayant pour un homme qui voit dans sa puissance une caractéristique intrinsèque de lui-même», soulève la théoricienne.

Et Butler de conclure: «Ce dont on a besoin c’est d’un mouvement anti-raciste et anti-transphobe qui puise dans l’afroféminisme et sa puissante critique du racisme et de la puissance policière».

À lire sur Broadly.