Près de 1100 personnes ont répondu au questionnaire intitulé «Être LGBT au travail» et réalisé en 2014 par l’Université de Genève et la Fédération Genevoise des associations LGBT. Quels en sont les principaux enseignements?

L’un des principaux enseignements est que la visibilité des LGBT progresse en entreprise: 85,5% des homosexuel.le.s hommes et femmes et 82,2% des personnes trans’, ainsi que 89,5% des familles arc-en-ciel sont totalement ou partiellement out au travail.
D’après l’étude, cela montre une évolution significative puisqu’une enquête réalisée en 1999 par l’association suisse Vogay indiquait un taux d’invisibilité totale sur le lieu de travail de 35,5% des répondant.e.s.
Dans le détail, les hommes sont proportionnellement plus nombreux à être totalement ou  partiellement out que les femmes.

LES DISCRIMINATIONS PERDURENT
Environ 70% des personnes homosexuelles qui ont répondu au questionnaire ont déclaré avoir été témoins de formes de discrimination durant les trois dernière années. Pour les auteur.e.s de l’étude, «il ne s’agit pas de discriminations qui leur étaient directement adressées, mais d’un climat de travail homophobe ou transphobe, voire hétérosexiste, qui peut peser sur leur bien-être au travail ou qui peut influencer la décision de « sortir du placard »».

Les formes les plus courantes sont la blague, le stéréotype, les clichés, les préjugés qui touchent en particulier les gays comme hommes efféminés et pas assez virils. Les lesbiennes rapportent des propos tentant d’expliquer l’homosexualité féminine par «un excès de testostérone» par exemple ou encore des insultes comme «gouine» ou des stéréotypes de «la camionneuse, la femme qui s’habille comme un mec ou qui parle comme un mec etc…».

Ce climat de travail fait planer, selon certain.e.s, un doute sur l’opportunité ou non de dévoiler son orientation sexuelle et affecte également les personnes trans* du fait qu’elles touchent souvent à des questions d’identité de genre. Enfin, environ 20% des parents ont entendu des propos péjoratifs sur leurs propres familles.

 

discriminations au travail suisseListe des discriminations les plus fréquemment vécues les 3 dernières années
par les personnes homosexuelles ayant répondu au questionnaire

Mais cette étude ne se contente pas de lister les discriminations. Le questionnaire comportait une série de questions qui cherchait à évaluer le bien être au travail à partir d’une liste de troubles qui pourraient constituer des facteurs de mal-être. Les plus importants sont, d’après les réponses, un fort sentiment d’isolement et de vulnérabilité et également la peur de perdre son emploi, qui affectent surtout les personnes trans. Selon les auteur.e.s de l’étude, «il peut s’agir [pour ces dernier-ière.s] d’une peur d’annoncer à leur employeur le désir de faire une transition ou encore la peur que l’on découvre leur transidentité sur laquelle ils-elles souhaitent garder la discrétion.»

QUE FONT LES ENTREPRISES?
Pas grand chose, serait-on tenter de répondre à la lecture de ce rapport. Certes plus de moitié des entreprises dans lesquelles travaillent les répondant.e.s  ont pris des mesures de prévention, mais celles-ci se limitent souvent à l’adoption d’un principe de non-discrimination lié à l’orientation sexuelle dans la charte, mais qui ne prévoit presque jamais le principe de non-discrimination en raison de l’identité de genre.

Pour améliorer la situation des LGBT au travail, les auteur.e.s recommandent un renforcement de l’arsenal législatif. «La législation, et particulièrement le code des obligations qui règle les rapports de travail, devrait définir de manière explicite l’homophobie et la transphobie comme des comportements intolérables et ainsi inciter les entreprises à prendre des mesures qui visent à les prévenir et à les sanctionner.»

Une étude à comparer avec celle réalisée en 2011 par L’Autre Cercle et consultable ici (en PDF).

via 360° ch.