Dimanche 15 novembre. Les États généraux du militantisme LGBTI viennent de se terminer à la FabricA d’Avignon, certain.e.s militant.e.s sont sur le départ, d’autres sont encore pris dans une discussion plus ou moins animée avec d’autres participant.e.s. Il faut dire cette première édition aura eu le mérite de faire se rencontrer des associations et des personnes qui ne s’étaient jamais vues auparavant. Erwann Le Hô, vice-président du Centre LGBT Côte d’Azur et Christine Nicolas, présidente de Rainbow Brest sont à l’origine de ce grand rassemblement associatif LGBTI. A peine sortis de l’effervescence de ces deux jours, il et elle ont accepté de livrer leurs impressions:

Quel est votre sentiment en voyant que cet événement pour lequel vous vous êtes pleinement investi.e.s pendant plusieurs mois se termine?

Christine Nicolas: Je suis encore dans l’énergie de cette journée, dans ces mots, ces regards, ces sourires, ces envies d’après, j’aurais du mal à répondre! C’est quelque chose que j’avais du mal à imaginer, le niveau de frustration à la fin de ces États généraux, et là on voit effectivement qu’il est élevé… et que ça donne envie d’aller plus loin.

Erwann Le Hô: Pour la dernière plénière, on s’était beaucoup stressé.e.s à l’avance en se disant qu’il fallait préparer un scénario, quelque chose de ficelé et d’établi. Finalement, on ne l’a jamais fait car on s’est rendu.e.s compte qu’en laissant le micro circuler, les gens allaient construire eux-mêmes l’après. On a quasiment une feuille de route pour les trois années à venir! Il faut que ça se passe au niveau des régions, il faut aussi que ça se passe au niveau national. Les gens sont arrivés en espérant que ces États généraux soient bien, et on leur a dit que ça dépendrait surtout de ce que eux allaient amener ici. Si ils et elles ont pris la parole, ont participé, c’est leur réussite.

On a juste posé un cadre pour que ces échanges aient lieu. On peut dire que ces États généraux sont une réussite parce que les gens ont voulu que ce soit une réussite.

Les échanges ont aussi été nourris par la façon dont vous avez construit les ateliers…

Erwann Le Hô: La méthode, c’était un vrai pari, certain.e.s n’y croyaient pas vraiment et trouvé ça bizarroïde la façon dont c’était organisé, qu’on ne puisse pas choisir son groupe, qu’on ne puisse pas faire de thématique «Santé», «Famille», etc. Ça a perturbé des habitudes de travail, et en fait, c’est ça qui a marché. A la première session, on a vu des gens très polis et discrets, c’était très scolaire et très lisse, et au fur et à mesure, la parole s’est libérée, des choses moins consensuelles se sont dites. C’est un pari de Christine avec le groupe programmation, qui a bossé cette méthode avec le sociologue Massimo Prearo.

Au delà de cette satisfaction, y a-t-il eu des choses auxquelles vous ne vous attendiez pas?

Erwann Le Hô: Je pensais que certains personnes et organisations allaient venir en spectateur, en disant «on n’y croit pas trop, mais on va venir voir au cas où il se passe un truc». Je pense que plusieurs sont venues comme ça, mais elles sont tout de même venues et elles se sont totalement impliquées, ont fait des prises de parole pendant la dernière plénière et ont fait des propositions. Je pense à la Fédération LGBT ou à l’Inter-LGBT, qui sont reparties enthousiastes, qui ont pris des engagements. A la fin tout le monde s’y est retrouvé, quelles que soit les associations, leur taille, leur territoire.

Pour moi, c’est vraiment ça la surprise, c’est l’appropriation complète de ces États généraux et le fait que les gens s’approprient la suite d’eux-mêmes sans qu’on les pousse.

De prochains États généraux sont donc prévus?

Erwann Le Hô: Pendant ce week-end, on a encore reçu par mail des demandes de signatures, d’individuels et aussi d’associations. Des associations n’ont pas pu venir pour différentes raisons, surtout financières. On va continuer à aller les chercher. Notre force, c’est d’avoir pris le temps de connaître les gens et les associations, et de les valoriser de façon égale quelle que soit la taille de l’organisation. La proximité et la connaissance sont des atouts réels.

Que peut-on retenir de cette dernière plénière?

Christine Nicolas:

On peut dire qu’il y a une prise de conscience: nous sommes multiples, nous sommes divers.e.s et nous sommes partout.

C’est la richesse qu’on a entendu dans les ateliers. C’est cette prise de conscience, qu’on est un mouvement national, qu’on n’est pas juste dans une petite ville à attendre que d’autres ailleurs fassent peut-être quelque chose de médiatique. On fait tous partie du même mouvement. Ensuite, j’ai envie de retenir cette volonté de travailler ensemble, de continuer à se connaître, d’affiner le discours, de s’approprier les termes, de pouvoir vraiment porter ce discours et comment le porter. C’est ça que j’ai vraiment envie de retenir. Après il reste encore beaucoup de travail et dans un premier temps, ce qu’il sera important de voir, c’est la troisième session des ateliers, «Besoins, enjeux et valeurs», et de voir ce qui en est ressorti et ce que les gens veulent faire ensemble.

Quelles sont les prochaines échéances?

Christine Nicolas: Les participant.e.s ont envie dans un premier temps de s’investir et de se saisir du moment de visibilité des marches de juin 2016, donc quelque chose va sûrement s’organiser autour de ça. Après, il y aura aussi une retranscription des enregistrements des ateliers – 90 heures! – dans les deux mois et demi à venir.

Erwann Le Hô: Une autre échéance a été évoquée par beaucoup de gens, c’est celle de 2017, elle est effectivement importante. Il va donc falloir assez rapidement qu’on donne une perspective aux gens. Mais avant 2017, les gens veulent une suite, des deuxièmes États généraux, donc ça se produira. Il y a des villes qui veulent les accueillir, d’autres villes veulent organiser des étapes régionales. Nous allons donner des perspectives très vite avec l’écrit intégral des ateliers, et revenir assez rapidement vers les associations.

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