Sommaire

Super Rainbow de Lisa Mandel
Velue de Tanxxx
The Infinite Loop 1. L’éveil de Pierrick Colinet et Elsa Charretier
Pas mon genre! de Yatuu
L’Héritage du pouvoir – Tome 1: Retrouvailles de Isabelle B. Price et Edwine Morin
La Maison de Mary de Erin Dutton
Amour perdu de William Cliff
Histoire de l’amour et de la haine de Charles Dantzig
Embardée de Christophe Léon
Mauvais Fils de Raphaële Frier
Warhol La biographie de Victor Bockris
Bon sexe, bon genre! de Marie Andersen
Comment l’éducation sexuelle peut rendre intelligent – Orientations sexuelles et homophobies de Patrick Doucet
Enchantements désenchantés, Les contes queer de Jacques Demy de Anne E. Duggan
Le Grand Livre des Faits Divers de Nathalie Weil et Didier Roth-Bettoni

super rainbow lisa mandelSuper Rainbow, Lisa Mandel, Professeur Cyclope, 88 p., 16€. Si comme nous, vous avez découvert Super Rainbow dans la revue numérique Professeur Cyclope, vous savez que les super-pouvoirs des deux super-héroïnes ne se déclenchent que lorsqu’elles font l’amour et ont des orgasmes. Lors du lancement, Lisa Mandel (également auteure de Princesse aime Princesse entre autres) expliquait qu’elle avait eu «envie de faire un truc humoristique, bien débile, mais pour adultes». Pari réussi. Super Rainbow existe désormais sous forme d’album et n’a rien perdu de son absurdité au fil des épisodes. Que ses héroïnes infiltrent une association de soutien aux chauves pour déjouer des attentats-suicide dans les salons de coiffure, se battent contre un caniche géant ou se séparent (ce qui donne à l’occasion à Lisa, désormais célibataire, de tenter une approche sur Ellen Page…), Lisa Mandel est sans pitié, et c’est jouissif. Judith Silberfeld

super rainbow extrait Extrait de Super Rainbow

 

velue tanxxxVelue, Tanxxx, Six pieds sous terre, 88 p., 13€. Depuis sa naissance, Isabelle a une particularité physique: son corps se couvre de poils. Pour la protéger du regard des autres, son père la contraint de se raser, puis l’éloigne de l’école, et la plonge dans la solitude. Mais Isabelle ne veut pas d’une vie coincée entre quatre murs, et va se rebeller contre lui, puis contre la société toute entière… Avec cette histoire dure, Tanxxx nous met le nez dans la violence, pas celle avec du sang et des larmes, mais plutôt celle qui se produit dans le silence, celle teintée d’indifférence, celle de ceux et celles qui détournent le regard pour ne pas voir l’injustice et la perpétuent sans même en avoir conscience. Celle dont tout le monde est capable, par ignorance ou par conformisme, pour ne pas faire de vague, et qui engendre l’exclusion. Isabelle est perçue comme un monstre, alors qu’elle renvoie justement l’image de leur propre monstruosité à tout.e.s ceux et celles qui croisent son chemin. Velue montre une réalité pas forcément très agréable à regarder, et en cela, est un roman graphique indispensable. Une claque, une vraie de vraie. Maëlle Le Corre

velue tanx extraitExtrait de Velue

 

501 INFINITE LOOP T01[BD].inddThe Infinite Loop 1. L’éveil, Pierrick Colinet et Elsa Charretier, Glénat, 112 p., 14,95€. The Infinite Loop fait partie des success stories du financement participatif. Un appel sur Ulule a permis à l’univers imaginé par Elsa Charretier et Pierrick Colinet de prendre corps. L’histoire se passe dans un futur lointain, apaisé, sans heurts, mais aussi sans amour. Teddy est chasseuse d’«anomalies», ce qui la conduit parfois à affronter des tyrannosaures au milieu du désert du Nevada en 1964 avant de finir la journée devant un burger californien en 1955. Jusqu’au jour où l’anomalie rencontrée est une femme. The Infinite Loop est un petit bonheur, mais un petit bonheur frustrant, puisqu’il ne s’agit que du premier tome, avec cliffhanger et tout et tout. L’album comprend également un texte de Katchoo Scarlettinred, du blog The Lesbian Geek, qui revient sur l’histoire des personnages LGBT dans la BD, des variantes de couvertures par Elsa Charretier et d’autres artistes (Stéphanie Hans, Tim Sale, Charlie Adlard) et un tableau expliquant la façon dont le scénariste et la dessinatrice travaillent ensemble sur la création d’une page. JS

the-infinite-loop-t1 extrait
Extrait de The Infinite Loop

 

pas mon genre yatuuPas mon genre!, Yatuu, Marabout, 128 p., 17,90€. Vous êtes une fille et pourtant le maquillage vous dépasse, parler des garçons qui vous ont regardée vous ennuie, vous préférez les jeux de baston à Animal Crossing? Vous avez un grand nombre de points communs avec l’héroïne de Pas mon genre!, même si elle vit avec un homme et vous non. Yatuu raconte avec humour les stéréotypes de genre, sans complexes, et montre que les on-dit (on dit que les filles sont sensibles, aient jouer à la poupée, sont bonnes en français et nulles en maths, aiment le shopping…) sont parfois (souvent?) très à côté de la plaque. JS

pas mon genre yatuu extrait Extrait de Pas Mon Genre!

 

heritage du pouvoir price morinL’Héritage du pouvoir – Tome 1: Retrouvailles, Isabelle B. Price et Edwine Morin, Reines de cœur, 264 p., 9,70€. Sara se croyait détective privée à New York, elle se découvre protectrice d’une sorcière, Julianne, et dotée d’une force surhumaine. L’Héritage du pouvoir est l’un des premiers romans publiés par la toute jeune maison d’édition Reines de cœur, lancée cet été par Isabelle B. Price, Gaëlle Carrion et Edwine Morin du site lesbien Univers-L. Outre le prometteur L’Héritage du pouvoir, qui allie romance et fantastique, Reines de cœur propose Seconde chance de Marie Parson – une romance pure entre une actrice hollywoodienne ouvertement lesbienne et la coach de l’équipe de foot de ses neveux – et Sans respirer de Virginie Simona, roman sombre et introverti. JS

 

la maison de mary erin duttonLa Maison de Mary, Erin Dutton, Dans L’Engrenage, 205 p., 16 €. Trois jours après avoir démissionné, sur un coup d’ego, de son job très bien payé d’agent immobilier à Cincinnati, Jillian hérite de la maison de sa grand-tante Mary dans un trou perdu du Tennessee. Bien décidée à vendre rapidement la baraque, elle décide d’utiliser ses compétences professionnelles pour son propre compte et de rénover la maison. Le chantier est confié à Wil (diminutif de Wilhelmina), la fille du patron de l’entreprise de travaux, qui dirige une équipe entièrement composée de femmes. Parce que c’est une romance, des étincelles jaillissent immédiatement entre les deux femmes, à tel point que, trop occupée à ne pas résister, Jillian passe à côté des secrets de famille que cache la maison de Mary. Erin Dutton assume parfaitement le côté sexy de la romance et s’autorise à décrire la naissance à vitesse grand V des sentiments. Rien de spectaculaire ni de totalement inattendu, mais l’histoire tient la route, les personnages sont crédibles, l’énergie est indéniable. Une valeur sûre, donc. JS

 

william cliff amour perduAmour perdu, William Cliff, Le Dilettante, 121p., 13€. Porté sur les fonds baptismaux Gallimard par rien moins que Raymond Queneau en 1978, pour son premier recueil Marcher au charbon, c’est au souvenir de garçons croisés, aimés, manqués, perdus, ici et ailleurs, que «marche» ce livre, gratifié du prix Goncourt 2015 de la poésie – distinction jamais encore remise à un auteur ouvertement gay. Car William Cliff, poète belge francophone, a accompagné nos 25 dernières années d’odes crues et sincères, abordables et pénétrantes, dédiées au corps, au miracle toujours recommencé – même lié à la possible amertume – des hommes: «Les arbres sont des poils dans l’aisselle du ciel / Mais je préfère les tiens tels que je les vis / Cet après-midi-là quand tu étais couché / Torse nu sur le sol et les bras renversés(…)». Poésie dont la lecture nous offre d’emblée le partage… «Toute ma vie je te regretterai / Toi dont j’ai croisé un soir le regard / à Buenos Aires dans la rue où j’er-/ rais en trainant mon horrible cafard (…)». Cliff, un grand poète modeste, un classique d’aujourd’hui. Eric Garnier (en partenariat avec Homomicro)

 

histoire de lamour et de la haine dantzigHistoire de l’amour et de la haine, Charles Dantzig, Grasset, 480 p., 22€. À force de voir des milliers d’individus marcher et vociférer dans les rues de Paris contre le droit d’autres individus à s’aimer et à faire reconnaître leur couple et leur famille, Charles Dantzig a eu l’envie de parler d’amour (forcément) et de haine (parce qu’elle n’est jamais très loin). Le récit est choral, sinueux, convoque de foisonnantes références littéraires, et fait s’entremêler les vicissitudes et les doutes de sept personnages en proie à des sentiments (parfois contradictoires) sur le couple, la monogamie, la beauté… Par son érudition et son parisianisme, cette histoire de l’amour et de la haine saura autant charmer qu’irriter.MLC

 

embardee_christophe leonEmbardée, Christophe Léon, La Joie de Lire, 95 p. 13€. Puisse cette fiction le demeurer toujours et aider à alerter les décérébrés – dont près de 20% de gays! – qui sombrent dans le désir douteux d’une droite très dure. Deux hommes, mariés et pères adoptifs d’une enfant née en Somalie, vont vivre, sous le nouveau pouvoir (né d’élections?) un cauchemar éveillé qui les écartera progressivement de tout, nouveaux parias au «losange rose»… Vrai électrochoc, ce livre doit inciter à une vigilance intelligente et extrême face aux nostalgiques du vichysme, plus qu’entrevus lors des «manifs pour tous». EG

 

mauvais-fils-001Mauvais Fils, Raphaële Frier, Talents Hauts/Amnesty International, 95 p., 7€. On se souvient peut-être d’Un mauvais fils, captivante autobiographie d’Ilmann Bel ( H &O), jeune beur de cité parisienne à la sexualité brûlante et tue à ses proches… Ici Ghislain, adolescent Marseillais, découvre son homosexualité et le «Je», qui ne nous quittera plus, du bref et fort livre de Raphaëlle Frier, nous bouleverse. Il rappelle à quel point, malgré les avancées en faveur des homosexuels, plus rien n’est évident pour un jeune gay qui se révèle… Trame originale et écriture sensible nous installent à ses côtés, au cœur des ses sentiments, de ses peurs, jusqu’au meurtre (symbolique?) du père, buté. Puisse-t-on trouver ce livre salutaire dans tous les CDI des collèges… EG

 

warhol la biographieWarhol La biographie, Victor Bockris, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson, éditions Globe, 590 p., 29€. Tout le monde connaît un peu, beaucoup, l’œuvre d’Andy Warhol. Ses portraits sérigraphies en série de célébrités (Marylin, Elvis Presley, Jackie Kennedy…) et ses peintures de boîtes de soupe Campbell’s, ses films (Sleep, Blow Job, Chelsea Girls) ont marqué durablement l’art américain et la culture populaire du siècle dernier. Mais que sait-on vraiment de l’homme, de ses origines, de ses amours et du processus de sa création? La biographie de Victor Bockris, qui écrit depuis 40 ans sur les héros de la culture pop (Patti Smith, Keith Richards, Mohamed Ali), offre ce qui est sans doute à ce jour l’analyse la plus précise et la mieux documentée de la vie et de l’œuvre du pape du pop art, un des artistes les plus célèbres du XXe siècle, un des plus controversés aussi. Dès les premières pages, on est fasciné par la richesse des témoignages, des infos et des anecdotes. Jusqu’à ses dernières amours, le biographe multiplie aussi les anecdotes sur la vie sexuelle et affective d’Andy Warhol, qui, contrairement à ce qu’il voulait laisser paraître, aimait le sexe, la musculation et les éphèbes. Ayant travaillé pendant des années à la Factory, Victor Bouckris a également dirigé Interview, le magazine créé par Warhol. Né en Grande-Bretagne en 1949, il a vécu aux États-Unis dès l’âge de 4 ans. Il connaît donc cette époque pour l’avoir vécue de l’intérieur. Warhol, la biographie, qui fait aussi témoigner les (nombreux) détracteurs de l’artiste, n’a pourtant rien d’une hagiographie et se déguste avec un immense plaisir. Si possible en écoutant – en boucle – une chanson du Velvet Underground. Christophe Martet (lire la critique dans son intégralité)

 

bon sexe bon genreBon sexe, bon genre!, Marie Andersen, Ixelles éditions, 320 p., 19,90. C’est d’une plume dynamique et sans concessions que Marie Andersen s’est penchée sur la question du genre et de la construction de l’identité. Avec une bonne dose d’humour, mais aussi et de solides références sur ces sujets, l’auteure aborde les normes de genre et les stéréotypes qui vont avec, à travers les perspectives du psychique, du biologique, et du social. Sous la forme d’un essai sur l’identité de genre, Marie Andersen livre aussi un plaidoyer pour la liberté de chacun.e à se définir comme il ou elle l’entend, et à être respecté.e pour qui il ou elle est. MLC

 

cmt leducation sexuelle peut rendre plus intelligentComment l’éducation sexuelle peut rendre intelligent – Orientations sexuelles et homophobies, Patrick Doucet, Liber, 200 p., 20€. Parce que les discours entendus sur l’homosexualité autour de lui sont truffés de préjugés, d’approximations, de on-dit, Patrick Doucet, professeur de psychologie au Québec, a décidé d’écrire un livre sur la nécessité de ne plus laisser les questions autour des sexualités sans réponses. Loin d’être indigeste, son essai est au contraire vivant et accessible, car il n’hésite pas à s’appuyer sur des exemples concrets, des échanges avec ses étudiant.e.s, des tranches de vie, des anecdotes parfois amusantes, parfois dramatiques. Il décortique ainsi l‘éternel débat sur l’acquis et l’inné, le naturel et le culturel quand il s’agit d’orientations sexuelles, et questionne notre définition de ce qui entre ou non dans la case de la «normalité». MLC

 

enchantements desenchantesEnchantements désenchantés, Les contes queer de Jacques Demy, Anne E. Duggan, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-François Cornu, Presses Universitaires de Rennes, 198 p., 16€. Voici un livre captivant et réjouissant sur l’œuvre d’un cinéaste majeur de la Nouvelle Vague, Jacques Demy, dont les films ont inspiré des générations de réalisateurs gays et de réalisatrices lesbiennes. Après avoir lu l’étude d’Anne E. Duggan, spécialiste des contes dans la littérature et le cinéma et professeur de français à l’Université de Wayne State, à Detroit, vous ne regarderez plus tout à fait de la même façon Les Parapluies de Cherbourg, Lola ou Peau d’Ane. Selon elle, Demy a, dans bon nombre de ses films, exposé une sensibilité queer jusqu’à présent jamais évoquée dans la critique de son œuvre. L’approche théorique d’Anne E. Duggan montre la richesse de films qu’elle analyse sous le double éclairage des contes pour enfants revisités par le cinéaste et des queer studies. Sans vouloir spéculer sur la sexualité du cinéaste, Anne E. Duggan décrypte la façon dont le cinéaste «savoure» et «perturbe» les contes de fées, propose des représentations de sexualités marginales, et s’appuie sur des figures et des références explicites au camp. Cinq films de Jacques Demy sont décrits en profondeur, avec l’analyse des contes qui les ont directement inspirés (Peau d’Âne, Le Joueur de flûte) afin de voir comment Demy réussit l’exploit de rester fidèle aux histoires tout en en faisant la critique. Les influences gays du cinéaste sont également constamment présentes. Dans le cinéma de Demy, la critique est à peine voilée contre une société et ses blocages, notamment en matière sexuelle. Anne E. Duggan ne manque pas de citer ces paroles de Demy sur la France, «pays très fermé, très autocensuré, aux structures vieilles», et son admiration pour le cinéaste Paul Morissey, icône du cinéma camp et proche d’Andy Warhol. Le mélange des genres et des sexes est ainsi flagrant dans Lady Oscar, film méconnu (mais que nous avons revu avec un immense plaisir après la lecture de ce livre) car jugé trop commercial, où le cinéaste se plait à questionner les conventions sociales, sexuelles et de genre, sur fond de Révolution française. L’auteure n’hésite d’ailleurs pas à qualifier Lady Oscar de personnage transgenre et à décrire son évolution entre le début et la fin du film comme un coming-out. En décrivant de façon très détaillée et très convaincante le choix – et le choc – des couleurs, si importantes chez Demy, comme révélateur des intentions queer du cinéaste, Anne E. Duggan nous permet d’aborder son cinéma sous un angle entièrement nouveau et totalement délaissé par la critique officielle, qui s’attache aux belles images et à la surface d’une œuvre. Pourquoi les «enchantements queer» (titre original du livre) de Jacques Demy nous donnent-ils tant de plaisir? Peut-être parce que, comme l’écrit Anne E. Duggan, «ils nous encouragent à assumer nos fantasmes singuliers, étranges, marginaux et queer qui ne nous garantiront peut-être qu’un bonheur éphémère, mais au moins vivrons-nous cet instant de bonheur». Grâce à ce livre, l’œuvre de Jacques Demy se révèle encore plus profonde, complexe et moderne. CM

 

le grand livre des faits diversLe Grand Livre des Faits Divers, Nathalie Weil et Didier Roth-Bettoni, Hors Collection, 320 p. 21€. Auteur de l’ouvrage-somme L’homosexualité au cinéma, Didier Roth-Bettoni s’est attaqué, aux côtés de Nathalie Weil, aux faits divers qui ont secoué la France depuis un peu plus d’un siècle. On y retrouve évidemment toutes les affaires qui ont fait les beaux jours de l’émission Faites entrer l’accusé, les affaires Fourniret, Dils, Courjault, Rey-Maupin, regroupées en grandes catégories (Crimes passionnels, crimes d’affabulateurs, crimes de couples, etc.) Quelques affaires avec des protagonistes gay sont également évoquées, telle l’épopée macabre de Thierry Paulin, le tueur de vieilles dames, dans le Paris des années 80. Au delà des faits eux-mêmes, qui sont souvent connus, les auteurs s’attachent à démontrer leur impact sur le grand public ou dans l’art, en citant les œuvres (films, livres) tirées de tel ou tel meurtre. Les faits divers ne sont pas seulement le reflet de la société, ils peuvent aussi la transformer. Cela valait bien un «grand livre». Xavier Héraud